Mélanchon, candidat totalitaire et révolutionnaire.

Dimanche 15 avril 2012 // La France

Drapeau de FranceOn dit souvent que la France est un pays singulier en matière de vie politique. Elle le démontre à nouveau à l’occasion de l’élection présidentielle avec un candidat qui représente le totalitarisme politique et économique : Jean-Luc Mélenchon. Il est invité par tous les médias. Il est d’ailleurs omniprésent, même s’il ne cesse d’insulter les journalistes. Mais personne n’ose le contredire. Et il dépasse les 10 % d’intentions de vote. Qui a vraiment lu son programme ? Le leader du Front de gauche appelle à la révolution : ( lire en fin de page la terreur en France en 1793)

L’insurrection, c’est maintenant ! »

En invoquant le stalinien Paul Éluard (« Si vous voulez la _ t paix, préparez la guerre civile »), il demande un changement institutionnel : « l’action du peuple lui-même se dressant contre un ordre inique ». La Constitution de 1793 qui consacre la Terreur est aussi citée : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection estpour le peuple, etpourchaque portfn. du peuple, le plus sacré des droits et leplti indispensable des devoirs. » « Tout comme la noblesse de 1789 nepouvaitpas rompre avec l’Ancien Régime, continue Mélenchon dans son programme, le capitalisme financier est incapable de sortir d’un système qui le gave de privilèges. » Et les propositions s’ensuivent. Concernant l’emploi : smic à 1700 euros, instauration d’un salaire maximum, un CDI pour tous, passage du temps partiel au temps plein, interdiction des licenciements boursiers ; en cas de dépôt de bilan, l’entreprise passera aux mains des salariés sous forme de coopérative. Les travailleurs licenciés « abusivement » seront réintégrés dans l’entreprise. Bien entendu, les 800 000 "précaires" de la fonction publique seront titularisés. Il faudra, bien entendu, relocaliser l’économie grâce à des « prélèvements nationaux sur les réimportations de productions délocalisées » et une « taxe kilométrique de manière à réduire les transports de marchandises évitables ».

Pour ce qui est du logement, le quota de logements sociaux est porté à 50%, le blocage des loyers sera obligatoire, on appliquera à la lettre l’interdiction des expulsions et la réquisition des logements vacants. Dans le domaine de la santé, un pôle, aura le monopole du marché des médicaments. our les services publics, un nouvel établissement public citoyen sera créé afin d’assurer la « pérennité de l’emploi public ». Les entreprises et les banques seront placées sous le contrôle d’un « pôle public financier » et seront taxées lourdement. L’économie sera « relocalisée » et l’écologie « planifiée ». Les choix énergétiques passeront « sous contrôle citoyen » avec la création d’un « pôle 100 % public de l’énergie comprenantEDF, GDF, Areva et Total renationalisée » ! L’Etat et les banques « garantiront lefinancement de ces mesures ». Un « Indicateursynthétiquede progrès humain » (IPH) remplacera le PIB par habitant actuel. Ses critères devront être adoptés par le peuple.

D’autres « formes de propriété » seront adoptées. Elles vont promouvoir les « appropriations sociales parla nationalisation des grands leviers de l’action économique, industrielle et financière ». Un établissement public de recherche technologique et industrielle aura comme rôle la renaissance de l’industrie française. Pour ce qui est du fonctionnement de l’État, la loi organique relative aux lois de finances (Lolf) sera abrogée ! Enfin, une fois au pouvoir, le Front de gauche convoquera l’Assemblée constituante de la VI° République et annoncera la fondation d’une nouvelle « République parlementaire, sociale et participative ». Dans la foulée, afin de mater des « médias principalement voués au libéralisme » (les mêmes qui invitent Jean-Luc Mélenchon), un « Conseil national des médias » sera mis en place. Dans le domaine de la culture, « les citoyens doivent s’épanouir par les arts, la culture et les pratiques culturelles » et seule « la centralité [sic !] du travail artistiqué et culturel au sein despolitiquespubliques »peutyarriver. Vive l’URSS ! Il est effarant de voir que personne ne conteste les délires totalitaires de M. Mélenchon. D’autant plus que, d’après les études du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po), ils trouvent un écho favorable auprès de la bourgeoisie de gauche et très peu dans les milieux populaires. On aurait donc pu en rire si sa campagne avait été insignifiante mais à plus de 10 % et lorsque d’autres candidats puisent dans ses idées, on a des raisons d’être inquiets.

