Nous devons sauver le Royaume de Grèce !

Vendredi 21 août 2015 // L’Europe

Lorsque la Grèce était un Royaume, il y avait deux voyous qui se partageaient le pouvoir, deux familles, deux partis politiques, l’un se disant socialiste « Papandréou » l’autre se disant de droite « Caramanlis ». La Grèce royale, vieille démocratie où le roi était un arbitre permettant ainsi que les différentes situations publiques issues des aléas d’élections autorisent la Nation à exister, et à exercer pleinement ses responsabilités au sein de l’Europe naissante.

Un coup d’État militaire renversa la démocratie, et malgré les efforts du roi Constantin, rien ne put empêcher les généraux félons d’imposer une dictature criminelle, un régime odieux, où les assassinats et les disparitions étaient quasi-quotidiennes. Le roi se rendit à l’ambassade de Grèce à Rome ; de la ville sainte il prodigua ses conseils à ses compatriotes, notamment aux responsables politiques et militaires qui comme leur souverain, avaient fuit la sanglante oppression imposée par les officiers félons.

Lorsque des événements providentiels se produisirent à Chypre, le retour immédiat du roi à Athènes fut salué comme une immense victoire par tout un peuple fidèle à la démocratie, une démocratie qui conduirait les peuples vers la liberté, une liberté qui n’avait encore jamais existé de par le monde.

Giscard d’Estaing qui n’était pas à une trahison de plus, mis à la disposition de Caramanlis son avion personnel, ce qui permit à son ami d’arriver en Grèce avant le roi ; comme quoi une trahison peut avoir des conséquences dramatiques des années plus tard. Les deux traîtres font subir au peuple leur médiocrité à diriger une Nation moderne.

Caramanlis organisa une consultation populaire qui comme l’avait prévu le traître fit tomber la vieille monarchie. Le roi conserva son prestige, ce qui lui permettra demain d’effacer le triste sort de la nation qui créa la démocratie.

Pour la Grèce, le moment est venu de rétablir ses finances et de rester au sein de l’Europe. Au lieu de faire comme si le ’non-grec était un "oui", il faut en tirer la leçon et préparer une séparation à l’amiable.

On nous l’avait assez répété, c’était une date historique pour la Grèce et pour l’Europe. Notre avenir commun était suspendu aux résultats du référendum de ce 5 juillet ! Les Grecs nous ont répondu par un "non" massif. On a donc entendu partout et sur tous les tons que ce vote devait être respecté... Mais oui, il doit être respecté - et pris au sérieux ! La volonté exprimée par les Grecs doit l’être jusqu’au bout. C’est un peuple responsable, n’est-ce pas, et un pays qui fut le berceau de la démocratie... Il s’est donné un premier ministre qui fut longtemps un militant d’extrême gauche irresponsable et joueur, mais c’est désormais comme chef du gouvernement qu’il parle. Alors, si lui-même et les Grecs nous ont dit "non", que ce "non" ne soit pas un "oui".

Ils ont dit "non" à la politique que les autres Européens voulaient leur imposer. Ils se sont drapés dans leur dignité contre ces "diktats", comme disent M. Mélenchon et Mme Le Pen. Ils n’en veulent plus ? C’est leur droit le plus strict. On peut les comprendre. Mais il faut aussi qu’ils refusent l’argent des autres, à commencer par l’argent allemand...

Pourquoi les Européens du premier cercle ont-ils tant voulu les faire adhérer à la zone euro, leur imposer la monnaie unique ? Après tout, ils ne peuvent pas s’exonérer de leurs responsabilités dans la crise actuelle...

Mais pourquoi les gouvernements grecs successifs, élus aussi démocratiquement que M. Tsipras, ont-ils de même convaincu leurs électeurs que c’était sans risque et pour leur bien ? Ils n’en remplissaient pourtant pas les critères - ils étaient notoirement en état de sous-compétitivité à l’égard de leurs voisins. Seulement voilà, grâce à l’euro, ils se sont soudain retrouvés au même niveau que les plus forts ! Eux qui vivaient dans l’inflation, avec des taux d’intérêt élevés, en dévaluant périodiquement leur drachme, ont pu emprunter du jour au lendemain leur argent sans limite et à bon compte, se fabriquant ainsi une économie en trompe-l’oeil.

Et puis, quand est survenue la crise de 2008, tout cela a explosé. On s’est aperçu que la Grèce fonctionnait à l’image du système Madoff. Mais comme les Européens ont eu peur et se sont sentis fautifs, ils ont "sauvé" la Grèce une première fois, ils ont injecté 200 milliards et "restructuré" sa dette publique, mais en exigeant du pays qu’il pratique ce que Dominique Strauss-Kahn appela à l’époque une « dévaluation intérieure » c’est-à-dire cette politique d’austérité dont le coût social a conduit les Grecs dans les bras de Tsipras.

Nous étions prévenus, et depuis longtemps. Philippe Séguin nous l’avait dit dans sa "plaidoirie" du 6 mai 1992 contre le traité de Maastricht : « Dès lors que, dans un territoire donné, il n’existe qu’une seule monnaie, les écarts quelque peu significatifs de niveau de vie entre les régions qui le composent deviennent vite insupportables. » Il y ajoutait cet avertissement : « Puisqu’il s’agira de redistribuer, ce sera bien entendu aux pays les plus avancés d’en supporter la charge. C’est dire combien la France devra payer. »

Le système d’alimentation du tonneau des Danaïdes de la mythologie grecque est aujourd’hui épuisé.

La France, par la voix de son premier ministre, continue à prétendre qu’elle « fera tout pour garder la Grèce dans la zone euro », mais elle n’en a pas le premier euro - avec ses 2050 milliards de dette publique et ses 80 milliards de déficit annuel moyen. Empruntera-t-elle par "solidarité" avec la Grèce ? Et pourquoi la Grèce ne ferait-elle pas elle-même tout pour rester dans la zone euro ?

Pour ajouter un argument de plus à cette nécessaire "solidarité" de tous à l’égard de la Grèce, le gouvernement français avance le poids de la géopolitique : si la Grèce n’était plus tenue par la zone euro, assumerait-elle ses responsabilités dans le contrôle des migrants clandestins et la lutte contre le terrorisme ? Voudrait-on faire passer les Grecs pour un peuple irresponsable et incapable de défendre son pays et son identité que l’on ne dirait pas les choses autrement - mais cet argument revient à celui de Maastricht : il fallait faire la monnaie unique, insistait-on, pour préserver la paix en Europe...

Puisque les Grecs se sont souverainement prononcés pour le "non", la logique de cette consultation aurait voulu qu’ils en tirent avec les Européens la même conclusion : en venir à une séparation à l’amiable de la zone euro (après tout, neuf États de l’Union vivent mieux que la Grèce hors de la zone euro). Cela devrait conduire à une refondation de l’architecture européenne – celle que réclame le premier ministre britannique, David Cameron, et pour laquelle plaide Valéry Giscard d’Estaing avec son projet Europa, dernière chance de l’Europe avant dislocation.

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