NIGERIA

Par Paul TEDGA

Samedi 11 octobre 2014 // L’Afrique

L’armée nigériane est sous le feu des critiques, incapable de stopper les insurgés islamistes de Boko Haram, dans le Nord-Est du pays, malgré son écrasante supériorité en hommes. Je vous promets qu’on va en finir dans pas longtemps « , avait déclaré, martial, le nouveau chef d’état-major, le général, Alex Badeh, lorsqu’il avait été nommé, en janvier. Huit mois, plus tard, le bilan est catastrophique.

Progressant de manière fulgurante, Boko Haram a fini par contrôler des pans entiers de territoires du Nord-Est du Nigeria, et menace de prendre Maiduguri, la capitale régionale déjà, à moitié encerclée. Une situation qui rappelle celle de l’Etat islamique, en Irak, un mouvement frère selon le chef des islamistes nigérians, Abubakar Shekau, qui veut, lui aussi, établir un califat.

En face, l’armée nigériane fait piètre figure, avec des soldats qui refusent d’aller au combat ou qui fuient devant les attaques insurgées. Les hommes se plaignent, aussi, de n’être pas nourris, correctement, et du non-paiement de leur solde. La situation semble si grave que les voisins nigérians, à l’instar, du Cameroun, sont sans voix. Boko Haram est en terrain conquis dans tout le Nord-Est du pays où il ne rencontre aucune résistance des forces armées et de sécurité du Nigeria. La seule bravoure revient aux comités d’auto-défense formés par les populations, qui essaient, tant bien que mal, de se défendre.

Ayant mis la main sur pratiquement tout le Nord-Est du Nigeria, Boko Haram a tendance à vouloir s’étendre sur l’Extrême-NordOuest du Cameroun. D’où d’incessantes tentatives d’incursions quasi-quotidiennes de ses hommes qui, chaque fois, sont repoussés par les forces armées camerounaises.

Avec une armée qui compte 80.000 militaires et autant de paramilitaires, selon le rapport 2014 de l’institut international d’études stratégiques (IISS), et un budget de la Défense de 968 milliards de nairas (4,5 milliards d’euros), soit 20% du budget de l’Etat, et à peu près l’équivalent de tout le budget 2014 du Cameroun, qui, lui, arrive à contrecarrer l’expansion de Boko Haram, après y avoir mis les moyens, en hommes et en matériels conséquents, on peut dire, sans risque de se tromper, comme la secrétaire d’Etat adjointe pour l’Afrique de l’administration Obama, Linda Thomas-Greenfield, que la réputation de l’armée nigériane est enjeu et que l’avenir du Nigeria et de ses enfants est en danger.

C’est d’autant plus inconcevable qu’en face, Boko Haram dispose, à peine, de 8.000 combattants qui se financent, tant bien que mal, par des attaques de banques, des pillages et des rançons, même si, au passage, ils se fournissent, aussi, en armes, dans des entrepôts militaires que les soldats de l’armée nigériane, abandonnent quand ils fuient les combats. A quoi sert l’aviation nigériane qui serait l’une des plus pourvues d’Afrique noire, en avions de combat, avec celles de l’Angola et de l’Afrique du Sud ?
Au-delà des analyses savantes, sur la faiblesse de l’armée nigériane face à ce qu’on appelle, encore, secte « Boko Haram, il ne faut, jamais, perdre de vue, l’aspect politique, ou plus, exactement, politicien, de ce conflit.

Goodluck Jonathan devrait faire acte de candidature, pour se succéder, à lui-même, à l’élection présidentielle de 2015. Les musulmans qui se recrutent, en majorité, dans le Nord du Nigeria, lui disent qu’il n’a plus le droit de se représenter, à cette élection, après avoir terminé le mandat d’Umaru Yar’Adua dont il fut le vice-président, du 11 avril 2007 jusqu’à son décès pour cause de maladie, le 5 mai 2010. Ce dernier avait dirigé le Nigeria pendant, exactement, 2 ans, 11 mois et 6 jours. Goodluck Jonathan avait assuré, normalement, la fin de son mandat, soit 13 mois, avait brigué un autre mandat de 4 ans qui se terminera, en avril 2015. Jusque là, pas de problème. Sauf qu’au lieu d’en rester là, Jonathan veut se donner les 2 mandats que procure la constitution à tout nouveau chef d’Etat, alors qu’il connait la règle non écrite, au Nigeria, qui veut qu’il y ait, tous les 8 ans, alternance, à la tête de l’Etat, entre un président chrétien, et un président musulman.