(Institut de recherches économiques et fiscales. Nicolas Lecaussin est l’auteur (avecJean-Philippe Delsol) de l’ouvrage À quoi servent les riches, J C Lattès (mars 2012)

Chronologie de la terreur révolutionnaire en France

Sa datation et sa définition restent très fluctuantes. Toutefois, on distingue deux périodes « visibles » de Terreur[5] :

Entre l’été 1793 et l’été 1794, la Terreur atteignit, à Paris et en province, son paroxysme, autorisant toutes les violences et toutes les surenchères. Le Comité de salut public divisé sur la répression, créa, au printemps 1794, un « bureau de police » qui lui est propre pour contrôler les dérives du Comité de sûreté générale que contrôle Alexis Vadier – président inamovible de ce Comité de la Terreur –, André Amar et Grégoire Jagot, eux-mêmes sous la férule de trois membres éminents du Comité de salut public, à savoir : Bertrand Barère de Vieuzac – ami intime de Vadier –, Nicolas Billaud-Varenne et Jean-Marie Collot d’Herbois. Le Comité de sûreté générale n’est autre qu’une police politique, fonctionnant en liaison étroite avec le Tribunal révolutionnaire. Il ressort que le Comité de sûreté générale, et lui seul, a délivré infiniment plus de mandats d’arrêt que toutes les autres autorités répressives réunies, notamment le Comité de salut public du département et les divers comités de surveillance relevant de l’autorité de la Commune [10].

Ce n’est qu’au mois de mars 1794, après le vote des lois de ventôse, qu’on assista à un renforcement des pouvoirs de l’État qui furent concentrés, hormis la partie financière[11], entre les mains du seul Comité de salut public[12] dont les membres se sont peu à peu opposés sur la question des « sévérités nécessaires » : Robespierre était partisan de la modération et des sévérités motivées, contre l’avis de Bertrand Barère de Vieuzac, Collot d’Herbois et Billaud-Varenne qui ont eu à répondre avec Vadier et André Amar du Comité de sûreté générale, de nombreux crimes et actes de barbarie, ce qui valut aux trois premiers une condamnation à la déportation en l’an III.

Au motif allégué de la guerre et du « salut public », une politique de répression a été instaurée par le gouvernement révolutionnaire, sous la pression d’événements très graves menaçant la sûreté de l’État. C’est l’application outrancière de ces sévérités nécessaires, c’est-à-dire le terrorisme se superposant à la répression, qui ouvrit à nouveau la porte à une terreur que l’on n’avait pas connue depuis les massacres de Septembre 1792, un an plus tôt. Les révélations de complots dans la Lettre anglaise qui fut publiée en juillet 1793 par la Convention, le soulèvement de Lyon puis de la Vendée, la prise de Toulon, etc. furent chaque fois l’occasion, pour le Comité de salut public et la Convention, de réactions motivées, mais qui donnèrent lieu, chaque fois ou presque, dans les faits, à des exagérations dans le dosage de la répression, que ce soit en Vendée ou Lyon, dans le Nord et dans le Midi, ou à Paris. Dès la mise à l’ordre du jour de la Terreur par Bertrand Barère de Vieuzac[13], les libertés commencèrent à s’amenuiser, tandis qu’une politique de lutte contre les dangers intérieurs et extérieurs menaçants la République avait été décrétée et aussitôt mise en application : d’abord la loi contre les étrangers du 5 septembre, puis l’importante loi des suspects du 17 septembre 1793 qui connut des aménagements successifs jusqu’à sa suppression alors que l’Autriche et l’Angleterre étaient toujours en guerre[14].

La loi du 22 prairial (10 juin 1794) qui simplifia à l’extrême les procédures de mise en accusation et supprima toute défense, instaura, à Paris seulement, une série d’exécutions massives, toujours à caractère terroriste, et qu’on baptisa la Grande Terreur.
On considère que la Terreur s’acheva le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) avec la chute de Robespierre et de ses partisans et leur exécution le lendemain. Les acteurs majeurs de la période sont, notamment, Bertrand Barère de Vieuzac, Collot d’Herbois, Billaud-Varenne et Lazare Carnot[15]. Contrairement à une tradition bien ancrée dans les manuels scolaires, Maximilien de Robespierre, Saint-Just et Couthon n’ont jamais poussé à la surenchère terroriste. Au contraire, Robespierre a fait obstacle, contre l’avis de ses collègues, aux manœuvres sanguinaires et parfois crapuleuses, en province, de Fouché, de Le Bon, de Carrier et autres représentants proches de Barère de Vieuzac. Néanmoins, le rôle de Robespierre dans la Terreur a été amplifié à cause de son discours resté célèbre, prononcé à la Convention nationale, le 25 décembre 1793 (extraits) : « Le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la République ; celui du gouvernement révolutionnaire est de la fonder. […] Le gouvernement révolutionnaire doit au bon citoyen toute la protection nationale ; il ne doit aux Ennemis du Peuple que la mort. Ces notions suffisent pour expliquer l’origine et la nature des lois que nous appelons révolutionnaires […]. Si le gouvernement révolutionnaire doit être plus actif dans sa marche et plus libre dans ses mouvements que le gouvernement ordinaire, en est-il moins juste et moins légitime ? Non ; il est appuyé sur la plus sainte de toutes les lois : le salut du Peuple. »
En fait, Robespierre ne parle que de répression encadrée et non d’exactions et d’exagérations. Il fut le premier en effet à dénoncer les exagérations hébertistes de la Commune de Paris qu’il fit partiellement épurer en février et mars 1794, et celles des envoyés en mission sanguinaires – du moins ceux cités ci-dessus – qu’il voulut faire rappeler.

