Migrants : ça suffit DEHORS DE France. 28 Clandestins : "On ne nous fera pas partir..."

Vendredi 17 juillet 2015 // La France

Ils ne savent plus quoi faire, et il y a longtemps que cela dure. En 2013, déjà, François Hollande avait ridiculisé la fonction présidentielle dans l’affaire Leonarda en autorisant cette adolescente à la nationalité incertaine (roumaine ? kosovare ? croate ?) à revenir en France après son expulsion, ce qu’elle avait refusé avec mépris.

Ce mois-ci, c’est le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui se croit obligé d’aller serrer les mains de clandestins dont il avait fait disperser le campement huit jours plus tôt, boule-yard de la Chapelle, sans satisfaire personne - ni la gauche, qui reproche à Manuel Valls de rester insensible à la cause des migrants, ni la droite, qui l’accuse de laxisme, encore moins les Français, dont les sondages confirment, l’un après l’autre, qu’ils sont hostiles à cette immigration massive, comme le révélait Valeurs actuelles dès le mois d’avril : 68 % sont opposés à l’accueil en France des migrants africains qui débarquent sur les côtes italiennes (sondage Ifop).

Dépassé par l’installation dans la capitale de plusieurs centaines de migrants, le gouvernement sait encore moins comment résoudre la crise de Calais où s’entassent désormais, dans une "jungle" reconstituée à 7 kilomètres de la ville, plus de 3000 immigrés soudanais, érythréens, afghans ou syriens, au grand désespoir des Calaisiens dont certains se résignent à quitter les lieux, car bien des habitants le pressentent : « Ça va mal finir... »

Cela risque aussi de "mal finir" à Vintimille, où les policiers italiens ont dû disperser des migrants décidés à franchir en masse la frontière française. Depuis le début de l’année, 57000 "clandestins" (au moins) sont entrés en Italie. La pression migratoire est telle que le premier ministre, Matteo Renzi, a menacé de leur délivrer un certificat de circulation dans l’espace Schengen, comme l’avait fait Silvio Berlusconi au plus fort de la crise provoquée par les printemps arabes, en 2011. La déstabilisation de ces pays avait précipité des milliers de gens sur les routes de l’exil.

François Hollande et Manuel Valls ont d’abord nié l’ampleur du problème.

Selon l’agence Frontex, quelque 274000 migrants ont franchi illégalement les frontières de l’Union européenne l’an dernier : 180 % de plus qu’en 2013. Et ce ne sont pas les efforts annoncés par Bernard Cazeneuve en matière d’hébergement qui régleront quoi que ce soit (10 500 places seront créées dans les mois qui viennent). Il ne servira pas non plus à grand-chose de disséminer des milliers d’immigrés dans de petites villes françaises, comme le propose Manuel Valls, ni de répartir 40000 demandeurs d’asile entre plusieurs pays européens, comme l’envisage Bruxelles : européenne ou nationale, cette « politique de peuplement », selon l’expression du premier ministre, ne sert qu’à dissimuler l’ampleur du problème. Alors, que faire ?

Le gouvernement navigue à la godille. Que la crise soit mondiale ne l’exonère pas de ses responsabilités. François Hollande et Manuel VaIls ont d’abord nié l’ampleur du problème, par idéologie ou par calcul électoral : la fondation Terra Nova n’a-t-elle pas recommandé au PS de faire alliance avec les Français "issus de la diversité" ? Quelques mois leur ont suffi, en 2012, pour défaire les modestes mesures prises par la droite pour tenter de réguler les flux migratoires.

Ainsi la gauche a-t-elle rétabli la gratuité des soins pour les immigrés clandestins en supprimant le droit d’entrée, pourtant modique, mis en place par la droite pour accéder à l’aide médicale de l’État. Elle a aussi décidé d’assouplir les conditions de régularisation des clandestins : depuis la circulaire du 28 novembre 2012, cinq ans de présence suffisent pour être régularisé si l’on est parent d’un enfant scolarisé depuis trois ans (ce temps de présence est même réduit à trois ans pour les "sans-papiers" ayant travaillé pendant vingt-quatre mois). Et, comme si cela ne suffisait pas, Manuel Valls a décidé de faciliter l’acquisition de la nationalité française : « L’urgence [est de] redresser la courbe du nombre de naturalisations », a-t-il déclaré, avant de supprimer le questionnaire imaginé par Claude Guéant pour vérifier la connaissance de notre culture et de l’histoire de France.

Il faudra donc tout reprendre. Dans l’entretien qu’il nous accorde, Éric Ciotti, député républicain et président du conseil départemental des Alpes- Maritimes, plaide pour la fermeté et détaille les nombreuses mesures qu’il est possible d’appliquer à l’échelon national : fixer chaque année des quotas d’immigrés, restreindre l’accès aux allocations familiales et aux aides au logement, réserver le droit du sol aux enfants de ressortissants européens, renforcer la lutte contre les mariages frauduleux, éloigner vraiment les déboutés du droit d’asile, restaurer les frontières intérieures en cas de crise - en bref ; une panoplie de mesures visant à dissuader l’immigration (officielle ou clandestine) en réduisant l’attractivité sociale de la France.

Mais, la crise étant internationale, le gouvernement français doit aussi composer avec ses voisins et - surtout avec une Commission européenne qui n’admet guère d’entorse à la libre circulation au sein de l’Union. Les accords de Schengen font désormais partie des traités européens. Les pays désirant rétablir leurs frontières n’ont plus le choix qu’entre deux solutions : sortir de l’Union, au prix d’une crise inévitable, ou faire pression sur la Commission pour obtenir la révision de traités que Bruxelles veut à tout prix préserver !

Tout le monde est d’accord pour démanteler les réseaux de passeurs.

Et ce serait encore insuffisant, car la France devrait aussi dénoncer ou réviser les accords bilatéraux qu’elle a signés avec d’anciennes "possessions" ou protectorats pour faciliter l’installation de leurs ressortissants sur notre sol : l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et plusieurs États d’Afrique noire. Or, aucun gouvernement, ni de droite, ni de gauche, n’a osé s’y engager.

Quoi qu’il en soit, chacun s’entend, en Europe, sur la nécessité de démanteler les réseaux de passeurs et de lancer dans ce but une opération maritime, d’ailleurs timide. Tout le monde comprend aussi qu’il ne suffira pas de bloquer les migrants aux frontières de l’Europe : il faut surtout tenter de fixer sur place, en Afrique ou au Moyen-Orient, les candidats à l’émigration. Comment ?

Par des accords de coopération ? La proposition vaut pour les migrants économiques. Mais que faire pour les autres, ces millions de réfugiés qui tentent d’échapper aux guerres ? La solution passe notamment parla résolution du conflit syrien. Elle intéresse l’Europe mais aussi les États-Unis, la Russie et les puissances régionales. Où l’on comprend qu’il vaut mieux bannir les réponses manichéennes à des questions complexes si l’on veut éviter que tout cela ne finisse mal.

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