Pour mémoire, le chrétien Olusegun Obasanjo, après huit ans de présidence, de mars 1999 à avril 2007, avait tiré sa révérence, malgré son souhait de modifier la constitution pour terminer ses chantiers économiques » pendant un troisième mandat qu’il voulait solliciter. Son successeur, Umaru Yar’Adua, de confession musulmane, selon cette loi non écrite, aurait pu rester, en place, lui aussi, huit ans, s’il n’avait pas été, prématurément, emporté par une forte insuffisance cardiaque, laissant la place à son vice-président chrétien, Goodluck Jonathan. Car pour maintenir l’équilibre, le président musulman doit avoir comme vice-président, un chrétien. Et vice versa. Goodluck Jonathan fausserait cette règle, en cherchant, un 21 mandat, de 4 ans, qui devrait, revenir, normalement, à un président musulman. D’où la saignée des grands militants musulmans de son parti, le Parti démocratique populaire (PDP), pour l’affaiblir et le faire battre en 2015. D’où aussi, pense-t-on, les raisons du refus des militaires de combattre afin que les succès de Boko Haram ternissent, sérieusement, son bilan à la tête de l’Etat, du moment où il serait perçu, par le monde entier, comme un chef d’Etat faible, absent et, totalement, incapable d’enrayer la menace Boko Haram.

Il n’est, donc, pas exclu que Boko Haram continue d’engranger d’autres victoires, en attendant l’élection présidentielle de 2015 que Goodluck Jonathan, en toute logique, aura du mal à remporter.

MALI : La mauvaise gestion qu’on reproche à IBK

L’opposition reproche au président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita (IBK), de se comporter comme si le trésor public était sa propriété privée. C’est, ainsi, que par sa seule volonté, sans aucune consultation du gouvernement et du parlement, hors de toute inscription budgétaire, 20 milliards de F CFA (30 millions d’euros) ont été sortis, des caisses de l’Etat, pour acquérir un Boeing 737, non encore, immatriculé, au compte du Mali.

C’est, ainsi, que les travaux d’agrandissement et d’embellissement de la résidence privée du chef de l’Etat, sont financés par la Régie de la présidence de la République, alimentée à coup de milliards par le trésor public. Des abus de biens sociaux sous la forme de travaux de rénovation des résidences de plusieurs personnalités du régime, sur fonds propres, sont signalés ici et là.

C’est, ainsi, que l’immeuble du secrétariat général de la présidence de la République, don de la République populaire de Chine (inauguré le 30 novembre 2007) est en cours de démolition, pour être remplacé, par un nouvel immeuble comportant de nombreuses « facilités » du genre « apatam en vitres blindées » ou « promenade du président ». Les coûts de construction de ce nouvel immeuble qui s’élèvent à plusieurs milliards de F CFA n’avaient fait l’objet d’aucune inscription, dans le budget initial 2014.

Un marché, de gré à gré, de 108 milliards de F CFA (165 millions d’euros) a été attribué, en novembre 2013, par le fait du prince, à un homme d’affaires ami et conseiller spécial du président, pour des fournitures, à l’armée, dont certaines (notamment les uniformes, les chaussures et les camions) n’avaient aucun caractère de secret-défense. Point culminant de l’opération douteuse le ministre des Finances a couvert ce marché par une garantie de 100 milliards de F CFA (150 millions d’euros) déposée auprès de la banque du conseiller spécial.

Un marché de gré à gré de 25 milliards de F CFA (38,2 millions d’euros), a été attribué, en mai 2014, à un homme d’affaires proche des cercles du pouvoir, pour la livraison à l’armée, de véhicules de transport et de camions-citernes. La première partie de ce marché s’élevant à près de 10 milliards de F CFA (15 millions d’euros) a fait l’objet de surfacturations allant jusqu’à 400%.

Entre septembre 2013 et août 2014, des marchés de gré à gré de près de 300 milliards de F CFA (450 millions d’euros) ont été attribués, à une trentaine de sociétés, au titre de la Défense nationale.
C’est, ainsi, que la famille du président s’est emparée de tous les échelons des institutions de la République : présidence, gouvernement, et assemblée nationale.