Les victimes les plus importantes de cette période sont aussi bien royalistes, comme la souveraine Marie-Antoinette, que républicains comme Vergniaud, Danton, Camille Desmoulins, etc. D’autres personnes furent victimes de règlements de compte (voir Vadier et Darmaing), d’autres avaient le tort d’être trop riches (Antoine Lavoisier et les fermiers généraux)[16], d’autres encore étaient des témoins gênants, d’autres enfin ne surent jamais pourquoi on les avait condamnés à la peine de mort (Cécile Renault).

Contexte et mise en place de la Terreur

Les origines de la Terreur

La Patrie en danger et la « première » Terreur


Sans-culottes - Représentation populaire (1789).

Depuis le 20 avril 1792, la France a déclaré la guerre à deux des monarchies européennes solidaires de la famille royale française, l’Autriche et la Prusse. Les défaites successives de l’armée française et l’entrée en guerre de la Prusse (6 juillet) ont contraint l’Assemblée législative à proclamer, le 11 juillet suivant, la « patrie en danger ». La provocation publiée dans le manifeste de Brunswick (25 juillet 1792)[17] dont le but principal est d’intimider les Parisiens en les menaçant de représailles en cas de violence contre le roi et sa famille[18], loin d’atteindre son objectif, contribue à précipiter les événements d’août et de septembre[19].

Le 10 août, les sans-culottes et les fédérés, entraînés par les principales têtes pensantes de la Commune insurrectionnelle de Paris, prennent d’assaut le palais des Tuileries où réside Louis XVI. Celui-ci est incarcéré à la prison du Temple avec la famille royale tandis que les armées étrangères pénètrent sur le sol français.

Pendant cette période, dite de la « Première Terreur » (été 1792), le pays a un gouvernement transitoire dont l’exécutif est confié à la commune insurrectionnelle de Paris, nouveau pouvoir auto-proclamé, qui dispose d’un conseil exécutif composé de six membres[20]. L’Assemblée législative, que la nouvelle commune a décidé de supprimer subsiste provisoirement, mais doit reconnaître celle-ci que des élections ont portée à 288 membres[21] ; elle peut ainsi continuer de siéger normalement et valide le décret de suspension de Louis XVI le soir du 10 août[22]. L’une de ses dernières initiatives sera d’envoyer des représentants en mission auprès des armées afin de purger le haut commandement et de lutter contre les accapareurs.

Dans le même temps, elle décide de mettre en accusation ceux que l’on appelle "les ennemis de la Révolution et les suspects", définition vague qui frappe pêle-mêle toutes sortes de citoyens : 3 000 personnes sont arrêtées, pour souvent être relâchées les jours suivants[23]. Une partie des défenseurs du palais des Tuileries, lors de l’insurrection du 10 août, sont exécutés sommairement[24]. Sous la pression des sans-culottes un tribunal d’exception est organisé le 17 août 1792, avec un jury populaire composé de membres des sections parisiennes ; ce sont aussi les sections parisiennes, qui à la même période, forment des comités de surveillance, lesquels organisent des visites domiciliaires, des perquisitions et des arrestations [25].
L’annonce de la chute de Verdun aux mains des Prussiens (29 août 1792) et les rumeurs de complot créèrent un climat favorable aux massacres qui se déroulèrent au début du mois de septembre 1792 dans les prisons.

Article détaillé : Massacres de Septembre.

Ces opérations furent décidées par le commandant de la garde nationale, le général Santerre (qui prit sur lui de couvrir l’opération) et les membres du Comité de surveillance de la Commune de Paris, à savoir Étienne-Jean Panis, Pierre Jacques Duplain, Didier Jourdeuil et Antoine Sergent. Ces responsables s’adjoignirent l’aide d’un certain nombre de personnes parmi lesquelles Jean-Paul Marat. Celui-ci annonça lui-même, la veille, les massacres dans son journal. Ces tueries préméditées à l’arme blanche contre lesquelles le maire de Paris Jérôme Pétion et le président de l’assemblée nationale ne purent rien faire, durèrent trois jours et ne furent pas l’effet d’une folie collective ou d’une colère. Les massacres de Septembre 1792, qui préludèrent à la terreur de 1793, firent entre 1 000 et 1 400 morts. Les réactions indignées des Parisiens, malgré la peur, commencèrent à s’exprimer à partir de la mi-septembre - Roch Marcandier et Olympe de Gouges furent les premiers à protester - et furent relayées par les députés de la Législative puis de la Convention qui réclamèrent une commission d’enquête parlementaire.[réf. nécessaire]

Après les défaites à répétition de l’armée, la bataille de Valmy (20 septembre 1792) fut une mascarade, les armées coalisées contre la France furent payer pour qu’il n’y est pas de batailles raisons de cet accord sont obscurs et sont la honte des républicains. La Première République fut proclamée le lendemain et la Convention nationale remplaça l’Assemblée législative.

