Nicolas Sarkozy se réjouit des déboires de Hollande.

Jeudi 23 mai 2013 // La France

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La politique n’est pas bonne pour la santé. Pour s’en convaincre, il suffit de voir Nicolas Sarkozy, qui l’a quittée depuis un an. Le 25 avril dernier, à midi, on l’a vu, bronzé, débordant d’énergie, entrer d’un pas vif et le sourire aux lèvres dans la salle 710 du Centre de conférences de Montréal, au Québec. Rien à voir avec le Sarkozy qui, grisâtre et épuisé, avait perdu la présidentielle il y a un an.

L’opinion publique est restée longtemps sans nouvelles de lui. Après sa défaite face à François Hollande, il s’était fait discret, n’accordait pas d’interviews, ne tenait plus de discours. Son intervention à Montréal n’a rien de public. Le service de sécurité en a interdit l’accès aux journalistes et aux photographes. L’assistance, près de 800 personnes, aurait payé entre 170 et 600 euros pour entendre Sarkozy à l’occasion d’une série de conférences organisées par une société de téléphonie canadienne. Le public se compose d’hommes d’affaires canadiens et de quelques fans dispersés de l’ancien président. A l’américaine, il est annoncé comme le vingt-troisième président de la République française. Je vais m’efforcer d’éviter deux choses, déclare-t-il après être monté à la tribune dans un concert d’applaudissements, "me mêler de politique canadienne, et faire de la politique française." Puis, après une longue pause étudiée, il ajoute avec un large sourire  : "Ce n’est pas que je n’en aie pas envie."

Récession. Quelques minutes avant qu’il ne vienne au micro, une dépêche d’agence est tombée : le mois précédent, le chômage a atteint le chiffre record de 3,22 millions en France. Et pendant que l’ancien président Sarkozy est reçu comme un homme d’Etat au Québec, à 5 400 kilomètres de là, à Paris, les choses vont plutôt mal pour son successeur, François Hollande. L’économie s’engage sur la voie de la récession. La gauche reproche à Hollande de ne pas être assez à gauche. Dans le même temps, la droite manifeste sans faiblir contre ce qui est son projet de loi le plus important, celui sur le mariage homosexuel, lequel a déclenché une sorte de Tea Party français, où l’homophobie, même chez les jeunes citoyens, est associée au sentiment que la gauche au pouvoir serait illégitime.

On a l’impression que tout échappe à Hollande. Récemment, un institut de sondage a révélé qu’il ne rassemblait plus que 21 % de satisfaits, ce qui fait de lui le président le moins populaire de la 5° République. Une autre enquête affirme que s’il se représentait contre Hollande, Sarkozy l’emporterait. Donc, rien d’étonnant que ce dernier semble ravi. "Oui, il y a une vie après la politique, lance-t-il à son auditoire. Très honnêtement, je vais bien. Et quand je vois ceux qui m’ont succédé, je vais encore mieux."

« Très honnêtement, je vais bien ; Et quand je vois ceux qui mont succédé, je vais encore mieux ».

Toute l’intervention de Sarkozy est un commentaire sur son successeur, qu’il s’abstient toutefois de nommer. Il commence par s’épancher sur la belle image qu’ont donnée Barack Obama et George W. Bush quand ils se sont rencontrés à la Maison-Blanche. Ce qui n’est rien d’autre qu’une critique adressée à Hollande qui, lors de la passation de pouvoirs à l’Elysée, ne l’a même pas accompagné jusqu’à la voiture. Puis il embraie sur la question du comportement à adopter avec la Chine, et sur le fait qu’il faut évidemment réduire les dépenses publiques. Mais beaucoup de choses restent tues : ainsi l’enquête dont Sarkozy fait l’objet de la part de la justice, pour ses liens avec un éventuel financement illégal de sa campagne. Et il n’aborde absolument pas la question qui est sur toutes les lèvres : compte-t-il se représenter à la présidentielle de 2017 ? Pour l’heure, les conservateurs, divisés, n’ont pas de meilleur candidat. "Ce que j’aime, ce n’est pas la politique, concède-t-il. Je me suis souvent ennuyé dans ces réunions interminables où l’on ne décide rien. Ce que j’aime, c’est l’action." Il a encore le temps.

Le nationalisme absurde de Monsieur de Montebourg

En bloquant le rachat par Yahoo ! Montebourg n’aidera pas l’économie à se redresser. Depuis peu, le président français s’est lancé dans une campagne pour prouver que son gouvernement n’est pas hostile aux entreprises. Il semblait plus ouvert aux investissements étrangers et a promis de baisser l’impôt sur les plus-values. Pourtant, quelques jours après le début de cette offensive de charme, l’un des ministres de François Hollande s’est triomphalement vanté d’avoir empêché Yahoo ! de devenir l’actionnaire majoritaire de Dailymotion, une société française prospère de vidéos en ligne.

Avec sa déclaration selon laquelle Dailymotion est "une pépite française qu’il faut préserver", Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, envoie un message catastrophique. Il suggère que toute société française qui réussit ne doit en aucun cas être rachetée par une compagnie étrangère. Il est difficile de voir en quoi les intérêts vitaux de la France seraient compromis si Yahoo ! devenait actionnaire majoritaire d’un service de vidéos en ligne.

Arnaud de Montebourg semble croire, à tort, que laisser Dailymotion aux mains de la France permettra d’encourager le développement d’une ruche de startup françaises. Au contraire ! L’histoire de la Silicon Valley montre que les entreprises réussissent mieux quand elles sont libres de travailler, de fusionner et de s’associer avec les plus brillants de ce monde.

Prenons l’exemple de Skype, service extrêmement populaire qui permet à ses utilisateurs de passer des appels téléphoniques par Internet. Installée au Luxembourg, la société a été créée par Janus Fuis, un Danois, et par Niklas Zennstrôm, un Suédois. Ils ont vendu leur entreprise à eBay, groupe américain, puis ils ont continué à investir ailleurs et à créer d’autres entreprises.

L’économie française traverse une crise grave : le taux de chômage a atteint 11 % en mars 2013, contre 10% l’année précédente à la même période. Elle n’a certainement pas besoin de mesures protectionnistes justifiées par un nationalisme absurde.—

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