N K M est-elle bobo ?

Samedi 6 avril 2013 // La France

La course à la mairie de paris est lancée. Favorite, Nathalie Kosciusko-Morizet rejette l’étiquette de bourgoise-bohème que la gauche veut lui coller.

En 2014, Paris aura un nouveau maire, ou plutôt une nouvelle maire, car ce sera certainement une femme. Mais la question qui occupe l’opinion publique est de savoir si la première citoyenne de la capitale sera "bobo" et, dans l’affirmative, jusqu’à quel point. Le terme "bobo" est redevenu d’une actualité brûlante. Il désigne désormais plus un état d’esprit qu’une catégorie sociologique. Il est difficile de le définir avec précision, mais quand on parle de "bobo", tout le monde comprend de quoi il s’agit. C’est, on le sait la contraction de "bourgeois bohème", une expression imaginée par David Brooks, éditorialiste du New York Times, dans son essai fondamental intitulé Bobos in Pandise [Bobos au paradis, 2000]. Depuis, la catégorie existe et résiste, mais avec quelques mises à jour historiques et géographiques.

Nous disons alors que le vrai bobo parisien est une personne ayant un niveau d’instruction supérieur à la moyenne, tout comme ses revenus. Il travaille de préférence dans le marketing, la mode, la communication, les médias ou les nouvelles technologies. Il est féru d’Internet, de haute technologie, de télévision par satellite et de produits bio. Il vit dans un loft ou un ancien espace industriel reconverti, décoré avec un mélange de meubles design et d’objets dénichés chez les brocanteurs (le baby-foot est très bobo). Les vrais quartiers bobos se situent dans le Xe et le XXe arrondissement, la zone autour de la Bastille, jadis populaire et bien prolétaire, mais aujourd’hui devenue "terre bobo", manifestement "très branchée", c’est-à-dire à la mode. En revanche, si l’on est un bobo homosexuel, on préfère le Marais, dans les IIIe et IV arrondissements.

Minorité hyperchic

Le bobo et la bobo ont des enfants, des bébés bobos qui jouent avec des jouets éducatifs en bois achetés dans les magasins du commerce équitable et solidaire. Ils se déplacent en Vélib, la bicyclette publique, se promènent le dimanche sur les bords du canal Saint-Martin, passent leurs vacances en Croatie ou dans les îles grecques, ne ratent aucune exposition signalée par Le Monde ou Libération. Ils adorent les "musiques du monde", le cinéma non commercial, les livres de Naomi Klein. Ils sont favorables au mariage pour tous et votent socialiste ou Vert. En résumé, comme l’explique le sociologue Eric Agrikoliansky, ils sont les héritiers de la gauche caviardes années 1980, mais moins tentés par les oeufs d’esturgeon que par le bio... Et surtout, ils pèseront d’un poids décisif dans l’élection de la prochaine maire-de la capitale.

La gauche a déjà sa candidate. C’est la socialiste Anne Hidalgo, première adjointe du maire sortant Bertrand Delanoë. Elle n’est pas une bobo à 100 % (trop self-made woman), mais elle peut faire l’affaire. A droite, la candidature se décidera par le biais de primaires entre Rachida Dati (qui n’a rien d’une bobo) et Nathalie KosciuskoMorizet, cette dernière devant l’emporter selon toutes probabilités.

C’est ici que s’ouvre le débat pour savoir dans quelle mesure NKM (s’entendre appeler par ses initiales est, en France, la marque suprême de reconnaissance publique) est bobo. "Entre égérie aristo et amazone écolo, comme la définit le Huffington Post français, le parcours de NKM est en effet atypique. Maire de Longjumeau, dans la banlieue de Paris, elle a été la porte-parole de Nicolas Sarkozy durant sa campagne victorieuse de 2007, puis ministre de l’Ecologie presque plus verte que les Verts. Surtout, en 2005, Paris Match a publié une photo d’elle enceinte, dans une pose qui depuis la poursuit : vêtue d’une robe de mousseline blanche et étendue sur l’herbe, avec une harpe à côté. En d’autres termes : super-hyper-maxibobo.

Le problème est que l’UMP, son parti, a fait des bobos son grand épouvantail une minorité snob et hyperchic, alors qu’il se veut l’expression de la France saine et profonde, LA France QUI SE LEVE TOT pour reprendre l’expression de Sarko. Le même Sarko qui, lors de la dernière campagne électorale, perdue celle-là, s’en est pris à l’élite bobo. "Je ne parle pas pour les bobos du boulevard Saint-Germain", a-t-il martelé, oubliant que le VIe arrondissement aurait davantage voté pour lui que pour Hollande. A l’évidence, une candidate "cryptobobo" semble embarrasse le parti.

Et ne parlons pas de Marine Le Pen, qui déteste cordialement NKM depuis que cette dernière a écrit un livre contre le Front national, le rebaptisant "front antinational". Le jour où Sarko et Hollande ont tenu en même temps leurs rassemblements de fin de campagne respectifs, Mme Le Pen a fustigé les bobos venus après le brunch au spectacle de la Concorde, avant de se précipiter en Vélib’ à Vincennes pour voir si François a une cravate plus cool que Nicolas. A moins qu’une séance de yoga ne les oblige à y renoncer : Pour Mme Le Pen, il ne fait aucun doute : NKM n’a rien d’une bobo, elle est surtout une mère de famille et une épouse qui en dehors de la politique est heureuse de retrouver sa famille de coeur et de sang.

NKM divise même à gauche. Pour Daniel Cohn-Bendit, l’ancien "Dany le Rouge" de Mai 68 devenu "Dany le Vert", qui a pour elle de l’estime, c’est une "écolo de droite". Mais pour les socialistes, c’est une "réac". Pour Delanoë, "une conservatrice qui refuse de le reconnaître". Pour Mme Hidalgo, espagnole de cœur, quelqu’un "qui veut se servir de Paris au lieu de servir Paris". Comme toujours, la gauche ne trouve que des invectives pour tacler ses adversaires.

La frontière du périphérique. Et l’intéressée, comment se définit-elle ? A l’Assemblée nationale, elle s’est abstenue sur le mariage pour tous, parce qu’elle sait bien que pour devenir maire de Paris, il faut au moins être ami des gays (Delanoë, lui, est homosexuel tout court). Et puis elle nie être conservatrice, et encore moins "réac". Mais elle réfute également l’étiquette bobo : "Souvent, ceux qui disent cela et jettent l’anathème vivent en plein centre. de Paris et n’ont jamais mis les pieds dans une banlieue comme la mienne." En cela, elle a tout à fait raison, car pour le vrai bobo la civilisation s’arrête au périphérique. Au-delà commence la barbarie.

Mais, en habile politique, NKM lance des clins d’oeil aux bobos, par son look, par ses convictions écologistes, par ses imprécations contre le Front national et par sa façon d’être en général. Elle maintient un équilibre subtil. Elle se défend d’être complètement bobo pour ne pas irriter l’électorat de droite, mais elle doit l’être suffisamment pour aller à la pêche aux voix de gauche. Elle laisse dans l’incertitude sur son appartenance à la catégorie. Alors, être ou ne pas être bobo ? Bof.

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