Les débuts de la Convention nationale (septembre 1792 - juin 1793


Le martyr de Louis XVI

La nouvelle assemblée de la Convention fut élue au suffrage universel, à charge pour elle de rédiger une nouvelle constitution pour le pays. Les députés siégèrent selon leur appartenance politique : en haut des tribunes de la salle du manège, située dans le jardin des Tuileries, se trouvaient les Montagnards ; les Girondins prirent l’habitude de s’asseoir ailleurs, dans la "plaine". Le fossé entre les deux « partis » s’agrandit au cours des premiers mois de 1793. Les Montagnards et les Girondins ne s’entendirent pas sur le contenu à donner à la République. Beaucoup de députés, liés d’amitié profonde quelques mois plus tôt se séparèrent sur des questions d’hommes et de projets. Ils se divisèrent sur différentes questions importantes. La première, qui envenima leurs rapports jusqu’à l’élimination physique des uns par les autres fut celle des sanctions judiciaires à donner aux responsables des tueries de septembre. Puis ils se divisèrent sur les pouvoirs de la Commune, exorbitants aux yeux des Girondins qui redoutaient le poids de son bras armé sur l’indépendance et la sérénité des débats parlementaires. Le troisième point d’achoppement tint au procès de Louis XVI, à son principe et à sa forme puis à son déroulement ; et le dernier aux questions diplomatiques relatives à la Grande-Bretagne, à la Hollande et aux pays qui n’étaient pas encore entrés dans la coalition.

Après le procès de Louis XVI, la Convention nationale vota l’exécution du roi (21 janvier 1793), ce qui provoqua la formation d’une coalition européenne : les Britanniques attaquèrent les côtes méditerranéennes et du Nord-Ouest, les Espagnols tentèrent de passer les Pyrénées, les Sardes franchirent les Alpes ; les frontières du nord et de l’est cédèrent devant les armées austro-prussiennes. Les armées révolutionnaires reculèrent (défaite de Neerwinden, le 18 mars 1793), à cause des faiblesses du commandement et des effectifs. Les émigrés français étaient souvent d’anciens officiers : même si leurs forces sont en réalité très faibles, elles alimentent l’idée du complot aristocratique[27].

Pour pallier le manque de soldats, la Convention décréta en mars 1793 la levée en masse de 300 000 hommes, sur le principe du volontariat. Devant le manque de volontaires, on décida de procéder à un tirage au sort. Les départements de l’Ouest refusent de partir à la guerre et dénoncent les privilèges accordés aux notables. Avec la guerre de Vendée, l’unité de la République est mise en péril. La Convention réagit d’abord en envoyant des contingents armés en Vendée et prit des mesures radicales : tout insurgé serait condamné à mort et des listes de résidents seraient affichées sur les portes des immeubles de la capitale.

Au cours du printemps 1793, des pillages de magasins et de boulangeries eurent lieu dans Paris. L’approvisionnement que gérait la Commune, se faisait mal et on fit courir le bruit que la faute en incombait aux "aristocrates". Le 4 mai la Convention para les manœuvres destinées à faire soulever la population en fixant un maximum des prix pour les grains et les farines, afin d’arrêter le renchérissement des denrées.

Dans la rue et dans les sections parisiennes, les quelques meneurs de la commune qui avaient la force armée pour eux, réclamèrent, sous de fallacieux prétextes, l’arrestation des députés girondins qui réclamaient avec insistance le renvoi des meneurs aristocrates de la commune devant le tribunal révolutionnaire. Devant l’intimidation créée par les canons de la Commune sur la Convention, et pour éviter de nouveaux massacres, les députés décidèrent de prendre des mesures radicales et exceptionnelles. Danton affirmait : « Soyons terribles pour éviter au peuple de l’être »[29]. Le comité de sûreté générale, principal organe de la répression eut des pouvoirs d’investigation étendus. Il était issu du Comité des recherches de la Constituante auquel s’était substitué sous la Législative un comité de surveillance et de sûreté dont les principaux membres furent François Chabot, Claude Basire et Merlin de Thionville. Sous la Convention, le comité de surveillance fut trois fois réorganisé : le premier comité de surveillance, issu le 2 octobre 1792 de l’installation de la Convention, fut considérablement restructuré en janvier 1793, et il fonctionna avec la même composition de X membres jusqu’au 14 septembre suivant ; à cette date, des scandales multipliés avaient amené le Comité de salut public et la Convention à réorganiser entièrement et à recomposer le Comité de sûreté générale (à l’exception de Amar) que Barère plaça sous l’autorité de son ami Vadier : c’est le « grand » comité de sûreté générale qui donna consistance à la répression, débouchant très vite sur la période dite de terreur[31]. Outrepassant ses droits au nom de l’efficacité révolutionnaire, pratiquant le zèle par calcul politique, le Comité de sûreté générale fut une véritable police politique inquisitoriale, qui monta des affaires politico-policières et cultiva le secret sur ses opérations. Son influence dévastatrice fut combattue par Robespierre mais maintenu par Barère, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois jusqu’au 9 thermidor. Les divers comités de surveillance dont le Comité de salut public du département de paris et les comités révolutionnaires de section qui furent institués le 21 mars, complétèrent le dispositif : il leur fallait surveiller et dénoncer, dans chaque département, dans chaque quartier ou section de chaque ville, les « ennemis de la République ».

