Monarchies : l’heure des héritiers.

L’Europe.

Jeudi 25 juillet 2013 // L’Europe

Le 21 juillet, le roi des Belges, Albert II, abdiquera au profit de son fils, trois mois après le passage de sceptre entre la reine Beatrix des Pays-Bas et le prince Willem-Alexander. Juan Carlos d’Espagne et Cari Gustav de Suède pourraient aussi céder le trône à leurs héritiers. Tour d’horizon.

"Le roi a abdiqué, vive le roi !" Faudra-t-il désormais remplacer le traditionnel "Le roi est mort..." par cette nouvelle formule ? Le 21 juillet, le jour de la fête nationale, le roi des Belges, Albert II, cédera son trône à son fils Philippe, un peu moins de trois mois après le retrait, aux Pays-Bas, de la reine Beatrix au profit du prince Willem-Alexander et au moment où la question de l’abdication se pose pour les monarchies d’Espagne et de Suède. Cet acte politique fort, intervient alors que l’émir du Qatar, Hamad ben Khalifa al-Thani, 61 ans, a transmis, le 25 juin, le pouvoir à son fils de 33 ans, Tamim, et que la renonciation du pape Benoît XVI est encore dans tous les esprits. Jusqu’où soufflera ce nouveau vent de modernité et de jeunesse en Europe ?

« Je constate que mon âge et ma santé ne me permettent plus d’exercer mes fonctions comme je le voudrais. Après vingt ans de règne, j’estime que le moment est venu de passer le flambeau à la génération suivante », a expliqué Albert II. Âgé de 79 ans, le fils cadet de Léopold III a succédé, en 1993, à son frère Baudouin, décédé sans héritier. L’abdication d’Albert II n’est pas une première. Son père Léopold III, constamment sous le feu des critiques pour son manque de loyauté pendant la Seconde Guerre mondiale, finit par céder son trône, le 17 juillet 1951, à son fils aîné.

La classe politique et la presse belges ont dressé un bilan plutôt élogieux de celui qui ne devait être qu’un roi de transition. Surnommé "le roi citoyen", il a su garder l’unité du royaume au moment où celle-ci se fissurait sous les coups de boutoir des nationalistes flamands. La grande histoire retiendra son rôle essentiel d’arbitre pour former un gouvernement pendant la crise politique de 2010-2011.

Philippe 1er , sera le septième roi des Belges. Âgé de 53 ans, il a eu quatre enfants avec Mathilde d’Udekem d’Acoz. Nombreux sont ceux qui sont persuadés de ses capacités à régner. Il est dépeint comme courageux et proche des citoyens de son Pays. Héritier putatif du roi Baudouin, il fut jugé "pas suffisamment prêt", il y a vingt ans. Ses deux priorités seront de prouver ses capacités et sa fermeté pour contenir les assauts des nationalistes flamands, après les élections législatives cruciales de mai 2014.

Contrairement à la Belgique, l’annonce de l’abdication de la reine Beatrix des Pays-Bas, 75 ans, au profit de son fils le prince Willem-Alexander, 46 ans, ; moins surpris. Le passage de couronne fait partie des habitudes de la maison d’Orange-Nassau. La reine Juliana s’était retirée le 30 avril 1980, à 71 ans, après trente et un ans de règne, pour laisser sa fille Beatrix, alors âgée de 42 ans, monter sur le trône. Elle avait à peu près le même âge lorsque sa mère, la reine Wilhelmine, fit de même, en septembre 1948. « Je ne me retire pas car ma fonction m’est trop lourde, mais parce que je suis convaincue que la responsabilité de notre pays se trouve dans les mains d’une nouvelle génération », a déclaré Beatrix.

