Notre Opinion Par François d’Orcival, de l’Institut.

Vendredi 8 novembre 2013 // La France

Le quinquennat qui marche sur la tête. De crise en crise, Hollande dit une chose et son contraire en espérant que ça passe. Chaque fois, il descend l’escalier qui le conduit à l’impasse finale.

Il continue de descendre une à une les marches du pouvoir, dans un mouvement qui paraît inexorable. Où cela s’arrêtera-t-il ? François Hollande va de crise en crise en se rassurant avec une formule celle du "quinquennat à l’envers", aujourd’hui je descends, demain je vais remonter. Le pire n’est jamais sûr. Mais que lui reste-t-il de crédit dans l’opinion et d’autorité sur le pouvoir ? Il lui reste la loi et les institutions.

On connaît la dernière séquence, filmée à l’Élysée le samedi 19 octobre à l’heure des journaux télévisés de 13 heures. La déclaration se veut solennelle, pour clore quatre journées de folie après l’expulsion, dix jours plus tôt, d’une collégienne et d’une famille kosovares qui avaient épuisé, depuis le mois de juin, tous les recours possibles pour demeurer sur le sol français. Il connaît l’état d’esprit de l’opinion, révoltée par la mansuétude et exaspérée par ces affaires d’immigrés qui masquent trop d’échecs ailleurs. Il dit : « Les valeurs de la République, c’est le respect de la loi. La loi doit s’appliquer. » Là, il fait son métier ; il est dans son rôle de président de la République. Il assume, il incarne la loi et les institutions sans lesquelles son pouvoir vacille.

Mais, à la minute suivante, il annonce une décision qui "apaisera" : la jeune fille pourra, si elle le souhaite, revenir en France achever sa scolarité et « elle seule ». Au nom de quoi le dit-il ? Parce qu’il doit « tenir compte de situations humaines », interpréter les règles « dans le meilleur sens » ? Il dit la loi et puis il la contourne. Certes, il en a le droit ; l’article 17 de la Constitution lui confère le droit de grâce sur toute décision de justice. Mais ici, il sait bien qu’il détruit par le mot "apaisement" le tranchant dissuasif de la loi.

Les rois ont autre chose à faire que du pathétique personnel, dit Jean Anouilh (Antigone). Pas lui. Et pourquoi ? Parce que Valérie Trierweiler, sa compagne, s’est jointe à l’émotion qui s’est emparée de la gauche ? Parce que Harlem Désir doit faire des déclarations pour calmer les humeurs de M. Bartolone, de M. Guedj et du PS en général ? Parce que les Verts et M. Mélenchon grondent dans leur coin ? Il le dit pour le comité de soutien d’élus socialistes et d’enseignants qui s’est constitué autour de la famille Dibrani, même si celle-ci est un modèle caricatural de ces immigrés qui abusent du droit d’asile ; il le dit pour le réseau des"enseignants sans frontières" et leurs relais dans les lycées les plus "bobos" de la capitale où ils distribuent tracts et pétitions pour faire défiler leurs collégiens dans la rue avec leurs bonnes bouilles d’adolescents.

La manif des lycéens, c’est l’arme absolue, redoutée par Chirac, Balladur, Villepin, Fillon, Sarkozy et maintenant par lui. C’est pour cette raison que Manuel Valls est rentré, dans la nuit, des Antilles ; pour eux que Hollande parle de toute urgence un samedi, pour cette gamine, entourée par les canipras, qui s’exprime en leur nom, et ils sont enchantés de l’occasion que leur offrent leurs profs de faire un monôme derrière les bannières du Front de gauche. Ils voudraient bien faire du chef de l’État leur otage. Alors il dit une chose et son contraire en espérant que ça passe. Il a déjà procédé ainsi au moment de l’affaire Florange, puis de l’affaire Cahuzac et de tant d’autres. Chaque fois, il descend une marche de l’escalier qui le conduit à l’impasse finale.

Depuis dix-huit mois, il n’y a qu’une crise qu’il a affrontée en étant intraitable, une seule où il s’est montré inflexible, où il a méprisé les convictions des autres, sans retarder d’une minute la signature d’un texte qu’il voulait historique : la loi sur le mariage gay. Le seul engagement qu’il a tenu sans compromis ni "apaisement". Même en voyage officiel en Afrique du Sud, il a trouvé le moyen de se faire présenter un couple de lesbiennes (voulait-il les faire venir en France ?). Cette loi n’a supposé aucune interprétation.

Un groupe de maires a cru bon de déposer devant le Conseil constitutionnel une demande de "clause de conscience" dans l’application de ce texte, à l’instar d’autres professions : demande rejetée parle Conseil (« Le législateur n’a pas porté atteinte à leur liberté de conscience »). Mais n’est-ce pas mieux ainsi ? Pourquoi réclamer la protection de la loi pour exercer sa liberté de conscience ? On l’exerce, un point c’est tout. Et, en imaginant qu’une telle "clause de conscience" eût été accordée, quelle raison y aurait-il demain de réformer la loi en cause ? Au contraire, par son intransigeance ici, comme par sa faiblesse ailleurs, François Hollande fournit à la droite les armes de la reconquête. Afin de rendre « à la parole politique son autorité morale » ; pour reprendre la belle formule de Pierre Nora dans son essai monument intitulé Recherches de la France (Gallimard).

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