Mur des cons : Le premier qui dit la vérité...

Jeudi 13 juin 2013 // La France

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Clément Weill-Raynal, le journaliste qui a filmé le "mur des cons" du Syndicat de la magistrature est aujourd’hui menacé de sanctions !

Guy Béart chantait : « Le premier qui dit la vérité/Il doit être exécuté. »Journaliste à France 3 depuis vingt-huit ans, Clément Weill-Raynal a révélé l’existence du "mur des cons". Il passera le 3 juin en conseil de discipline... En revanche, le Syndicat de la magistrature ne risque rien : saisi par Christiane Taubira, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) vient de se déclarer incompétent. Valeurs actuelles a rencontré l’accusé...

Que pensez-vous de la décision du CSM ?

Après le mur des cons, c’est le bal des faux derches ! On ne comprend rien à la décision du CSM, sinon qu’il ne veut surtout pas se prononcer. Résultat : on ne demande aucun compte aux auteurs de ce scandale, et l’on menace de sanctions celui qui l’a révélé !

Dans quelles circonstances avez-vous tourné ces images ?

C’était le 5 avril, dans les locaux du Syndicat de la magistrature. Je devais y faire l’interview de sa présidente et je découvre ce "mur" qu’on me dit aussitôt de « ne pas filmer » ce qui aiguise évidemment ma curiosité. J’y vois quasiment toute la Sarkozie, des journalistes, des intellectuels et même quelques personnalités de gauche. Je le filme discrètement avec mon téléphone mobile. Je n’avais pas encore repéré qu’il y avait aussi des parents de victimes...

Est-ce vous qui l’avez transmis à Atlantico ?

Non. J’en ai parlé à quelques amis et l’ai transmis à un magistrat curieux de voir ces images. Je ne savais pas qu’elles seraient diffusées sur le site d’Atlantico. Je l’ai découvert après coup. À l’heure d’Internet, on ne maîtrise plus la circulation de l’information !

France 3 vous reproche de lui avoir caché que vous étiez l’auteur de ce film. Pourquoi ne l’avez-vous pas dit tout de suite  ?

Réflexe de protection ! Quand je propose à ma rédaction de faire un sujet sur ce "mur des cons", l’information est devenue publique, elle ne m’appartient plus. Tous les médias en parlent, l’AFP crache des dépêches, la polémique enfle d’heure en heure. On me répond pourtant qu’il s’agit d’une "blague de potache". Ni le journal de la mi-journée, ni le 19/20 ne jugent utile d’y consacrer un sujet. C’est seulement au cours du Soir 3 que mon sujet sera diffusé. Atlantico a beau dire qu’il tient ces images d’un magistrat, le Syndicat de la magistrature accuse un journaliste de les avoir volées... Ce qui est absurde :je n’ai rien fait d’autre que mon métier ! Mais la tension ne cesse de monter. On me bombarde de questions, on me menace, on me presse d’avouer : « On sait que c’est toi ! » Des gars de la CGT commencent à murmurer : « Cette fois, on le tient ! » C’est pour me préserver de cette hostilité que j’ai d’abord nié ! La loi reconnaît au journaliste le droit de protéger ses sources. Pourquoi serais-je le seul à ne pas en bénéficier ?

Comment expliquez-vous ces réactions hostiles ?

On m’intente un procès politique. En 2008, le site Rue 89 avait diffusé des images off de Nicolas Sarkozy, tournées avant son interview dans le 19/20. À l’époque, tous les syndicats de France 3 avaient pris la défense du technicien soupçonné d’avoir remis ces images à Rue 89. Et ils avaient raison ! Cette fois, la CGT et le SNJ (Syndicat national des journalistes) demandent ma tête à la direction ! Alors qu’on m’aurait décerné la Légion d’honneur si j’avais filmé ces images dans les locaux d’un syndicat de droite !

Quelles conclusions en tirez-vous ?

Que révèle cette affaire ? L’hyperpolitisation de magistrats censés rester neutres ce qui jette le discrédit sur la justice et la proximité du Syndicat de la magistrature avec certains syndicats de journalistes ce qui éclaire d’un jour nouveau le traitement médiatique des dossiers politico-judiciaires. À vrai dire, chacun s’en doutait mais personne ne le disait. On ne me pardonne pas de l’avoir révélé. Il y a dans ce pays une minorité, mais une minorité agissante, qui fait régner dans les médias un climat très particulier. Une forme de maccarthysme de gauche inquiétant pour le pluralisme et la démocratie.

Vous parlez de minorité mais toutes les enquêtes prouvent que les journalistes français sont majoritairement de gauche...

C’est vrai, plusieurs enquêtes l’ont confirmé et ce déséquilibre pose un vrai problème, mais la plupart font leur travail honnêtement. Rien à voir avec les "chiens de garde" qui voudraient mon interdit professionnel.

Que risquez-vous ?

Un blâme, une mise à pied, voire un licenciement. Mais l’avis de ce "conseil de discipline" est consultatif : la direction n’est pas tenue de le suivre...

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