Un tribunal révolutionnaire réclamé par les députés de tous les bords fut chargé de juger les "ennemis de la République" selon une procédure d’exception fondée par le décret du 10 mars qui énumérait ses prérogatives. Il fonctionna en liaison étroite avec le Comité de sûreté générale auquel il était subordonné sinon en principe du mois dans les faits. Ses membres principaux (présidents successifs, accusateur publics, substituts et adjointe, et également la composition de son jury, à Paris, se caractérisèrent, dès le début, par une forte homogénéité politique de tendance exagérée.

Le 28 mars, l’appareil législatif contre les émigrés rentrés fut revu et durci (Loi des témoins).

Enfin et surtout le grand Comité de Salut Public où entrèrent Bertrand Barère de Vieuzac et Georges-Jacques Danton fut mis en place par décret le 6 avril, en remplacement du comité de défense général : organe de gouvernement révolutionnaire, il était en principe subordonné à l’Assemblée et devait permettre de concentrer le pouvoir exécutif. Bientôt, la Convention nationale, débarrassée en deux fois d’une centaine de députés Girondins[32], entérina ses décisions dans la crainte puisque le Comité de salut public s’était donné le droit de faire arrêter les députés « suspects » à titre préventif. Composé de neuf puis de douze membres, le Comité de Salut Public fut l’un des organes de coordination de la répression. Son membre le plus influent - et le premier rentré - ne fut pas Robespierre mais Bertrand Barère de Vieuzac qui eut, après le départ de Danton en juillet 1793, constamment une majorité pour lui et les décisions qu’il voulait imposer à la Convention devenue une chambre d’enregistrement.

En septembre 1793, Bertrand Barère de Vieuzac mettait la terreur à l’ordre du jour le 5 septembre 1793. Jouant avec les mots, celui-ci mêlait deux concepts distincts : la répression aussi sévère soit-elle, prônée par Robespierre qui ne vit pas immédiatement le danger, et le terrorisme d’État qui est l’exagération de la répression, selon la définition qui en fut donnée au Tribunal révolutionnaire chargé de juger en ventôse an II ceux qui l’avaient pratiquée, du moins ceux que l’on avait identifié et décidé de sacrifier[33]. C’est de cette époque et sur cette question du terrorisme comme instrument de gouvernement que devait se fissurer l’unité apparente qui avait prévalu au sein du Comité de salut public. Les divisions – qui devaient déboucher sur le 9 thermidor – sont en effet directement en rapport avec la question cruciale de la poursuite de la guerre et de la reconnaissance de la république, puisque, indépendamment des neutres (Suède, Danemark, Turquie), plusieurs États, comme la Prusse et l’Espagne, se disaient prêts – si l’on arrêtait le terrorisme – à négocier et reconnaître la République.

Le 4 frimaire an II (24 novembre 1793) fut présenté le décret relatif à l’organisation du gouvernement révolutionnaire, qui renforçait la centralisation du gouvernement.

Article détaillé : Gouvernement révolutionnaire.

Les mesures de la Terreur (juin 1793-juin 1794.)

La guerre contre les coalisés

Le général Custine, condamné par le tribunal révolutionnaire et guillotiné en août 1793.

Plusieurs mesures sont prises pour rétablir la situation militaire de la République et éviter un coup d’État : des représentants en mission sont envoyés pour inspecter les armées et surveiller les généraux. Cette surveillance aboutit à des exécutions de généraux jugés trop tièdes ou traîtres : en 1793, 11 d’entre eux sont exécutés comme Adam Philippe de Custine ou Jean Nicolas Houchard, 31 en 1794 (voir aussi Liste des généraux de la Révolution et du Premier Empire ayant été exécutés). Ces généraux sont remplacés par de jeunes officiers sortis du rang et fidèles à la République. Ils mettent en pratique la stratégie offensive décidée par le Comité de salut public. Ensuite, les étrangers sont bannis de l’armée car ils sont considérés comme suspects[34].

Réorganisation des armées

Les armées républicaines sont réorganisées, notamment par Lazare Carnot, surnommé l’Organisateur de la victoire : les effectifs augmentent grâce à la levée en masse (23 août 1793), qui porte momentanément les effectifs de l’armée à 750 000 hommes fin 1794[35] (contre 270 000 fin 1792 et 550 000 fin 1793). Tous les hommes célibataires de 18 à 25 ans sont mobilisés de force. Le budget consacré à l’effort de guerre est augmenté. Les régiments sont transformés en demi-brigades, par l’amalgame de l’armée royale et des volontaires : chaque bataillon de soldats de l’armée d’Ancien Régime reçoit deux bataillons de volontaires ; ces derniers, plus jeunes et généralement plus enthousiastes envers la Révolution, bénéficient de l’expérience des premiers, les entraînent lors des combats et les surveillent, ce qui évite les trahisons d’unités entières. L’amalgame est achevé en 1796.