L’auteur de cette accusation qui ne laisse nullement indifférent, n’est autre que l’ancien ministre des Affaires étrangères, pendant la première transition malienne, en 1991, Tiébilé Dramé. Président du parti Parena (opposition), Tiébilé Dramé n’avait pas participé à l’élection présidentielle de l’année dernière, accusant la trop grande ingérence de la France qui imposait son déroulement à une date que Tiébilé Dramé, trouvait tout à fait inadéquate pour le bon fonctionnement futur des institutions.

Pour certains Maliens, il est dans sa logique de déstabilisation de l’Etat et du pouvoir en place, qu’il combat, activement. Pour d’autres, il n’est pas le seul à critiquer le régime, en place, dans la mesure où, même les bailleurs de fonds et partenaires au développement, œuvrent, de façon discrète, à la formation d’un gouvernement d’union nationale plus consensuel, avec des hommes reconnus comme rigoureux, dans la gestion des affaires de l’Etat, aux commandes de différents ministères.

BEAC/ Pourquoi on ne change pas la gamme mon&taire vieille de douze ans !
 
Les billets de banque utilisés par les usagers de la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) sont vieux de plus de dix ans. Selon la réglementation en vigueur, ils auraient, déjà, dû être changés, en 2012. En 20149 on n’y songerait, toujours, pas. Pourquoi ? Lire notre enquête exclusive.

Le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, vient de passer des vacances mouvementées, à Marbella, en Espagne. Il n’a pas fait que se prélasser au soleil, comme il le souhaitait, il a, beaucoup, reçu ses parents mbochi, qui n’ont pas arrêté de défiler, à cause d’un fait insolite qui ferait sourire ses nouveaux amis de Malaga. En effet, pendant qu’il se la coulait douce, en Espagne, loin du débat sur le changement de la constitution qu’il souhaite, par référendum, afin de s’octroyer un bail, à vie, à la tête de l’Etat du Congo, une panthère, en pleine nuit, se serait introduite sur la tombe de sa fille chérie, Edith Lucie Bongo Ondimba, décédée, à Rabat, en mars 2009. Comme animée par un esprit que seuls savent décrypter les vrais initiés mbochi, elle se serait mise à gratter le sol de la tombe, et à se cogner sur le marbre, jusqu’à ce que mort s’en suive.

Une panthère en ce lieu, suprêmement, surveillé, est, en soi, une grande surprise qui relèverait même du mystère. Qui plus est, une panthère qui vient, juste, solliciter le lieu de repos éternel de la défunte fille aînée du chef de l’Etat, et qui y laisse sa peau, sans raison. Voilà qui a gâché les vacances du dictateur, le poussant, question d’en savoir plus, à « creuser » ce mystère auprès de ses parents. D’où leur incessant défilé, vertement, convoqués pour dire ce qu’ils savaient de cette histoire bizarre.

Toujours pendant ce séjour du président, en Espagne, la résidence d’Edith aurait, une fois de plus, été cambriolée. A quelles fins ? Selon certaines langues fourchues d’Oyo, les visiteurs de la nuit cherchaient des caches d’argent. Les Zairois qui sont les « fait tout » dans le ranch présidentiel, sont pointés du doigt. Une fois de plus. A tort ou à raison. Une chose est sûre : le ver est dans le fruit.

En mars 2013, a été posée la première pierre de I’ agence de la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique centrale), à Oyo. Cette première pierre a été posée par le président Sassou alors que la sélection du cabinet d’architecture devrait se faire, à Yaoundé, en avril 2014. Cherchez la raison de la précipitation de Sassou. La localité d’Oyo n’est pas réputée abriter une activité économique ou industrielle, qui justifie une telle implantation, après les agences de Brazzaville, de Pointe Noire et de Ouesso, en 2009. C’est la bourgade présidentielle. Sans plus. La construction de cette agence de la BEAC, va, donc, être réalisée, en dehors de toute logique économique.

