Mediapart

Montebourg, la cartouche gauche de l’Elysée.

PAR LENAÏG BREDOUX

Dimanche 2 septembre 2012 // La France

Il a souvent fait sourire. Il le savait et semblait s’en moquer. Mais à l’époque, c’était dans les travées de l’Assemblée ou les soirs de drames socialistes. Cette fois, c’est en pleine lumière, les mains dans le cambouis. Depuis sa nomination, le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg ne touche plus terre. Quand on le croise par hasard dans les couloirs de Bercy, il est tellement pressé qu’il en court presque, l’air épuisé.

À l’Assemblée, il est devenu la bête noire de la droite et la vedette des questions au gouvernement : intensité de l’actualité sociale oblige, il a répondu à huit reprises lors des trois dernières séances. Dès qu’il prend la parole, des « ah ! » ironiques fusent sur les bancs de l’UMP. Certains élus de l’opposition miment ostensiblement l’affliction à chacune de ses réponses. Montebourg, lui, ne se départit jamais de son emphase et paraphrase Kennedy pour parler de voitures hybrides comme d’une « nouvelle frontière »

Arnaud Montebourg en Ardèche, en janvier.
Arnaud Montebourg en Ardèche, en janvier.© L.B.

Fralib, Doux, Arcelor-Mittal, Lyondell-Basel et, bien sûr, PSA, les dossiers s’empilent sur le bureau du « MRP », comme dit son cabinet pour “ministre du redressement productif”. Et Montebourg le met en scène, multipliant les déclarations tonitruantes, les interventions médiatiques et les déplacements entourés de caméras. Dans leurs bureaux feutrés des palais de la République, plusieurs de ses collègues observent la scène, mi-amusés, mi-dubitatifs, persuadés que, tôt ou tard, le chantre de la démondialisation de la primaire va trébucher. Se faire publiquement recadrer, prononcer la maladresse de trop.

Pendant des années, beaucoup de ses camarades socialistes ont, plus ou moins ouvertement, méprisé Montebourg, « emmerdeur », « dilettante », incapable de structurer durablement un courant au PS, voire « opportuniste ». Ils le jugeaient isolé et, à sa nomination, ils ont parfois ri de bon cœur de l’intitulé même de son ministère. « Arnaud Montebourg est très intelligent mais c’est un homme du XIXe siècle », glissait ainsi début juin un conseiller de l’Élysée, quand un ministre proche du Palais jugeait qu’un « bon ministre, ce n’est pas celui qui fait le kékék, mais qui est en ligne avec son administration ».

Philippe Varin à sa sortie de Matignon, le 23 juillet.
Philippe Varin à sa sortie de Matignon, le 23 juillet. © Reuters.

Indéniablement depuis, le ton a changé. « Je pensais qu’il irait dans le mur mais il ne s’en sort pas trop mal », admet un conseiller social. « À notre arrivée, on a eu, avec les Français, le plaisir de rire de l’intitulé du ministère. Mais quand Montebourg a très rapidement décidé que les plans sociaux le concernaient également et que, dans la répartition avec Sapin (ministre du travail – ndlr), c’est nous qui avons les leviers tant qu’une boîte n’était pas morte, on a moins rigolé », témoigne un membre de l’entourage du ministre.

Mais, emporté par l’urgence sociale, Montebourg a choisi d’incarner un volontarisme sur tous les fronts, tranchant avec les déclarations plus mesurées de ses collègues du gouvernement et alimente, depuis, les spéculations sur son isolement dans l’équipe Ayrault. Quand il tance publiquement le patron de PSA et s’en prend à la famille Peugeot, perçue dans les cercles patronaux et politiques, de gauche et de droite, comme une figure du capitalisme familial à la française donc une icône à ne pas écorner, nombreux sont les éditorialistes à attendre un recadrage gouvernemental. D’ailleurs, le premier ministre semble désavouer son ministre en recevant à son tour Philippe Varin à Matignon : le communiqué publié à l’issue de l’entretien du 23 juillet est un ton en dessous. Montebourg ne l’avait pas validé, il est furieux.

Répondre à cet article