OBAMA FAIT LA SIESTE.

Vendredi 11 juillet 2014 // Le Monde

En refusant d’armer les rebelles syriens, le président américain a fait le lit des islamistes.

Le président américain Barack Obama s’entretenait avec le Premier ministre australien Tony Abbott dans le Bureau ovale quand on l’a interrogé sur les stupéfiants événements d’Irak, qui semblent avoir pris la Maison-Blanche totalement au dépourvu. Mettre fin à la guerre en Irak avait été l’une des principales promesses de la campagne électorale qui a propulsé Barack Obama à la Maison-Blanche.

Rouge de colère, le président de la Chambre des représentants, [le républicain] John Boehner, a grondé : "Depuis six mois, personne ne pouvait ignorer que ces terroristes s’emparaient de la partie occidentale de l’Irak. A présent, ils sont à une centaine de kilomètres de Bagdad. Et que fait le président ? Il fait la sieste ; Obama a tenté d’expliquer que le Conseil de sécurité nationale et lui même, loin de somnoler, travaillaient d’arrache-pied : "Depuis un an nous fournissons aux irakiens une aide supplémentaire afin qu’ils soient en mesure de régler les problèmes." L’aide américaine s’est notamment concrétisée par la fourniture de véhicules militaires, de centaines de missiles Hellfire et d’autres types d’armes. Des chasseurs F16 et des hélicoptères Apache ont également été acheminés vers l’Irak.

Mais, tout compte fait, il aurait peut-être été préférable que ces armes ne parviennent pas à destination. Car les Américains ne s’attendaient pas à ce que l’armée irakienne, qu’ils ont équipée, entraînée et financée à coups de milliards de dollars, quitte ces zones sans combattre, abandonnant aux terroristes tout le matériel militaire fourni par l’Oncle Sam. Huit cents combattants djihadistes ont réussi à chasser 30 000 soldats de l’armée régulière et 25000 policiers. C’était le pire scénario possible pour les Etats-Unis. Trois ans après avoir quitté l’Irak, ils voient à la télévision des forces islamistes plus cruelles qu’Al-Qaida assiéger les champs pétroliers et foncer vers Bagdad à bord de blindés américains. La grande erreur de la présidence de George W. Bush aura été l’Irak. La plus grande erreur d’Obama a été la Syrie. Et à présent les forces islamistes sont en train d’effacer la frontière entre les deux pays. Cette séparation artificielle, tracée par les Français et les Britanniques dans le cadre de l’accord Sykes-Picot de 1916, n’existe que sur le papier. La vraie responsabilité d’Obama dans la situation actuelle est en fait sa gestion désastreuse de la crise syrienne.

Hillary Rodham Clinton a révélé qu’au début de la guerre civile elle a plaidé pour que les Etats-Unis arment les rebelles syriens mais que la Maison-Blanche a refusé. L’ancien ambassadeur américain en Syrie, Robert Ford, a été encore plus direct en déclarant sur CNN que le refus de l’administration Obama d’armer l’opposition syrienne modérée dès le début du soulèvement avait permis aux djihadistes de s’implanter en Syrie. Et ces djihadistes ont bientôt été en mesure de se déplacer librement entre l’Irak et la Syrie.

Face à la situation préoccupante en Irak, Obama a déclaré qu’il n’écartait "aucune option", mais le monde en général et le Moyen-Orient en particulier n’y croient plus. On n’enverra aucun fantassin américain se battre en Irak - c’est une évidence. Alors, que faire ? Quelles sont les options possibles ? Elles ne sont pas nombreuses. Les analystes militaires affirment que les frappes aériennes ne suffiront pas à régler le problème. Les Etats- Unis ne peuvent frapper depuis le ciel quand ils ignorent ce qui se passe au sol. Sans Américains sur le terrain pour guider les attaques, il leur faudrait s’en remettre aux forces irakiennes, or le Pentagone ne leur fait pas confiance. Une autre option serait d’envoyer des drones sur certains objectifs. Le Pentagone a mis l’option militaire sur le bureau du président. C’est à lui de prendre une décision.

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