Mépris de caste : Quand le peuple déserte la gauche pour le FN, le PS le renvoie à l’office pour mauvais esprit !

Samedi 5 juillet 2014 // La France


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Le FN a emporté le match des européennes et aucune horde casquée et bottée ne déferle dans les rues au pas de l’oie. Les médias ont beau nous promettre une apocalypse à brève échéance, on a du mal à imaginer Philippot en décalque de Goebbels et la belle Marion Maréchal-Le Pen en sylphide de Satan. L’indignation des Noah et autres Biolay fait rigoler dans les chaumières où l’on se félicite d’avoir

La dénonciation de l’horreur « populiste » par les dignitaires du régime serait moins indécente si la gauche n’avait, en d’autres temps, exalté l’héroïsme du prolétariat en lutte contre le capitalisme. Ces prolos qu’elle flattait à l’encolure, comme elle les méprise, comme elle les hait à présent qu’ils votent bleu marine et non plus rouge ou rose !

D’une certaine façon, ce mépris de classe et de caste est plus franc du collier que feu la compassion pour les damnés de la terre. Elle exigeait du prolo qu’il s’enrôlât à titre de piétaille dans la guerre idéologique théorisée en serre chaude par des intellos petits- bourgeois. On frayait avec lui ( malgré son odeur », précisait Bernanos), mais pour le lâcher contre les flics sur les barricades. Les masques sont tombés : la classe ouvrière grommelle, on la renvoie à l’office. Quoi de plus bas moralement que d’avoir feint l’amour pour les pauvres avant de les congédier quand leur docilité politique est prise en défaut !

Reste à savoir ce que Marine Le Pen peut faire de ses 25 % et comment les ténors de l’UMP vont sortir de l’impasse où ils se sont fourvoyés. Ils ont viré Copé avec une rare inélégance ; ça rémunère des haines de sérail, mais ça ne résout rien. Le triumvirat en charge de la liquidation prétend rebâtir un parti "de la droite et du centre" libéral, européen, "social" comme il se doit et cool sur les sujets dits "sociétaux". Soit.

Le paysage politique français a besoin d’une droite orléaniste dans laquelle presque tous les responsables de l’UMP, de l’UDI et du MoDem se reconnaissent. Si ceux de l’UMP sont aussi mal barrés, c’est que leur électorat renâcle.

Sa droite est plus souverainiste, plus conservatrice, plus catho au sens culturel du terme. Plus provinciale aussi et surtout plus identitaire. Elle a trouvé ses marques lors des "marches pour tous", redoute les effets des flux migratoires et n’a aucune sympathie pour le multiculturalisme. Appelons-la monarchiste ou gaulliste, comme on voudra, et constatons qu’elle n’est pas soluble dans le marais de l’UMP. Si le parti n’incarne pas leurs exigences, ses électeurs fileront au FN par une pente fatale. Certains ont déjà franchi le pas, d’autres ont pris la tangente en votant Dupont-Aignan.

Marine Le Pen rêve à haute voix d’anéantir une similidroite réduite aux acquêts d’une fraction des classes moyennes, idéologiquement soumise à l’air du temps, imbue d’un mondialisme vague habillé en "modernité" économique. Une droite bobo qui cautionnerait la thèse frontiste d’un UMPS solidaire sur le plan des "valeurs républicaines".

Une seule solution pour éviter un FN à 35 ou 40% maître du jeu à la présidentielle et aux législatives : rebâtir une formation qui ressemblerait au RPR des débuts, voire au
RPF de la haute époque. Quitte à négocier avec l’autre droite une candidature unique aux échéances majeures. Les militants de l’UDF et du RPR ne pouvaient pas s’encadrer, mais les reports de voix étaient excellents et, au pouvoir, chacun mettait une sourdine à ses rancoeurs.

Certes, un divorce est toujours difficile, fût-il par consentement mutuel. Des histoires de fric et des rivalités de personnes ou de clans compliqueront une scission de l’UMP. Mais si ses dirigeants n’ont pas le courage de s’y résoudre, Marine Le Pen dictera sa loi et on verra des parangons de l’antilepénisme mendier des alliances qui, pour l’heure, les offusquent. S’ils osent, il y a des chances que l’audience du FN diminue. Les dernières chances...

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