OBAMA battu par les catholiques ?

Dimanche 4 mars 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceLes succès du catholique Rick Santorum dans trois primaires républicaines coïncident avec un combat frontal engagé entre Obama et l’Eglise catholique américaine.

On peut d’ores et déjà prévoir en effet un glissement au sein des électeurs catholiques (un Américain sur quatre) qui en 2008 avaient majoritairement préféré Obama. L’élection se jouant dans les Etats clés, il se trouve que, dans sept d’entre eux qui avaient voté Obama en 2008, les catholiques .représentent plus de 20% de l’électorat. On estime qu’un glissement de 5 à 10% parmi ces derniers serait suffisant pour faire perdre ces Etats à Obama et, au total, lui coûter sa réélection. La tendance était perceptible dès les élections au Congrès de 2010, mais elle devrait être renforcée par le séisme provoqué par l’injonction adressée par les services de santé fédéraux aux institutions religieuses de procurer à leurs employés dans le cadre de la réforme de l’assurance-santé une couverture pour la contraception, la stérilisation et des médicaments abortifs. La mise en oeuvre de ces dispositions était prévue au 1 et août 2012. Obama a accepté de reporter cette date au 1er , août 2013.

Cette unique concession, annoncée le 20 janvier, validait a contrario le maintien de l’obligation et le refus de laisser jouer la clause de conscience. Ce qui a provoqué une colère sans précédent au sein des institutions catholiques (200 universités, 7.000 écoles, 600 hôpitaux, 1.400 centres de santé, etc.). Une lettre épiscopale extrêmement ferme a été lue dans toutes les paroisses américaines le 29 janvier : l’Eglise n’appliquera pas la loi (en réalité il s’agit d’un règlement pris par l’administration car la loi ne parle que de moyens de santé « préventive »). Il semble qu’elle ait de bonnes chances de l’emporter devant les tribunaux, sur la base du droit à la liberté de conscience (premier amendement).

Ce combat est d’autant plus mai venu pour Obama qu’il vise surtout les catholiques les plus progressistes, qui votent traditionnellement démocrate, plus nombreux à être engagés dans les institutions éducatives, hospitalières, et caritatives. S’ils n’ont peut-être aucune difficulté personnellement avec la contraception, ils ne peuvent admettre l’atteinte au principe fondamental de la liberté de conscience. Fidèles soutiens à Obama, qui avaient défendu ses réformes, ils s’estiment aujourd’hui floués et considèrent qu’ils ont été *livrés en otages aux conservateurs.

Certes, parmi les candidats républicains, le mormon Romney n’avait pas fait mieux dans son propre programme de santé au Maasachussetts, et Gringritch (ex-baptiste aujourd’hui catholique par son troisième mariage) ne passe pas pour une autorité morale. Si le débat devenait un enjeu pour la liberté de conscience et la liberté religieuse, Santorum s’affirmerait comme l’alternative la plus crédible à un Obama laïcisé et gauchisé.

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