Ne donnons pas tous les pouvoirs au PS.

Samedi 26 mai 2012 // La France

Drapeau de FranceComment analysez-vous l’échec de Nicolas Sarkozy ?

Après les législatives, il nous faudra regarder tout le quinquennat, en détail, pour essayer de comprendre. Il y a un point sur lequel je ne suis pas d’accord avec Nicolas Sarkozy, quand il dit qu’il est le seul responsable de l’échec. Le gouvernement et le parti devront également s’interroger sur les raisons de la défaite.

Et selon vous, quelles sont les responsabilités du parti et du gouvernement ?

A-t-on suffisamment expliqué les réformes ? Je n’en suis pas sûr. Je pense que les explications, la pédagogie accompagnant les réformes ont manqué comme sur la loi Tepa en début de quinquennat pour laquelle nous avons été injustement caricaturés. Le contexte de crise est le premier marqueur de l’échec. Quand tout va bien, les Français ne sont pas à vif. Mais dans la difficulté, tout énerve. Enfin ils ont le sentiment que le politique est dépossédé par la technocratie, les marchés financiers, et encore l’Europe. Ils votent en se demandant si les politiques décident encore. La question de la réhabilitation du politique est essentielle, en rappelant notamment que c’est un politique, Nicolas Sarkozy, qui a évité le naufrage de notre pays au coeur de la crise en 2008.

Une analyse où on ne devra pas oublier les scores importants de Marine Le Pen et de Mélenchon ?

Bien sûr. D’ailleurs, j’en ai assez de la bienveillance avec laquelle Mélenchon est traité dans ce pays ! Il nous donne en permanence des leçons. Lui, le champion toutes catégories de la politique-spectacle, ce parachuté permanent, qui nous promet des mesures d’un danger sans pareil pour notre pays. Comme le smic à 1700 euros, la régularisation de tous les sans-papiers ou le vote des étrangers à toutes les élections. Mélenchon ne croit même pas à ce qu’il dit ! C’est un manipulateur. Son dangereux extrémisme, son attitude, son discours me sont insupportables. L’attitude de Mélenchon est indigne mais la gauche est autorisée à dire qu’elle a besoin de ses voix à la présidentielle, aux législatives sans que personne ne s’émeuve. Il y a deux poids, deux mesures dans ce pays. La droite devrait être beaucoup plus ferme sur Mélenchon.

Justement, n’est-il pas logique, alors que Nicolas Sarkozy a dit, pendant sa campagne, que le FN avait sa place dans la République, qu’entre 54 et 70% des sympathisants UMP, selon deux sondages, se déclarent favorables à des accords locaux avec le Front national ?

Il faut être très clair : il n’y aura ni accords nationaux ni accords locaux avec le FN. La stratégie gagnante, c’est quand on est capable de faire revenir l’ensemble des électeurs vers nous. Les leaders d u FN ne veulent que la disparition de l’U M P.

Malgré la dédiabolisation de Marine Le Pen, qu’elle sont les raisons concrètes qui fond que vous vouliez maintenir ce cordon « sanitaire » vis à vis du FN ?

Le changement de prénom à la tête du FN n’a rien changé au FN. Et le changement de nom, demain du Front national non plus. Leur programme est est une folie Ils veulent un protectionnisme national. Mais la France n’est pas une île. Qui peut sérieusement croire que tout irait mieux en France si ont faisait de la France une forteresse ? Pareil avec la sortie de l’euro, sur laquelle Marine a fait-elle même marche arrière. Encore une folie. Que dit-elle sur les étrangers ? Il faut supprimer toute immigration légale. Est-ce crédible ? Évidemment non. L’immigration zéro est impossible parce que nombre d’entreprises ont besoin de travailleurs étrangers et parce que les compétences qu’elles recherchent n’existent pas toujours. Il n’y aura pas d’alliance avec le FN, contrairement au PS avec Mélenchon.

Comment la campagne des législatives doit-elle être menée ?

On doit donner le maximum et faire campagne avec la même énergie que celle que Nicolas Sarkozy a déployée. Une campagne de conviction, totalement engagée, combative et pugnace. Ce qui ne veut pas dire agressive. Pour les législatives, la mobilisation totale de notre camp est fondamentale.

Certains à l’UMP pensent que Nicolas Sarkozy n’a dit qu’un au revoir mais qu’il n’a pas définitivement tourné la page de sa vie politique...

Le connaissant bien, je pense vraiment que son intention est claire, comme il l’a dit. Cette décision a été mûrement réfléchie de sa part. Mais il n’a pas voulu faire comme Lionel Jospin et donner le sentiment d’abandonner brutalement sa famille politique.

