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Recherche et Fraternité - La conférence Villard de Honnecourt.

Jeudi 15 mai 2014 // L’Histoire

Notre Frère Bruno Pinchard a d’abord accueilli les délégations avec quelques mots chaleureux et a invité les Frères à entrer ensemble dans la profonde spiritualité de la recherche maçonnique, d’abord dans son aspect historique, ensuite dans sa dimension plus proprement.

Le TV. F. Bruno Pinchard, mystérique et ésotérique. VM de la Loge de Recherche Notre Frère Bertrand Heyraud "Villard de Honnecourt" a assumé la première partie
du travail, montrant la grande distance entre les fragiles débuts de notre Obédience et la grande fraternité retrouvée lors de ce centenaire. Bruno Pinchard a repris la parole ensuite pour préciser le second aspect.

L’histoire de la GLNF, qu’on pourrait résumer à celle d’un accident qui engendre un monde, vérifie l’essence profonde du fait maçonnique.

La Maçonnerie se meut dans un monde brisé, mais elle y tisse des relations si profondes qu’elle en devient l’analogie, c’est-à-dire la mesure et la proportionnalité. La recherche maçonnique sera ainsi l’analogie perpétuelle de ce monde brisé. En poursuivant un but si noble, la Loge "Villard de Honnecourt" s’est toujours proposée de suivre l’exemple de son aînée, la Loge de recherche "Ars Quatuor Coronatorum". Revenons un instant aux paroles fondatrices de cette Loge prestigieuse. Dans le discours de l’Orateur lors de la consécration de l’AQ Lodge, le 18 juin 1886, on lit : "En vérité, nous pourrions nous retrouver, dans nos recherches si nécessaires, au milieu des mystères des premiers âges, nous pourrions être obligés d’aller vers les sources védiques noues pourrions naviguer sur le symbole mystique du Livre égyptien des Morts, nous nous perdrions au milieu des Papyrus hermétiques ou alors nous pourrions sonder, au aussi loin que possible, 1es débris des mystères indicibles de la Grèce ou de Rome. Certains d’entre nous ont fait des incursions dans les Sagas scandinaves, d’autres ont exploré les mythologies germaniques. L’Hermétisme en attire d’autres. Les Légendes du métier, en tant que telles sont celle qui portent sur l’enseignement ésotérique et l’organisation exotérique de la Maçonnerie de métiers qu’elle soit ou non dominée par le symbolisme monastique, mystique ou hermétique.

Bien des années après, nous poursuivons cette voie du "craft", choisissant toujours de nous tenir à ce que Bro Anthony R. Baker appelait en 2011, lors d’une Tenue de AOC, "The Road Lem travelled : the western Metaphyical Tradition and the « Esoteric School la route la moins fréquentée » : la Tradition métaphysique occidentale et l’École ésotérique. En effet, la recherche historique en Maçonnerie ne peut s’y déployer sans répondre à un encyclopédisme maçonnique qui est une encyclopédie des symboles et des spiritualités. Par là, notre fraternité fait de nous des chercheurs en universalité et en humanité.

Nous cherchons la Parole. Nous en retrouverons ce soir un écho singulier dans l’enseignement d’Aristote : "Les puissances irrationnelles de l’âme, dit-il, ne peuvent accomplir qu’une seule chose, mais la science, elle, manifeste les deux faces de la réalité". Sur cette lancée, nous dirons pour notre part : le savoir profane ne connaît qu’une face des choses, mais l’initiation est la science des contraires. Ainsi avertis, nous savons que nous menons ensemble, non un "job", mais un "craft" : le "job" n’est jamais que la puissance d’une seule chose, dans laquelle nous pouvons exceller et qui nous lie à la production sociale, dans le "craft" nous nous mettons en capacité des contraires et nous entrons dans les mystères de la vie et de la mort.

Le monde profane ne cesse de simplifier le profil des choses pour s’en emparer, soit pour faciliter la vie humaine, soit pour la soumettre à une domination définitive.

Mais ce faisant, il ne sert que des puissances irrationnelles. La grande raison, elle, entre dans le double aspect de la réalité, qui est fait de présence et d’absence, d’acte et de privation, d’existence et de mouvement. La grande raison dans son élévation mystique entre seule dans la loi de la manifestation, elle mesure l’acte du monde sous la régulation du Premier moteur, notre Grand Architecte de l’Univers.