La mobilisation de tous pour l’effort de guerre

Pour combler le déficit d’armes et de munitions, le Comité de salut public crée, en 1793, la Commission des armes et des poudres, qui multiplie les manufactures d’armes et réorganise la collecte des matières premières, et confie au comité militaire, réduit à un rôle technique et consultatif, l’organisation des levées d’hommes et leur encadrement, le développement de la cavalerie et la réquisition des charrois, la surveillance des hôpitaux militaires et des troupes cantonnées à Paris[36]. La production d’armes augmente. Pour améliorer la qualité des métaux utilisés et les techniques de fabrication, le chimiste Gaspard Monge et l’ingénieur des mines Hassenfratz sont chargés de l’organisation de la manufacture d’armes de Paris, le chimiste Carny de faciliter l’extraction du salpêtre, Berthollet et Choderlos de Laclos de travailler sur la composition de la poudre et expérimenter de nouveaux projectiles. Le 14 frimaire an II (4 décembre 1793), tous les citoyens, y compris les enfants, sont invités à récolter le salpêtre sur les murs de leurs caves[37]. La Convention décide le 26 juillet 1793 la construction de relais pour le télégraphe par sémaphore de Claude Chappe ; la première ligne est installée entre Lille et Paris durant l’été 1794. Dès l’automne 1793, l’armée utilise des ballons captifs, dont le général Jourdan se sert notamment à Fleurus. Des camps d’entraînement pour les nouvelles recrues sont aménagés.

Le 15 novembre 1793, la Convention décrète que l’approvisionnement des armées doit primer sur celui des civils. En décembre 1792, le ministre de la Guerre Jean Nicolas Pache a remplacé les intendants des armées, système qui favorise la corruption, par la régie directe, pratique abandonnée par son successeur Beurnonville en février 1793. Finalement, un décret du 27 juillet 1793 résilie tous les marchés passés et leur substitue la régie, et l’approvisionnement devient l’un des domaines de prédilection des envoyés en mission.

Résultats

Après l’été 1793, la situation militaire semble se redresser : le 2 septembre, Toulon est reprise par les armées républicaines après un long siège. Ces dernières remportent plusieurs victoires dans le nord et l’est : Hondschoote (8 septembre 1793), Wattignies (16 octobre 1793), Tourcoing (18 mai 1794) et enfin Fleurus (26 juin 1794). Par ces victoires, la République se renforce et exporte ses idéaux révolutionnaires en dehors de la France.

Libération ou conquête ?

Le but premier de la guerre est, pour la Convention, de détruire les forces contre-révolutionnaires et de libérer les peuples européens qui leur sont soumis. Les premières Républiques-sœurs sont constituées en 1793 (République rauracienne, dans le Jura suisse, et République de Mayence). Pourtant, les objectifs initiaux sont vite dévoyés et font place à une politique d’occupation des territoires conquis. L’armée doit réquisitionner du matériel et de la nourriture.

Terreur sur la France

La loi des suspects et répression

En juillet 1793, l’assassinat de Marat par Charlotte Corday renforce les sentiments anti-royalistes. Les insurgés fédéralistes de Normandie marchent sur Paris mais sont finalement arrêtés à Pacy-sur-Eure. Il faut attendre le mois d’octobre pour que Bordeaux et Lyon soient reprises par le gouvernement. En août, les sujets britanniques résidant en France sont menacés d’être arrêtés et en octobre est instituée la loi contre les Anglais. Le 12 août 1793, Robespierre déclare à la Convention : « Que le glaive de la loi, planant avec une rapidité terrible sur la tête des conspirateurs, frappe de terreur leurs complices ! Que ces grands exemples anéantissent les séditions par la terreur qu’ils inspireront à tous les ennemis de la patrie ! »

La loi des suspects est adoptée le 17 septembre 1793. Sont jugés « suspects » d’après l’article 2 : « Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. Ceux à qui il a été refusé des certificats de civisme. Les fonctionnaires suspendus ou destitués de leurs fonctions par la Convention nationale ou ses représentants. Les nobles, les maris, les femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs, qui n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution. Ceux qui ont émigré du 1er juillet 1789 au 8 avril 1792, bien qu’ils soient rentrés en France ».

La justice révolutionnaire est chargée de juger les suspects : elle est exclusivement parisienne après la création du tribunal révolutionnaire de Paris en mars 1793, puis elle se trouve étendue à la province par plusieurs représentants en mission, avec la création de commissions révolutionnaires ou militaires dans les zones de guerre civile.