Vous en avez parlé avec lui depuis le soir du second tour ? Que vous a-t-il dit ?

Oui, il nous a confié qu’il avait besoin de se reposer et de profiter des siens. De sa famille au premier chef. Il veut également réfléchir à ce qu’il fera ensuite, à sa vie professionnelle. Après la rentrée, il fera part de ses projets.

Vous l’avez trouvé affecté ?

Il a le sentiment d’avoir tout donné dans cette campagne. Et quand on donne tout, on ne peut s’en vouloir ou s’auto flageller. Il m’a également dit qu’il avait été bouleversé par l’engouement populaire autour de sa campagne, alors qu’il était seul contre les neuf autres candidats et après tout ce qui avait été dit et écrit. C’est pour cette raison qu’il nous demande de toujours y croire et de nous battre.

Vous pensez que la droite a une chance de remporter les législatives ?

Je suis convaincu que la droite va l’emporter ! Non seulement c’est possible mais c’est surtout souhaitable ma par ce qu’aujourd’hui la gauche et le PS ont quasiment tous les pouvoir (Sénat, Élysée, régions, départements, grandes villes), ce qui ne s’était encore jamais vu dans l’histoire politique française. Les Français sont attachés à l’équilibre. Je leur lance un appel à un vote d’équilibre des pouvoirs.

Vous pensez que cela traumatise les Français et qu’après avoir élu Hollande ils ne lui donneraient pas une majorité à l’Assemblée pour gouverner ?

A-t-on vu de vrais mouvements d’enthousiasme pour Hollande pendant la campagne ? Non. J’ai entendu que son élection était une grande journée pour les sans papiers. Il va falloir que François Hollande finisse par sortir de l’ambiguïté sur cette question et sur d’autres.

Quand François Hollande dit qu’il veut proposer un référendum aux Français sur le droit de vote des étrangers aux municipales, ce n’est pas clair ?

Non, parce que pour y arriver, il y a une première étape à franchir. Plus nous aurons de députés à l’Assemblée, plus nous pourrons empêcher toute réforme de la Constitution, qui nécessite l’accord des trois cinquièmes du Parlement. Voilà un premier objectif pour notre électorat. Vous ne voulez pas que des réformes essentielles qui touchent à la Constitution soient mises en oeuvre ? Alors il faut voter massivement pour l’UMP.

Que pensez-vous de la gestion de I’UMP menée par jean-François Copé depuis qu’il vous a succédé à la tête du mouvement ?

Jusqu’aux législatives, la direction doit être collégiale. Il s’agit tout simplement d’incarner l’unité de notre famille politique. Et nous devrons surtout nous intéresser à ce que devra être la ligne politique de l’UMP. C’est un enjeu plus important que la guerre des chefs. Il nous faudra une offre politique équilibrée sur ses deux piliers. Les fonctions régaliennes, d’une part, sécurité, justice, et d’autre part nous devrons redéfinir le nouveau projet social que Sarkozy a appelé de ses voeux au Trocadéro. Et il faudra davantage mettre l’accent sur la compétitivité des entreprises sans oublier la réduction des dépenses en faisant tout, parallèlement, pour établir une société des droits et des devoirs.

Vous êtes favorable à la reconnaissance des mouvements au sein de l’UMP ?

Droite sociale, Humanistes, Droite populaire : aujourd’hui, les sensibilités sont — devenues une réalité. Il est légitime de les officialiser. En prenant garde à ne pas tomber dans les travers du Parti socialiste dans l’expression de ses courants, comme celui qui consiste à organiser des élections à la proportionnelle à tous les échelons, courant par courant.

Si jean-François Copé était battu en Seine-et-Marne, ce serait un handicap pour briguer la tête de l’UMP ?

Premièrement, je souhaite qu’il soit réélu, deuxièmement, je suis sûr qu’il sera réélu. À lui de dire le moment venu s’il sera candidat à la suite. Aujourd’hui, Jean-François Copé est secrétaire général de l’UMP parce qu’il a été choisi à l’époque par Nicolas Sarkozy, comme je l’ai moi-même été en 2009. Le leader naturel de l’UMP sera le prochain président du mouvement, qui tiendra sa légitimité du vote des militants, à l’occasion de notre congrès à l’automne.

Ce président de I’UMP pourrait être Alain juppé, président de consensus ? Sera-t-il candidat ? Dans tous les cas, ce sera aux militants de choisir qui sera le mieux à même de porter et d’incarner la ligne stratégique et politique de notre mouvement.

Propos recueillis par Josée POCHAT de Valeurs actuelles.

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