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Montebourg lance la « mobilisation générale » pour les emplois industriels.

Mercredi 6 juin 2012 // La France

Arnaud Montebourg n’entend pas être un énième ministre de l’industrie. Et quand le ministre du redressement productif parle dans les usines, il sort les grands mots, avec ce style un brin grandiloquent qui le caractérise. Pour définir sa mission, il parle d’« un travail d’unification de la nation autour des enjeux de la protection industrielle ». Evoque une « démarche résolument patriotique », et « cet amour de leur pays » qui amènera, espère-t-il, patrons et salariés à se mettre d’accord. « Nous allons mener un travail de réarmement de la puissance publique, pour que celle-ci soit de moins en moins démunie face à la finance  », assène Montebourg, assurant vouloir « ouvrir un nouveau chapitre de notre histoire ». Rien que ça.

Les ambitions sont grandes. Arnaud Montebourg a une mission : prouver qu’en matière industrielle, l’ère du fatalisme est révolue. Ce vendredi, le tout nouveau ministre a effectué son premier déplacement pour commencer à en faire la démonstration. Au menu : deux « urgences » industrielles, dans la région de Marseille.

A l’usine Fralib de Gémenos, Montebourg est passé en coup de vent, après une rencontre de trois quarts d’heure avec des représentants du personnel. Mais il a eu le temps d’annoncer quelques bonnes nouvelles à la centaine de salariés, en conflit depuis 600 jours avec la multinationale Unilever et usés par des mois d’une lutte pour l’instant sans résultat. Alors qu’Unilever veut vendre ce site d’ensachage des thés L’Eléphant qu’il juge non rentable, Montebourg annonce qu’« Unilever a accepté de revenir à la table des discussions ». Par ailleurs, la multinationale ne fera pas appel aux forces de police le 1er juin pour lever le blocage de l’usine, alors qu’une récente décision de justice lui en donnait la possibilité. Dernière annonce, les machines ne seront pas déménagées. Du moins pas dans l’immédiat, pas tant que « durent les discussions ». Pendant ces derniers jours, les contacts entre le cabinet et Unilever ont été intenses. La décision de la communauté urbaine de Marseille, jeudi, de préempter le site de Fralib (ce qui bloque toute vente) a contribué à ramener la multinationale à la négociation.

600 jours de conflit social chez Fralib
600 jours de conflit social chez Fralib© MM

Le ministre annonce aussi la nomination d’un médiateur – le directeur régional du travail – et la présence autour de la table d’émissaires de plusieurs ministères (le sien, le travail, l’économie sociale, le ministère de l’agriculture). Il donne un mois à ce petit monde pour étudier le projet de coopérative des salariés, mais aussi la solution de reprise de certains salariés proposée par une entreprise du coin, ou d’éventuelles autres pistes. « Toutes les questions pourront être posées », assure-t-il à coup de grands gestes apaisants. Des “bravos” fusent. Le ministre temporise aussitôt : « Nous avons avancé, mais n’avons rien résolu. » Il repart néanmoins sous une petite pluie d’applaudissements.

A 60 kilomètres de là, à Velaux, près de l’étang de Berre, l’attendent déjà les salariés de Lyon de "base". Dans cette raffinerie de 1 200 salariés, un tiers de l’effectif pourrait être mis à la porte d’ici quelques semaines. 5 000 emplois indirects sont menacés – le complexe pétrochimique fait vivre une kyrielle de sous-traitants.

« Ce site n’a pas eu de chance », dit pudiquement Olivier Ferrand, candidat PS aux législatives dans cette circonscription où le FN et l’abstention font des ravages – Ferrand, président du think tank Terra Nova, n’est d’ailleurs pas assuré de figurer au second tour des élections législatives. La raffinerie a été vendue par le groupe Shell en 2007. Un an plus tard, son acquéreur frôlait la faillite. Pour la sauver, il faut désormais la réorienter vers la production de gasoil car l’essence est en surcapacité en Europe. Un investissement considérable : un demi-milliard d’euros. Les collectivités locales et l’intersyndicale ont mandaté un ancien cadre de Shell, pour trouver des repreneurs. Pour l’instant, il a fait trois touches, dont le groupe libyen Tamoil.

Le temps est compté : fin juillet, les premiers salariés seront licenciés. « Il nous faut une lettre officielle d’un repreneur avant fin juin », affirme Patrick Sciurca, porte-parole de l’intersyndicale. Vendredi, Montebourg a annoncé la nomination d’un de ses proches collaborateurs, Christophe Bejach, pour gérer en direct le dossier. « Nous devons imaginer toutes les situations pour trouver les conditions d’un repreneur industriel. Nous avons une vingtaine de pour-cent de chances de réussir. Mais ce serait criminel de ne pas le tenter. Qui ne tente rien n’a rien. » Une fois de plus, le ministre allie volontarisme et très grande prudence.

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