Mourir pour Tombouctou ?

Vendredi 26 octobre 2012 // L’Afrique

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A part François Hollande, qui veut d’une nouvelle guerre des sables au Nord-Mali ? Une offensive menée à reculons a toutes les chances d’échouer.

Une réunion internationale tenue en marge de l’Assemblée Générale des Nations-Unies à New York le 26 septembre a plutôt révélé le manque d’enthousiasme pour aller reconquérir le nord du territoire malien tombé depuis quelque six mois aux mains de groupes islamistes et touaregs.

Tandis que Hollande et Fabius s’agitaient tout en se défendant d’intervenir directement, autour d’eux le silence était assourdissant. D’abord des premiers intéressés, les Maliens. Empêtrés dans leurs querelles internes, depuis la débandade de l’armée au Nord et le coup d’Etat du 22 mars, ils n’ont donné leur accord que la veille de la réunion sous une évidente forte pression française. Le président par intérim, président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, longtemps réfugié à Paris, n’est pas à l’aise. Le Premier ministre, un ancien cosmonaute, Cheikh Modibo Diarra, regarde encore les choses de la lune.

Les voisins sont divisés. Sous une unanimité de façade, les pays membres de la CEDEAO (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest) ont des intérêts divergents. Quand le Niger subit la contagion et l’afflux de réfugiés. le Burkina Faso privilégie la négociation. Chacun se demande si les cinq bataillons qu’ils sont censés envoyer en soutien de l’armée malienne totalement désorganisée feront le poids face aux milices islamistes surarmées et, quoi qu’on en dise, largement composées d’autochtones, en tout cas d’habitués du désert, ce que ne sont pas les Ivoiriens, Togolais et autres Sénégalais. Pas plus que l’armée malienne essentiellement recrutée au Sud. Arithmétiquement, ils seront en nombre inférieur.

Le renseignement, le transport et la logistique de l’armée française feront-ils la différence ? C’est beaucoup s’avancer. Personne n’a encore arrêté la chaîne de commandement ni le concept opérationnel.

Les Etats-Unis privilégient la négociation. Ils sont hostiles à une action militaire. L’assassinat de leur ambassadeur en Libye, qui les a pris de court, ne semble pas les avoir fait changer d’avis, bien au contraire. La prudence est de mise. Mais surtout ils observent l’attitude plus que réticente de l’Algérie et de la Mauritanie. Ces derniers pays sont pourtant les premiers concernés. es éléments les plus actifs des milices qui exercent leur contrôle à Tombouctou et Gao sont algériens. Alger n’a aucune envie de les voir rentrer en Algérie pour déstabiliser ce côté-ci de la frontière saharienne.

Ce serait pourtant le seul exutoire laissé à cette rébellion en cas d’échec. Mieux vaut les laisser de l’autre côté.
L’attitude de François Hollande est d’autant plus troublante que six Français sont retenus en otage au Nord-Mali. Non seulement leur vie est mise en danger, ce qui peut se concevoir dans le cas d’un intérêt national supérieur, mais la sécurité à l’intérieur de l’Hexagone est également menacée.

La France peut certes faire face, mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Non si l’objectif est exclusivement, comme cela est présenté à l’ONU. l’intégrité territoriale du Mali. L’intérêt supérieur de la France n’est alors pas en jeu. La barbarie des nouveaux maîtres au Nord-Mali est-elle une raison morale suffisante pour y aller malgré les risques d’enlisement ? Y a-t-il autre chose qui relèverait du secret-défense ? Sommes-nous menacés par un terrorisme sanctuarisé à Tombouctou ? On aimerait en être convaincu.

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