Après avoir mené leurs enquêtes, les administrateurs français de la BEAC, mais pas seulement eux, ont fini par comprendre les raisons pour lesquelles le président souhaite implanter une agence de la banque centrale dans son village où il n’existe qu’une activité bancaire marginale, et surtout, aucune industrie digne de ce nom et aucun tissu économique, en dehors de l’Alima Palace, une autre folie présidentielle, qui tourne à vide, 6 jours et demi sur sept. Malgré ses 5 étoiles. Les administrateurs français de la BEAC, ainsi que leurs collègues de la même zone, ont fini par découvrir que si le président Sassou tient à construire une agence de la BEAC, dans son village, ce que le président camerounais, Paul Biya, n’a pas fait, à Mvomeka, ni le patriarche Ondimba, à Lewaï ; I’Equato-Guinéen, Teodoro Obiang Nguema, ne l’a pas fait, non plus, à Mongomo, pour ne citer que les pays parmi les plus grands pourvoyeurs en billets de banque au sein de la zone BEAC, c’était pour une raison bien précise : la thésaurisation.

Eh Oui, le président congolais garderait, énormément, d’argent, dans différentes caches, à Edou et à Oyo. L’agence de la BEAC d’Oyo, dépourvu d’utilité économique prouvée, servira, selon certaines sources, très bien introduites, à blanchir les capitaux présidentiels. Ni plus ni moins. S’il affirme qu’Afrique Education dit des contrevérités, qu’il démontre l’utilité économique de cette agence, à l’instar de celle de Pointe Noire par exemple.

Sous l’ère Ahidjo, les milliardaires Alhadji du quartier de la Briqueterie, de Yaoundé, se distinguaient par leur immense fortune qu’ils gardaient dans des chambres à coucher. Ahidjo les couvrait, Sassou a copié ce bon vieux système, maintenant, où le F CFA ne se convertit, plus, en France. Avant la décision de signifier cette non- convertibilité, pendant la deuxième cohabitation française où Edouard Balladur officiait comme premier ministre, de 1993 à 1995, il suffisait de charger des sacs d’argent dans les soutes des avions d’UTA ou d’Air Afrique, pour alimenter, proprement, ses comptes, en France. C’était bonjour la fuite des capitaux ! Aujourd’hui, non seulement, ce n’est plus possible, mais toute transaction bancaire doit être justifiée, ce qui a laissé les détourneurs de fonds publics congolais, sans voix.

Désormais, ils cachent des fortunes dans leurs maisons car même le fait d’alimenter, grossièrement, son compte bancaire local, attire l’attention des curieux. Du jour au lendemain, on peut faire l’objet de gros titres dans la presse. Sassou aime que ses parents détourneurs de fonds publics agissent dans la discrétion. Comme lui- même.

C’est la raison pour laquelle des grosses fortunes sont cachées dans des villas cossues d’Oyo et d’Edou (surnommé Monaco), faute de les placer sur des comptes bancaires, à Brazzaville ou de les transférer à l’étranger. C’est trop risqué pour le moment. On attend la mise en service de l’agence de la BEAC d’Oyo pour contourner la difficulté.

Mais se pose un autre problème. Les règles de fonctionnement de la BEAC (comme de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) imposent, que tous les 10 ans, on change, totalement, la gamme monétaire, c’est-à-dire tous les billets de banque en circulation. C’est la loi. Ainsi, l’autorité monétaire donne un délai qui permet aux personnes qui possèdent des billets de banque, d’aller les remettre afin de récupérer les nouvelles coupures de la même valeur. Cette opération qui devrait se faire, depuis 2012, à la BEAC, se fait, toujours, attendre. Pourquoi ?

Il y a quelques jours, le gouverneur de la BEAC, Lucas Abaga Nchama, a décidé d’injecter des coupures neuves de 2.000, 1.000 et 500 F CFA, dans le circuit, pour dit-on, lutter contre la pénurie. Question : à quand leur changement, comme le prescrit la loi, tous les 10 ans ? D’autre part, qu’en est-il des billets de 10.000 F CFA et de 5.000 F CFA qui sont en circulation depuis plus de dix ans, ce qui n’est plus légal ?

Selon certaines rumeurs, cette opération de changement de billets de banque, serait bloquée par le président congolais qui disposerait d’un stock énorme de billets et qui rendrait l’opération de changement, politiquement, délicate, par ce temps d’instabilité politique, dans son pays.

Afrique Education se saisissant de ce dossier, nul doute que ça va bouger, dans tous les sens, dans le microcosme bancaire de la sous- région de l’Afrique centrale où on dit, souvent, que l’argent n’aime pas le bruit.

Et quid de la construction de l’agence de la BEAC à Oyo, en plein village du président Sassou ! On attend les explications du gouvernement de la BEAC ou du président du Congo himself.

Répondre à cet article