Le 30 avril, devant une foule en liesse parée de la couleur orange, le prince Willem-Alexander est devenu le plus jeune souverain d’Europe. Il est le premier roi des Pays-Bas depuis la mort de Guillaume III, en 1890. Il est aussi le premier à ne plus avoir de réel rôle politique. Depuis 2012, la maison royale n’a plus son mot à dire sur la formation du gouvernement. Diplômé d’histoire, membre du Comité international olympique, Willem-Alexander a été surnommé "prince Pils" du fait de son goût pour la bière. Son mariage, en 2002, avec Mâxima Zorreguieta, fille d’un ancien ministre argentin, lui a permis de redorer son image. Depuis, la monarchie néerlandaise a atteint un niveau de popularité record :78% d’opinions favorables.

Le nouveau roi a annoncé vouloir être accessible et authentique, prenant ses distances avec le protocole. Il devra toutefois prendre garde de ne pas verser dans l’excès. L’année dernière, il avait dû s’excuser pour avoir participé à un concours de lancer de cuvette de toilettes. « Une chose est sûre, s’il veut être un bon roi, il doit arrêter de lancer des cuvettes de WC », a confié à l’AFP Han Van Bree, spécialiste de la famille royale.

Les nouveaux souverains des Pays-Bas ont effectué leur premier déplacement à l’étranger au Luxembourg. Ce n’est pas un hasard ; le grand-duché pratique aussi l’abdication. Le 7 octobre 2000, après trente-cinq ans de règne, le grand-duc Jean de Luxembourg a passé le flambeau à son fils aîné Henri, alors âgé de 45 ans. Il avait lui-même profité, en 1964, du renoncement de sa mère, la grande-duchesse Charlotte. Une pratique également courante dans la principauté du Liechtenstein. Le 15 août 2004, le prince souverain Hans-Adam II a transmis la direction des affaires courantes à son fils Alois, « habilité à exercer toutes les fonctions de chef de l’État ».

Tous ces exemples vont-ils inspirer le roi d’Espagne, Juan Carlos, 75 ans, minés par des problèmes de santé. La monarchie espagnole a redonné à l’Espagne les valeurs de la démocratie ou valeurs dites républicaines. Le roi a sauvé l’Espagne lors du coup d’État militaire de 1981. En cet hiver, les CORTES furent envahies par des militaires dont le but était de rétablir la Dictature ; Seule la volonté et le courage du Roi sauva la jeune démocratie Espagnole.

Le Prince Philippe et la Princesse Letizia devraient « monter » sur le Trône rapidement, 40 ans de Règne devraient permettre à Juan-Carlos de se reposer et d’avoir le temps de parcourir son Pays, la Nation espagnole qui malgré la crise vit désormais dans une démocratie que le roi lui a rendue.

En Suède, le débat est également d’une actualité brûlante depuis la publication d’un livre, en 2010, qui a révélé quelques frasques de Carl Gustav XVI, 67 ans, sur le trône depuis quarante ans. Au début de l’année, le journal Aftonbladet a publié un sondage selon lequel 60% des Suédois souhaitaient que Carl Gustav XVI abdique dans les dix ans à venir au profit de sa fille aînée, Victoria, 35 ans. « L’institution royale n’est pas remise en question, mais nombreux sont ceux qui souhaitent la voir rajeunie », écrit Pointdevue.

Qu’en est-il des autres monarchies européennes ? La question ne se pose évidemment pas à Monaco, ni au Royaume-Uni, bastion du conservatisme. Mais elle pourrait surgir un jour en Norvège et au Danemark. Le roi Harald V de Norvège a 76 ans, tandis que son héritier, Haakon, n’en a que 39. Mariée au Français Henri de Monpezat, la très populaire reine du Danemark, Margrethe II, 73 ans, sur le trône depuis quarante et un ans, a déclaré qu’elle régnerait jusqu’à sa mort. Cela n’a pourtant pas empêché Peter Bruechmann, rédacteur en chef de l’influent tabloïd danois BT, de titrer, il y a quelques jours : « Pourquoi pas, Margrethe ? ».

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