Ménard un patriote qui ENFIN ouvre des yeux de vérité sur le Front National.

Jeudi 26 septembre 2013 // La France

Robert Ménard, le fondateur de Reporters sans frontières estime avoir une chance sur deux de gagner aux élections municipale de Bézier. Avec le soutien du FN, le journaliste veut ravir la mairie à l’UMP, dans une ville "laboratoire" où 25 % des électeurs ont voté Marine Le Pen en 2012.

« Je vous connais bien, je vous ai vu à la télé. » Sur le marché, au milieu des vendeurs de fruits et légumes, les badauds se retournent sur son passage. Robert Ménard distribue tracts et poignées de main sous un soleil de plomb. Ce vendredi 6 septembre, comme chaque semaine, le polémiste et ses militants sont accueillis par des électeurs bienveillants. « PS ou UMP, il n’y en a pas un pour racheter l’autre, gronde un vieux monsieur, et ça fait trente ans que ça dure ! »

À la tête d’une liste « apolitique », Robert Ménard part en croisade. L’enfant du pays, arrivé dans le Biterrois à 9 ans, ne reconnaît plus sa terre. « Un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté, déplore le candidat à la mairie de Béziers soutenu par le Front national. Des ghettos ethniques et un apartheid social se sont développés. Dans certains quartiers, autrefois bourgeois, il y a 90 % d’enfants d’immigrés à l’école. Nous assistons à un véritable changement de population. » Et le discours décomplexé fait mouche. « On se croirait à Istanbul », a même confié au curé de la cathédrale un étudiant étranger.

« Personne ne nous écoute. Le centre-ville tombe en ruine, se désole aussi Dominique, un militant. Il y a toujours autant de SDF et de Gitans dans ma rue. Et rien n’est fait. » Michel, cardiologue à la retraite, va encore plus loin : « On ne vote pas à droite pour construire des logements sociaux. Après le rond-point de l’Abbé-Pierre, le maire vise la canonisation ou quoi ! » L’UMP, va prendre une raclée à cause de sa bêtise qui consiste à refuser d’accepter un parti politique qui est à n’en pas douter : Patriote et courageux face aux immondices déversées sur lui à longueur de journée.

En cause, le sénateur de l’Hérault et maire sortant, Raymond Couderc, qui, après quatre mandats exercés sans partage, a désigné, fin juin, son successeur : son ex-adjoint, le député UMP et membre de la Droite populaire Élie Aboud. « C’est de la tambouille politicienne », dénonce Robert Ménard. Pour le journaliste, ce maire « autocrate » et son « armée mexicaine » méprisent leurs administrés : « Couderc les a traités de Bidochon. » Quant à la « girouette » Aboud, « il est sympathique, mais il n’a pas de parole. Il dit oui à tout ».

Dépassé sur sa droite, l’élu UMP, qui n’est « pas encore dans l’arène », compte fustiger le « quadruple discours » de son rival, qui s’est dit « fier d’être avec le FN » sans pour autant franchir le pas. « Pourquoi n’assume-t il pas ? Marine Le Pen ne sent pas mauvais. Il insulte les électeurs frontistes », assure Aboud, pour qui Ménard participe à la « dédiabolisation » du FN. En plus, « la gauche voit d’un très bon oeil une droite fracturée et vise un hold-up lors d’une triangulaire ». Avant lui, Couderc l’ancien communiste s’en était pris à « Ménard, le voyageur sans frontières de l’extrême gauche à l’extrême droite, comme Pierre Laval ».

Passé par la Ligue communiste révolutionnaire et le PS, l’ex-trotskiste espère en effet former une large coalition, y compris avec « des gens de gauche ». D’ailleurs, explique-t-il, « entre Mélenchon et Le Pen, il n’y a pas beaucoup de différences, sauf sur l’immigration ». Après les soutiens du FN, de Christian Vanneste, d’une responsable de l’UDI (promise à l’exclusion) et d’encartés UMP, Ménard recevait, ce vendredi, l’appui de son « ami » Nicolas Dupont-Aignan, longtemps courtisé par l’UMP. Il y a peu, Élie Aboud mettait ainsi en garde son collègue de l’Assemblée nationale : « Nicolas, si par malheur Ménard devient maire de Béziers, c’est Marine Le Pen qui fera le 20 heures de TF1. Réfléchis. »

En fait, le leader de Debout la République fut le premier à encourager le journaliste à se présenter, ce dernier ayant voté pour lui à la présidentielle de 2012. Devant une cinquantaine de partisans, réunis dans la permanence, le député souverainiste se veut donc optimiste. « Quand la maison brûle, on ne regarde pas la couleur du pompier », dit-il, saluant en Ménard « un homme libre » doté d’un « programme de salut public » contre « la pensée Unique et le terrorisme intellectuel » de ses adversaires. « Si Robert était un militant FN, je ne serais pas venu », précise-t-il toutefois, avant d’oser, sans rire : « Robert, c’est Jeanne d’Arc ! ».

