Mini-privatisations : L’imbécillité et la lâcheté.

Lundi 10 juin 2013 // La France

www.innovation-democratique.org

On aimerait avoir autre chose à écrire que du mal de ce gouvernement. Hélas, ce ne sera pas encore pour cet écrit. Ce qui est cette fois en cause ce sont les mini-privatisations opérées ou annoncées par Jean-Marc Ayrault. Curieux rapports des socialistes avec le secteur public...

Il conviendrait d’ailleurs mieux d’écrire : des curieuses relations du PS avec l’économie mixte à la française. Tout de même curieuse cette incapacité à la penser et même à la concevoir. Difficilement compréhensible que le parti, et partant le gouvernement, qui devraient porter un tel projet en aient une telle horreur. Ils sont là pour nous bassiner avec l’économie sociale et solidaire, celle qui permet si souvent aux copains d’acquérir prébendes et pouvoir, mais rien, jamais rien sur ce qui constitue le substrat de l’histoire économique de notre pays.

L’attitude envers les privatisations en montre clairement toute la portée. Comme on ne se paye plus que de mots avec Monsieur Hollande, il ne s’agit plus que de cessions d’actifs publics. Il y a des mots qui font peur, beaucoup plus que les actions. Alors, venons en au fait. L’État dispose encore de 67 milliards d’euros de participations dans des entreprises industrielles et de services. Quand on avance ce montant, il convient d’être prudent. Pour les sociétés dans lesquelles l’État n’a qu’une participation minoritaire, c’est le marché qui valorise l’entreprise. Or, pour beaucoup des fleurons, tel EDF ou Areva, les cours ont été divisés par deux depuis 2009/2010. Ainsi Areva qui était estimée à 12 milliards en 2010 n’en vaudrait plus qu’à peine cinq aujourd’hui. Une cession dans ces conditions n’aurait rien de bien sérieux...

Sur 67 milliards de participations, on considère que 55 ne peuvent de toute façon pas être vendues parce que considérées comme stratégiques. Restent environ 12,5 milliards dont 3 seulement peuvent être cédés à court terme. Autant dire une misère compte tenu des besoins de trésorerie que la gestion calamiteuse de l’univers euro nous impose en terme de finances publiques. Ayrault a beau proclamer que l’argent tiré de ces cessions ne servirait pas à boucher des trous mais à procéder à des investissements d’avenir, tout un chacun sait que le principe de non-affectation des ressources interdit cela. En outre, il a eu la maladresse insigne d’indiquer qu’une partie des fonds récoltés iraient à la BPI. Comment ! On croyait ce dispositif, censément destiné à aider l’industrie, déjà financé. Ce n’est même pas le cas.

Cela en dit long sur la réalité de la volonté de nos gouvernants de faire repartir la production dans notre pays. Mieux encore, en cédant une part de Safran - ex-SNECMA plus ancien constructeur de moteurs d’avions de la planète - le gouvernement se prive délibérément, pour sauver Saint-Euro, de leviers pour agir en terme de stratégie industrielle. La stratégie de ré industrialisation, Hollande et Ayrault s’en moquent ! Ce n’est pas le problème de leurs conseillers et amis banquiers. Ces derniers ne voient que le goinfrage que permet une opération de mise sur le marché de titres par l’État. Aujourd’hui, la satisfaction des besoins les plus élémentaires d’un pays et de sa population passe bien après la satisfaction de vanité d’avoir un bon article dans le Financial Times ou un satisfecit des têtes plates du Club des Économistes.

Vieille histoire d’ailleurs que celle des socialistes et des privatisations. Le piètre Jospin, l’homme sans qualité, en avait produit pour 210 milliards entre 1997 et 2002. Et lesquelles ! Air France, les autoroutes ASF, le Crédit lyonnais, la CNP, le GAN, le CIC et pour partie Aérospatiale, France Télécom, etc. La liste donne le tournis. Pour nos libéraux même pas sociaux, il faut faire mieux que les gouvernements de droite, même s’il faut noter que le gouvernement Jospin était sur un rythme à peine moins effréné que le gouvernement sorti d’Alain Juppé -50 milliards en 18 mois. Les hiérarques qui peuplent aujourd’hui gouvernement et haute fonction publique sont les mêmes qu’à cette époque. Pourquoi auraient-ils changé ?

Pourquoi ? Parce que le monde a changé, parce que des crises sont survenues sur la crise qui dure depuis 30 ans. Tiens, ça nous ramène en 1983, année du basculement dans l’ultra-libéralisme. Entre temps, notre industrie a vu des pans entiers disparaître, l’économie réelle céder devant l’esprit de Friedmann-Las Vegas. Qu’en ont retenu tous ces -gens ? Rien ! Strictement rien ! Rien appris et tout oublié. Tout ? Sauf évidemment ce qui les avantage ou les enrichit selon les cas. La porosité des élites - à l’argent, à l’influence ou au pouvoir - tue ce pays à feux de plus en plus poussés. Celui qui n’est pas convaincu après ce qui est advenu ces dernières années de la nécessité d’un État stratège, et donc doté de moyens pour cela, devrait encore réfléchir.

Alors ? Nous défendons l’économie mixte comme celle qui a fait la richesse de ce pays et a produit des avancées sociales depuis la Libération. Nous défendons un secteur public fort parce qu’il offre des leviers et des marges de manoeuvre qui sont seules à même de sauver ce qui nous reste de secteur productif et de rebâtir les pans disparus dont nous avons un besoin crucial. Les socialistes seront toujours les petits Chose devant les puissances économiques, toujours à quémander un complément venu au mieux de cuistres au pire de voleurs.

« Celui qui se fait aussi petit que le ver de terre ne doit pas être étonné si on lui marche dessus. » Nos gouvernants ont l’air d’aimer cela, résolument. Nous moins.

Répondre à cet article