Dans le mot est la vie, et la vie est la lumière des hommes. Qu’on appelle le mot Logos Verbum, Word ou Parole, c’est lui qui brille dans la nuit, même si la nuit, qui n’est qu’une des faces des choses, ne le comprend pas. Nous n’avons pas d’autre vocation que d’interpréter si profondément nos rites et nos mythes que cette nuit devienne une porte de corne à travers laquelle nous tentons d’apercevoir les mouvements des principes universels. La fraternité fait de nous une ruche qui produit ce miel et la Loge de recherche rassemble ces fruits d’un travail collectif pour les redistribuer à tous les ouvriers rassemblés sur le chantier.

Ainsi travaillons-nous pour l’humanité entière, sans exclusive aucune, sans oubli ni négligence, sans partialité, sans simplification ni dénégation.

Nous cherchons la lumière des hommes dans la nuit de l’histoire et dans le risque de l’ignorance.

Variations en sept notes sur le thème de L’Harmonie

Quel beau concept que celui d’harmonie. Que de jouissances implique t-il pour nos sens et pour notre esprit... Et que de peines éprouvées lorsque dans un élément essentiel de notre vie, l’harmonie disparaît "Harmonie, bille de la douleur ... ..écrivait Musset. Et il est vrai que dans notre vécu on pourrait inscrire l’harmonie comme facteur essentiel de la dialectique de nos bonheurs et de nos peines.

Le mot grec armonia signifie au premier sens "assemblage" puis "accord, juste proportion". Le grand Robert développe les deux sens convergents du mot : "Sons assemblés selon des règles, les relations entre le parties d’un tout qui sont que ces parties concourent à un même effet d’ensemble".

J’ai tout d’abord envisagé un plan classique en trois parties : le sentiment d’harmonie ; les conditions et règles de l’harmonie ; la quête d’harmonie dans le contexte de notre parcours initiatique.

Mais au regard de l’importance de l’harmonie en musique, j’ai finalement opté pour un plan inspiré par la gamme diatonique. Je vous propose donc de traiter de l’harmonie (ou plus modestement de l’effleurer) en sept impromptus suivant la gamme de Do majeur.

1er DO comme DOnnée

J’entends ici par "donnée" ce qui peut être considéré comme la base de la réflexion sur l’harmonie (ce qui est normal lorsque Do est la note fondamentale, la tonique de la gamme choisie).

Donc pour donner le ton, je vous propose une petite approche phénoménologique de l’harmonie en quelques constats basiques :

  • L’harmonie est perçue comme un sentiment avant d’être affaire de raison ; elle est ressentie avant d’être pensée : instantanément, je vais percevoir l’harmonie d’un paysage, d’un tableau, d’un visage d’une mélodie musicale, etc.

Voici quatre vers de Baucaire inspirés par les formes d’un corps féminin :

  • "L’harmonie est trop exquise
  • Qui gouverne tout à son beau corps
  • Pour que l’impuissante analyse
  • En note tous les accords".

L’être humain a, par nature, besoin d’harmonie au moins pour les deux raisons suivantes :

  • l’harmonie procure du plaisir et son contraire, un désagrément voire une souffrance
  • l’harmonie rassure car elle révèle un ordre des choses et évite les affres du chaos.

Agrément de la sensation, soulagement de l’angoisse existentielle, peut-on souhaiter meilleurs effets bénéfiques ? Et il n’est pas nécessaire d’être poète pour s’abandonner sans réserve aux délices harmonieux d’un soleil couchant, à moins que l’harmonie éveille en chacun de nous un poète endormi.

L’harmonie est nécessaire non seulement dans nos relations avec les choses mais aussi, voire davantage, dans notre relation à l’autre ; l’harmonie est une condition d’une vie sociétale pérenne.

Nous avons conscience que l’harmonie suppose un ordre naturel ou édicté par l’homme et comme l’ont souligné les philosophes du droit naturel, une concordance entre l’un et l’autre.

Ainsi se sont dégagés des canons de l’harmonie esthétique et des principes de l’harmonie de la vie en société ; certes ils ne sont pas immuables, l’harmonie est un phénomène naturel et un phénomène culturel.
On peut toutefois trouver des constantes qui transcendent les contingences locales et temporelles.

2 - RÉ comme Résonance.

L’harmonie produit en nous un effet vibratoire d’échos multiples que nous percevons concomitamment sur les plans physique, psychique et spirituel.

Cet effet de résonance caractérise évidemment l’harmonie des sons : les harmoniques de chaque note se développent selon un ordre intangible octave, quinte octave tierce...

L’accord parfait est une quinte juste composée de 7 demi tons assemblés en 2 tierces successives :3, 5, 7.voilà qui entre en résonnance avec nos Travaux de Loge. Car la résonance, qu’évidemment on trouve également dans les harmonies picturales ou architecturales (symétrie, répétitions développements sur la proportion dorée), semble satisfaire une attente profonde de notre être au moment où elle le pénètre Pourquoi ? Parce que nous sommes animés par un désir de perfection et que nous sentons à l’instar des Grecs de l’Antiquité la corrélation entre le beau et le bien.

