Notre opinion : Par François d’Orcival de l’institut.

Morts en service commandé.

Dimanche 10 mars 2013 // La France

Deux de nos soldats sont tombés au Mali depuis que la France y a engagé ses forces. Deux policiers ont été tués sur le boulevard périphérique, à Paris. Pour les uns, les obsèques ont lieu aux Invalides, pour les autres à la Préfecture de police. Tous sont morts en service commandé pour notre sécurité. Allons-nous bientôt constater que nous perdons plus de policiers et gendarmes sur le sol français que de soldats en opérations extérieures ? Certes, les uns et les autres ne combattent pas le même ennemi - dans un cas des voyous sans foi ni loi, dans l’autre des djihadistes convaincus. Ils n’agissent pas sur le même terrain, n’ont pas les mêmes intérêts ; ils ont pourtant un point commun : ils vivent des mêmes trafics. Et il n’existe, de tout temps, qu’une politique pour détruire les nids de frelons où ils se développent : la réaction immédiate. Plus on agit tôt, plus l’action est efficace ; plus on agit tard, plus elle est coûteuse. Pendant des mois, nous avons laissé les islamistes s’incruster dans les massifs du Nord-Mali, les déloger est aujourd’hui dangereux et difficile.

Les deux voyous qui ont volontairement percuté un véhicule de police, le 21 février, sur le boulevard périphérique, tuant ainsi un brigadier et un brigadier-chef, blessant grièvement un autre brigadier-chef, sont âgés de 22 ans, pour celui qui était au volant, et de 21 ans pour son complice. Le premier s’appelle Malamine Traoré (coïncidence, c’est un nom répandu au Mali), le second Mehdi Bensassou. Le premier est domicilié dans le XIXe arrondissement de Paris. Du second on sait seulement que les enquêteurs ont découvert chez lui de la cocaïne, du cannabis et une arme blanche. En les interpellant, les policiers ont constaté que le plus âgé figurait déjà sur leurs fichiers délits au code de la route, mais aussi trafics, agressions et vols. Donc un récidiviste. Et l’autre ? Pas sur les fiches ? Mais à combien d’arrestations aura-t-il échappé ?

Pour ceux-là, la dissuasion n’avait jamais joué. Bien sûr, ils étaient sévèrement imbibés quand ils ont fracassé la voiture des policiers, mais dans la gamme de leurs délits, ce n’était là qu’un degré supérieur et ils ont bien cru pouvoir en réchapper une fois de plus. Comme tous les voyous, ils ont toujours su calculer le rapport entre l’efficacité de leurs actes trafics, vols, fuites et leur coût éventuel. Qu’avaient-ils risqué jusque-là ? Rien. La société les avait laissé faire.

L’ancien préfet de police de Paris, Michel Gaudin, portait sur lui, afin de la tenir à disposition des responsables politiques qu’il rencontrait, une synthèse de ses fichiers de délinquants. Non pas de délinquants simples mais seulement des récidivistes ayant été interpellés plusieurs dizaines de fois et toujours en liberté. Il en comptait 20 000 sur le territoire, 11000 en région parisienne. Les deux du périphérique ne figuraient même- . pas sur ce fichier : trop peu de délits ! Au calcul des probabilités, ils avaient au moins 9 chances sur 10 de passer au travers de la sanction. Ils sont tombés sur la dixième.

En s’inclinant devant les dépouilles de ses policiers tués, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a dit qu’il ne doutait pas que la justice serait « sévère et impitoyable » à l’égard des deux criminels. « Ceux qui ont tué, a-t-il ajouté, doivent être sanctionnés ; ils auraient sans doute dû l’être davantage à l’occasion d’autres faits. » Tout est là, en effet. Le ministre de la police reconnaît que la justice, si ce n’est la loi, n’a pas été dissuasive. Ce n’est pas au dernier acte que l’on doit agir ; c’est au premier qu’il l’aurait fallu. Plus la première sanction est exemplaire et immédiate, plus elle frappe. Plus elle est tardive, moins elle est pédagogique.

Or l’État mollasson se trouve toujours mille excuses pour ne pas agir à temps : la loi est mal faite, les moyens sont insuffisants, les prisons trop pleines, les centres éducatifs trop coûteux, les enseignants et les parents sans autorité, etc. La vérité est que sa politique n’a ni suivi ni consistance : ce que Sarkozy a fait, Hollande (Taubira) le défait et ainsi de suite. Il paiera cher les conséquences. Pendant ce temps, le criminel prospère et les policiers pleurent leurs camarades.

L’autre semaine, Barack Obama prononçait à Chicago un grand discours sur le contrôle des armes à feu. Chicago a dépensé énormément d’argent en actions sociales diverses pour prévenir la criminalité, mais ça ne marche pas. En 2012, la ville a dénombré 506 homicides, contre 418 à New York qui compte trois fois plus d’habitants. Pourquoi ? Parce que New York pratique depuis vingt ans la tolérance zéro. 

À la radio, le mercredi à 8h50 sur France Info dans le Duel des éditorialistes ; à la télévision, le jeudi à 10h10 sur LCI dans Choisissez votre camp. Valeurs actuelles l’a choisie.

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