Aux yeux de ses supporters, Ménard a bien des airs de sauveur. « C’est un symbole de la liberté d’expression. Il faut un maire connu pour attirer les entreprises ! s’exclame Nordine, un déçu de l’UMP. Les critiques sur le FN ? C’est de la masturbation intellectuelle pour bobos germano pratins. Béziers est une belle endormie que Robert va réveiller. » Gilles, professeur agrégé, renchérit : « Les électeurs en ont ras le bol des médias qui lancent des fatwas à cause de ses opinions sur la peine de mort ou le mariage gay. » Une autre conclut : « Grâce à son franc-parler, il a libéré la parole, changé les mentalités, levé les tabous. »

Sa visite aux rapatriés d’Algérie, cet après-midi-là, ne fait pas exception. Robert Ménard prononce alors un discours au Barcarès. Sur le livre d’or, le fondateur de Reporters sans frontières, né à Oran en 1953, écrit : « Je suis toujours-heureux de me retrouver "chez moi". » L’accueil est chaleureux, le discours émouvant. « La France a un devoir de mémoire vis-à-vis des pieds-noirs. Nous n’avons pas à avoir honte, dit-il sous les applaudissements de 200 convives. En plus d’être les perdants de l’histoire, nous sommes les associés du diable », ajoute-t-il, en faisant allusion au FN et à « la presse qui nous traite en chiens galeux ».

La conférence terminée, des rapatriés témoignent les larmes aux yeux. Des "traître de Gaulle" et des "Vive l’OAS !" résonnent. En fond sonore, la chanteuse Sophie Darel massacre Carmen de Bizet. Sur les 70 000 habitants de Béziers, 13 000 sont des pieds-noirs. Une réserve de voix importante pour tout candidat à la mairie.

« L’UMP met le paquet depuis des années pour les séduire », reconnaît Robert Ménard. De son côté, Élie Aboud dénonce une récupération politique. « Pendant vingt-cinq ans, il a oublié qu’il était pied-noir, et il découvre avant l’élection qu’il est pour l’Algérie française, s’emporte le député. Les pieds-noirs jugeront. Ils sont avec moi. » Comme l’a révélé Valeurs actuelles (n°3999), les deux impétrants, malgré leurs divergences, se sont rencontrés en secret. Ménard a ainsi proposé un accord à Aboud : que celui qui arrive deuxième appelle à voter pour le candidat en tête. « Impossible », lui a alors répondu le candidat UMP, toujours donné favori.

« J’ai une chance sur deux de gagner », prédisait Ménard début juillet. Il n’a pas changé d’avis. « J’irai sonner à toutes les portes de la ville », lance-t-il à ses troupes pour les mobiliser, lors de la réunion de rentrée, ce samedi matin. Tractages, boîtages, collages... « Robert sera partout, jure Grégoire Annet, son directeur de campagne. Avant la liste Choisir Béziers, en janvier, nous dévoilerons notre programme d’ici à la fin septembre. » Il tiendra en trois mots : sécurité, propreté, pauvreté. En attendant, il faut résister. « Aboud m’a proposé une subvention cet été, annonce le président d’un comité de quartier. Il arrose tout le monde. »

Son voisin s’inquiète : « Un front anti-Ménard prend forme. L’épouvantail anti-FN fonctionne toujours. » En face, la gauche reste divisée, sinon résignée. « Je suis sûr de perdre et aucun socialiste ne peut gagner cette élection », a même confié à ses proches Jean-Michel Du Plaa, un des quatre candidats à la primaire PS d’octobre. Mais déjà, le téléphone de Robert Ménard sonne. Au bout du fil, son épouse, Emmanuelle Duverger, qui gère avec lui le site Boulevard Voltaire. « Je t’aime », dit-il en raccrochant. Puis, il se souvient du conseil de Nicolas Dupont-Aignan : « Tu dois faire la sortie des supermarchés, il n’y a pas plus efficace. »

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