L’harmonie esthétique résonne en nous comme l’écho d’un monde parfait et évoque peut être la nostalgie d’un paradis perdu (j’aurais pu dire Ré comme Réminiscence), et c’est évidemment de cette harmonie que témoignent les symboles mis en efficience dans nos rituels.

La résonance pourrait expliquer le mystère de la morphogénèse : Comment de simples cellules arrivent à s’assembler en organismes complexes ? a été proposée l’idée de "résonances morphiques", ce qui nous conduit à évoquer le rôle de l’harmonie dans l’univers.

3 - MI comme Microcosme.

Mi, note médiante de la gamme choisie, nous invite à considérer la correspondance entre le microcosme et le macrocosme. L’Antiquité l’avait pressentie ("Ce qui clôt en haut est comme ce qui et en bas"), la science moderne l’a démontré. Pour Pythagore, la Nature était organisée par l’harmonie des nombres ("Le nombre est le principe et la source de toute chose") et les astres décrivaient autour de la Terre des cercles parfaits engendrant "la musique des sphères".

Contemporain de Newton au Siècle des Lumières, Leibniz avança la théorie de "L’harmonie préétablie" l’âme, le corps et toutes les substances sont réglés selon "un artifice divin" qui fait qu’elles s’accordent tout en ne suivant que leurs propres lois.
La physique contemporaine nous révèle un univers marqué au niveau quantique par l’incertitude (Heisenberg) et au niveau cosmique par des lois constantes et universelles.

Dans un bel ouvrage intitulé "Le chaos et l’harmonie", l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan met en évidence cette harmonie constitutive de tout ce qui existe et aboutit à l’émergence d’une conscience chez l’être humain capable de comprendre cet univers :
Belle réponse à notre quête du sens mais aussi une grande focalisation sur notre responsabilité

4 - FA comme FAtalité

En contrepoint à la belle harmonie qui paraît présider au niveau holistique à l’harmonie de notre univers, force est de constater que dans les contingences de nos vies d’êtres humains tout n’est pas pour le mieux dan6 le meilleur des mondes possibles" et que l’optimisme de Leibniz moqué par Voltaire n’était peut être pas très réaliste.

Dans la nature, les sociétés les plus harmonieuses sont celles où le programme collectif conditionne totalement l’individu. (fourmis, abeilles...)

L’intelligence individuelle, la conscience de soi et l’interrogation sur soi même seraient-elles fatalement facteurs de dysharmonie ?

Et le libre arbitre qui caractérise l’être au faîte de l’évolution que nous sommes est-il la cause des désordres que nous générons en nous et autour de nous ?

Dans la mythologie grecque, Harmonie est la fille d’Aphrodite et d’Arès, et sa descendance thébaine (les Atrides) connaîtra bien des malheurs.

On a beaucoup épilogué sur l’entropie qui affecte inévitablement tout système et le conduit à plus de désordre, et nos propres institutions maçonniques, en dépit de leurs finalités et valeurs, en éprouvent périodiquement les effets.

Cependant, il ne faut pas désespérer ; la chute appelle la rédemption, et l’harmonie peut être restaurée pourvu que les péripéties malheureuses ne nous détournent pas de l’essentiel.

Cela implique une harmonie intérieure (résultante À la symbolique de la pierre qui nous est familière, de notre travail sur soi) et le souci de l’harmonie la référence au lapidaire me permet d’ajouter le collective.

5 - SOL comme SOLlicitude

L’attention à l’autre est nécessaire à une vie collective des pierres précieuses. Lapidaires de nous mêmes, harmonieuse et elle constitue un impératif catégorique faisons en sorte que l’harmonieuse beauté de notre risque dans notre société de Frères, l’essence s’exprime et rayonne de tout son éclat.

Inflationniste, il ne faut pas oublier que le silence est, en Maçonnerie, une vertu essentielle. Mais nous ne devons pas nous en tenir à une adhésion Il est d’usage que l’énoncé de la gamme s’achève par formelle, il s’agit de les pratiquer la répétition à l’octave de la tonique, en l’occurrence DO dont le nom original était UT.

C’est évidemment dans les périodes conflictuelles UT comme Utopie pourraient dire les pessimistes, que l’exercice devient difficile, lorsque l’autre devient promptes à partir de là à développer une gamme de agaçant voire agressif et qu’il faut dompter sa naturelle désillusions ("ré" comme régression, "mi" comme réelle réactivité pour rester attentif et bienveillant afin misère spirituelle, etc.), scénario impossible pour des Francs Maçons.

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