Le 10 octobre 1793 est proclamé le gouvernement révolutionnaire : la constitution de 1793 n’est pas appliquée et les libertés sont suspendues en attendant le retour à l’ordre et à la paix. Le pouvoir est concentré et centralisé. Grâce à la création du Bulletin des lois de la République, les décisions de la Convention sont connues et applicables immédiatement. C’est à partir de cette date que Robespierre prend de plus en plus d’ascendant sur les différents acteurs politiques à Paris. Le comité de sûreté général ainsi que les comités locaux sont chargés d’appliquer les lois et de trouver les suspects. Ils font leur rapport hebdomadaire devant le Comité de salut public. En province, les institutions locales sont purgées. Finalement les agents nationaux surveillent les districts.

Malgré les victoires contre les fédéralistes (Lyon tombe le 9 octobre 1793), la Terreur continue en province comme à Paris. La loi de ventôse an II (février-mars 1794) permet la redistribution des biens des opposants vers les alliés des dirigeants politiques du moment. L’obtention d’un certificat de civisme devient une nécessité vitale pour les nombreuses personnes suspectes.

La Terreur dans l’Ouest

Articles détaillés : Guerre de Vendée, Chouannerie, Virée de Galerne, Colonnes infernales et Insurrections fédéralistes.


Massacre des Lucs-sur-Boulogne par les colonnes infernales - Vitrail de Fournier, les Lucs-sur-Boulogne, 1902.

Le décret de destruction de la Vendée (1er août 1793) témoigne de l’exaspération de la Convention devant les victoires vendéennes : « Article 6 : Il sera envoyé en Vendée des matières combustibles de toutes sortes pour incendier les bois, les taillis et les genêts.

Article 7 : Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits, les récoltes seront coupées par les compagnies d’ouvriers, pour être portées sur les derrières de l’armée, et les bestiaux seront saisis.

Article 8  : Les femmes, les enfants et les vieillards seront conduits dans l’intérieur ; ils seront massacrés.

En dépit des victoires des armées républicaines à la bataille de Cholet le 17 octobre 1793 ou à la bataille de Savenay le 23 décembre 1793, une guerre d’embuscades et de coups de main se poursuit, conduisant à l’organisation de colonnes incendiaires par le général Turreau. Certains ont parlé de « volonté génocidaire » dans la répression menée par plusieurs individus.

Louis Marie Turreau général en chef de l’Armée de l’Ouest donne à ses généraux les ordres suivant le 19 janvier 1794 : « Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincus de les avoir prises pour se révolter contre leur patrie, seront passés au fil de la baïonnette. On en agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes seulement suspectes ne seront pas plus épargnées, mais aucune exécution ne pourra se faire sans que le général l’ait préalablement ordonné.

Tous les villages, métairies, bois, genêts et généralement, tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes, après cependant que l’on aura distrait des lieux qui en seront susceptibles, toutes les denrées qui y existeront ; mais, on le répète, ces exécutions ne pourront avoir leur effet que quand le général l’aura ordonné. Le général désignera ceux des objets qui doivent être préservés de l’incendie.

Il ne sera fait aucun mal aux hommes, femmes et enfants en qui le général reconnaîtra des sentiments civiques, et qui n’auront pas participé aux révoltes des brigands de la Vendée ; il leur sera libre d’aller sur les derrière de l’armée, pour y chercher un asile, ou de résider dans les lieux préservés de l’incendie. Toute espèce d’arme leur sera cependant ôtée, pour être déposée dans l’endroit qui sera indiqué par le général. »

Les colonnes infernales dirigées de janvier à mai 1794 font entre 70 000 et 150 000 morts. Les massacres commis à cette occasion sont qualifiés par certains historiens de « génocide » vendéen[43]. D’autres estiment que la destruction de la Vendée correspond à une pratique propre aux guerres de l’époque moderne et la comparent au sac du Palatinat par les armées de Louis XIV en 1689, cependant les populations avaient eu une semaine pour évacuer les lieux avant le brûlement du Palatinat, tandis que des chariots avaient été mis à la disposition de ceux qui souhaitaient se réfugier en Alsace. Selon Adrien Carré, les atrocités de la guerre de Vendée sont sans équivalent en Europe depuis la guerre de Trente Ans. Jean-Clément Martin rappelle que le discours de Barère du 1er août 1793, qui a servi pour justifier l’idée d’un « génocide » commis par les révolutionnaires, précise qu’il faut protéger les femmes, les enfants, les vieillards, et même les hommes sans armes[47].


L’exécution des sœurs La Métairie, peinture de Auguste-Hyacinthe Debay, 1838.

La guillotine, place du Bouffay à Nantes fait 144 morts 24 artisans et laboureurs sont exécutés le 17 décembre 1793, parmi lesquels 4 enfants de 13 à 14 ans, ils sont suivis le 19 décembre par 27 autres victimes dont 7 femmes parmi lesquelles les sœurs La Métayrie, âgées de 17 à 28 ans. Quelques jours après, le bourreau se suicida.

