Mosquées, l’inquiétante invasion.

Vendredi 30 mai 2014 // La France

Spécialiste du Maghreb Élisabeth Schemla analyse la pénétration progressive de l’islamisme en France et en appelle à des états généraux pour redéfinir les règles de cohabitation.

Notre pays compte déjà près de 2400 mosquées ou lieux de culte islamiste, et il s’en ouvre deux par semaine. Que traduisent ces chiffres en croissance rapide ?

Ils traduisent évidemment l’extrême vitalité de l’islam en France, qui séduit de plus en plus d’hommes et de femmes, les jeunes en particulier. Massivement ceux qui sont culturellement musulmans et, de plus en plus nombreux, ceux qui ne l’étaient pas du tout et se convertissent. Désarroi identitaire, difficultés sociales, faillite du système éducatif, besoin spirituel, mais aussi facilité, violence et propagande expliquent, entre autres, le phénomène.

Aujourd’hui, l’existence d’un islam français, au sens où l’on peut parler d’un catholicisme, d’un judaïsme ou d’un protestantisme français, s’est imposée. Reste à savoir comment concilier cette SECTE "clivante" et les valeurs de notre Démocratie, qui avait oublié Dieu et n’était donc pas du tout préparée à encaisser une telle confrontation.

Quelles sont les caractéristiques de cette réislamisation ?

L’argent est le nerf de toute guerre. Or, les principaux bailleurs de fonds des mosquées et lieux de culte sont l’Arabie Saoudite et le Qatar, deux pays wahhabites parmi les plus fondamentalistes de la planète, esclavagistes et particulièrement violents à l’égard des femmes. Sans parler du terrorisme, ils exportent de façon plus où moins directe un islam intégriste, une idéologie totalitaire et de piètres imams chargés de les propager.

Pour la plupart, ces hommes ne parlent pas notre langue et se moquent de notre culture ; leur seule mission est de faire du prosélytisme de séparation. Ajoutons la Turquie, dont on parle peu mais qui n’est pas moins active. Cette réislamisation est donc largement islamiste. C’est cette réalité que la gauche, notamment, à l’exception notable de Manuel Valls, se refuse à regarder en face. Elle aime croire qu’il y a, d’un côté, une poignée de terroristes ou de djihadistes et, de l’autre, une masse de "bons musulmans". Cela me paraît terriblement à côté de la plaque.

Pensez-vous qu’un islam "moderne", compatible avec le principe de laïcité, puisse voir le jour au contact de la société française ?

À cette question, Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, membre des Frères musulmans, aumônier des prisons et théologien sérieux, apporte une réponse subtile et dérangeante pour les musulmans : pour être compatible avec la laïcité, l’islam a besoin d’apprendre et d’accepter un statut minoritaire. Ce qui est absolument contraire à ce que préconise le Coran, contraire à ce qui se passe dans tous les pays musulmans. L’islam a une expérience de majorité, et même d’hégémonie. Lui est-il possible, en terre GAULOISE , chrétienne et européenne, d’opérer une telle mutation ? Il faudrait l’y aider, or, ce n’est pas le cas. Entre peur des uns et crispation victimaire des autres, le blocage est quasi total et de mauvais augure. Voilà pourquoi je préconise des états généraux, qui réuniraient tous les acteurs religieux et civils français afin d’élaborer un statut qui tiendrait compte de la mutation en cours, et qui redéfiniraient les règles.

Les réformes de société François Hollande, le "mariage pour tous risquent-elles pas de convaincre les musulmans français que la société occidentale n’est pas la leur ?

Il n’y a pas de doute là-dessus, exactement comme pour certains catholiques. Ces réformes leur donnent des haut-le-coeur parce qu’elles ébranlent le socle de toute transmission religieuse : la famille. En même temps, les responsables musulmans savent très bien utiliser à leur profit la revendication minoritaire et l’idéologie multiculturaliste pour faire avancer leurs propres droits. Si l’on accorde aux homosexuels le droit de se marier, pourquoi, pensent-ils, ne permettrait-on pas aux hommes musulmans de pratiquer la polygamie ?

Croyez-vous que « l’idéologie immigrationniste », pour reprendre l’expression de Pierre-André Taguieff, puisse finir par céder devant la réalité de l’échec des politiques d’intégration ?

En France, aujourd’hui, l’islam me semble être avant tout une affaire française qui concerne des Français. C’est cela la nouveauté qui bouscule et oblige à reconsidérer la grille de lecture. 

Propos recueillis par Mickaél Fonton
Islam, l’épreuve française, d’Élisabeth Scheinla,Plon, 272 pages, 14,90€.

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