Méluche : Gauche de chez gauche.

Vendredi 13 avril 2012 // La France

Drapeau de FranceIl monte dans les sondages ! Il a rempli la place de la Bastille par un dimanche frisquet ! Jean-Luc Mélenchon, Méluche pour les intimes, crée la surprise dans la campagne. Mais pour quoi faire ?

Quand on est partisan de la monarchie parlementaire, on souhaite que les grandes traditions politiques du pays soient représentées à droite comme à gauche, afin que les citoyens aient une liberté de choix effective. Or depuis une trentaine d’année, nous avons assisté en France à un déséquilibre croissant, provoqué par le ralliement du Parti socialiste à l’idéologie du Marché et par le déclin du Parti communiste. Confinée dans les marges extra parlementaires, l’extrême gauche anticapitaliste ne pouvait empêcher cette dérive. Quant aux Verts, ils représentaient une force d’appoint, prisonnière de l’alliance avec le Parti socialiste et complice de sa gestion.

La campagne de 2012 est en train de changer la donne. Candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon fait une campagne dynamique qui rencontre manifestement un large écho : même si l’on se méfie des sondages, le succès grandissant de ce tribun remarquable est attesté par la manifestation du 18 mars sur la place de la Bastille. Au contraire, Éva Joly mène les Verts à la catastrophe... Le Parti socialiste va donc être obligé de revoir sa stratégie. Alors qu’il se préparait à s’allier aux législatives et à gouverner ensuite avec des écologistes malléables, le voici devant une organisation authentiquement politique - les Verts n’ont jamais été rien d’autre qu’un groupe de pression animé par des ambitieux - et qui représente le socialisme démocratique français dans ses principales variantes. Grâce aux structures encore solides du Parti communiste et au talent de Jean-Luc Mélenchon - véritable tribun de la plèbe qui est, à bien des égards, l’héritier de Georges Marchais, le Front de Gauche peut s’installer durablement dans le paysage politique français.

Certes, tous les jeux ne sont pas faits mais il y a une chance pour que le Front de Gauche exerce une pression utile sur le Parti socialiste en l’aidant à se détacher de l’oligarchie. Il peut aussi ramener vers une gauche réellement socialiste des électeurs qui auraient voté pour Marine Le Pen en désespoir de cause. Ce facteur n’est pas à dédaigner, contrairement à ce que veulent nous faire croire les gens du Monde dénonçant deux formes du populisme. Fausse symétrie : Marine Le Pen travaille les fantasmes et excite les pulsions, Jean-Luc Mélenchon est un politique qui développe un projet rationnel.

Faut-il dès lors se jeter dans les bras de Méluche ? Ce serait inutile et fâcheux. Inutile parce que le candidat du Front de Gauche est un faux jacobin - un jacobin dans un gouvernement Jospin, quelle rigolade ! - et un vrai sectaire qui refuse, toute alliance, avec des mouvements situés en dehors de la gauche. C’est le contraire d’un homme de rassemblement.

Mais il serait surtout fâcheux de donner son accord à un programme qui est aussi contestable pour ce qu’il dit que pour ce qu’il ne dit pas. Bien sûr, il y a des propositions tout à fait positives : lutte contre le travail précaire, plafonnement des hauts salaires, nationalisation du secteur de l’énergie, lutte contre l’évasion fiscale... Mais le programme économique ne tient pas la route fédéraliste européen, Jean-Luc Mélenchon veut sauver l’euro en perdition sans vouloir comprendre le caractère destructeur de la monnaie unique et l’échec des organisations européennes.

Quant à la VI° République, c’est effectivement le projet d’une gauche cohérente avec elle-même, fidèle à une conviction fortement enracinée dans son histoire et par conséquent radicalement hostile à la Constitution de la V° République. C’est au nom d’une cohérence opposée que nous refusons la réduction a minima de la fonction présidentielle - le projet est flou sur ce point -, la suppression éventuelle du Sénat et l’élection de l’Assemblée nationale à la proportionnelle qui empêcherait de gouverner dans la durée.

Merci à Jean-Luc Mélenchon de nous donner l’occasion de rappeler que nous ne sommes pas des royalistes de gauche - à cause, justement, du projet institutionnel de la gauche.

Répondre à cet article