Ménage de printemps.

Samedi 3 mai 2014 // La France

Le gouvernement doit entendre les Français. » Tirant cette leçon lapidaire de la défaite des siens aux municipales, le président de la République a botté en touche, comme si, au lieu de remettre en cause sa politique, l’avertissement ne s’adressait qu’à Jean-Marc Ayrault et à son équipe. Les voilà donc remplacés ou disposés différemment. Un Premier ministre à la moue volontaire, un gouvernement resserré, des méthodes expéditives, au service d’un programme affichant l’équilibre entre les efforts attendus de toute la nation : responsabilité - solidarité. Ménage de printemps.

Passée la différence de style entre MM. Ayrault et Valls, il faut convenir que la déclaration de politique générale résumant la nouvelle « feuille de route » présentée par ce dernier à l’Assemblée (306 voix pour sur 571 votants), était un exercice d’une scandaleuse ingratitude. Même dégringolés comme nous le sommes au degré zéro de la citoyenneté, comment imaginer faire croire à l’opinion que la « politique générale » de la France se ramène au tableau comptable qui fixe notre déficit en deçà des 3 % imposés par l’Union européenne ?

Le sous-surintendant voué à cet inventaire minuscule, affectant d’équilibrer ponctions et punitions entre citoyens et entreprises, les réputant tour à tour responsables et solidaires, a brodé son ouvrage de clichés humanistes censés réconforter le client : vérité, confiance, dialogue, efficacité, nouvelle gouvernance ou pacte volontaire, énergique, voire autoritaire, pour finir par avouer que « la parole publique » est devenue pour nos concitoyens une langue morte.

Langue morte et langue menteuse. Car au moment d’éprouver devant les représentants de la Nation leur sincérité européiste, nos ministres escomptaient encore de Bruxelles une rémission. Pour la troisième fois fléchie par nos humbles requêtes, la bête se satisferait de 3,50 %... Or les fanfaronnades du ministre de l’Industrie et les précautions de celui des Finances n’ont eu de prise, ni au rendez-vous de Berlin, ni à celui de Washington. Il faudra payer -donc faire payer - comptant.

Quoique l’on pense et dise, tout le monde sait que c’est impossible et que l’impasse européenne se resserre sur l’ensemble des nations du continent. Les certitudes contraires se sont à ce point amenuisées que l’on voit et entend de plus en plus dans les médias ceux que l’on présentait comme des repoussoirs aux opinions divagantes : les Sapir, les Lordon, les Todd et tous ceux qui osent à présent, venant du plus profond du système - banques, trading, entreprises multinationales - faire état de leur constat le plus lucide. Un changement de cap radical peut seul sauver ce continent à la dérive, et notamment, sauver la paix entre nations dont les euro-doctrinaires font si grand cas alors que leur frénésie la met en grave péril.

Mais pour les politiques en France, pour le gouvernement nouveau pour le Président, pour le patronat, pour les partis et les syndicats majoritaires, tout va bien. Leur plumage de canard s’égoutte tranquillement sur le contribuable, le citoyen, l’électeur, le malade, le retraité, l’étudiant. Aux suppressions ou réductions des charges sur les bas salaires, les héros du système surenchérissent : abaisser, encore le Smic, au moins pour les jeunes, ou le supprimer simplement. Et c’est Laurence Parisot qui vient moucher son successeur Gattaz ou le socialiste Lamy.

Pour seule consolation, au Palais Bourbon, le nouveau Premier ministre frappe la cendrée du sabot, le front bas, toro bravo, et rend grâce à la citoyenneté française acquise qui lui permet d’accéder ici à l’honneur... L’honneur d’imposer à la France un plan d’économie de bouts de chandelles au lieu du programme de résistance qui sauverait sa souveraineté.

Et de botter en touche, lui aussi en diversion, vers une lointaine réforme territoriale qui, dans la conjoncture, se présente non seulement comme une pomme de discorde entre féodaux, mais aussi opportune que la question du sexe des anges à Byzance.

C’est sur ce paysage, quasi schizophrénique, que vont déferler les élections européennes. Libre à chacun de les parer de citoyenneté démocratique, ou de se détourner de la dictature financière et du suivisme atlantique qui forment le substrat de la politique actuelle du continent.

Répondre à cet article