La Loire-inférieure et le Maine-et-Loire sont les deux départements français où la Terreur fait le plus de victimes. La répression s’abat sur les Vendéens, les Chouans, les Fédéralistes, les Modérés et les suspects. En Loire-inférieure, à Nantes, dirigée par le représentant Jean-Baptiste Carrier, 8 000 à 11 000 prisonniers[51], hommes, femmes et enfants, sur 12 000 à 13 000 périssent par les exécutions par noyades, les fusillades de Nantes, et l’épidémie de typhus dans les prisons.
Dans le Maine-et-Loire, dirigé par les représentants Nicolas Hentz et Adrien Francastel, 11 000 à 15 000 personnes, hommes, femmes et enfants, sont emprisonnées, parmi celles-ci 6 500 à 7 000 sont fusillées ou guillotinées, 2 000 à 2 200 meurent dans les prisons[53].

Les autres départements de l’Ouest sont moins touchés mais la répression reste importante :

  • Ille-et-Vilaine : 5 530 personnes exécutées, dont 3 070 à Rennes de mars 1793 à juillet 1794
  • Deux-Sèvres : à Niort ; 5000 à 1 0 000 personnes emprisonnées, 1070 jugées, 700 à 800 fusillées ou guillotinées, 2000 meurent des maladies
  • Vendée : Fontenay-le-Comte ; 33 200 prisonniers sont jugés, 19 600 sont exécutés sure ordre de la commission militaire, au quarantaine d’autre sur celui du tribunal révolutionnaire. Aux Sables-d’Olonne, 10 500 prisonniers périssent dans les prisons, d’avril 1793 à avril 1794, 12 700 prisonniers sont exécutés contre 132 acquittés, dont une vingtaine par la guillotine, 31 794[] femmes sont également jugées et une centaine guillotinées le 24 juin. 1 300 personnes sont emprisonnées durant l’année 1794 dans l’Île de Noirmoutier, plusieurs prisonniers y meurent en captivité ou sont fusillés, au nombre de 128 officiellement, peut-être 40 000 victimes en réalité.
  • Charente-Maritime : La Rochelle ; 1750 à 1800 prisonniers vendéens y sont envoyés, quelques dizaines sont exécutés mais 510 meurent des épidémies.

La Grande Terreur (juin-juillet 1794)


L’exécution de Robespierre, le 28 juillet 1794 marque la fin de la Grande Terreur.

La politique de Terreur inaugurée en juin 1793 semble porter ses fruits : les manifestations fédéralistes sont matées, les Vendéens sont écrasés, les attaques de la coalition sont repoussées. Cependant, le Comité de salut public souhaite asseoir la République. Pour ce faire, il lui faut exterminer ses ennemis, selon le mot de Couthon, dans son rapport de la loi de prairial, et développer une nouvelle classe de petits propriétaires. Les décrets de ventôse décident la confiscation des biens de ces ennemis de la République, qui doivent être distribués aux patriotes indigents ; ils prévoient la constitution de listes d’indigents par les autorités locales et la création de commissions révolutionnaires pour faire la part entre les vrais ennemis de la République et les personnes injustement emprisonnées (le tribunal révolutionnaire ne doit juger que des accusés triés, en contradiction avec le décret du 19 mars 1793) ; une partie, seulement, verra le jour. En outre, le 27 germinal (17 avril 1794), un décret ordonne la suppression des tribunaux populaires en province ; tous les suspects doivent passer devant le tribunal révolutionnaire de Paris, sauf dans le Nord et le Vaucluse, où les commissions révolutionnaires d’Orange et de Cambrai sont maintenues.

La loi de prairial et les préparatifs du 9 thermidor

Enfin, la loi du 22 prairial An II (10 juin 1794), rédigée par Robert Lindet et présentée par Georges Couthon simplifiait les procédures et, appliquée sans le filtrage des commissions populaires dont la mise en fonctionnement fut sabotée par les partisans de l’exagération, instaura ce que l’on a appelé la Grande Terreur. La sentence était rendue selon l’intime conviction morale des juges et des jurés. Désormais, il n’existait que deux issues aux procès : l’acquittement ou la peine de mort.

Ces décisions appliquées dans une précipitation calculée – avec l’aval de Barère de Vieuzac, Collot d’Herbois, Billaud-Varenne, les membres du Comité de sûreté générale excepté Le Bas, et Fouquier-Tinville – débouchèrent sur une accélération des procédures de jugement et une augmentation des condamnations au Tribunal révolutionnaire, en juin et juillet 1794. Pour le seul mois de juin 1794, on procède à des exécutions massives à Paris où la guillotine fonctionna presque tous les jours[62]. Le 29 Prairial an II (17 juin 1794), 2 554 personnes sont condamnées à mort dans le procès des chemises rouges. Au début de Thermidor, on comptait environ 15 000 suspects dans les prisons parisiennes. Les prisonniers hanovriens et anglais sont massacrés et la guérilla contre les chouans se poursuit avec violence. En fait, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la loi de Prairial représentait pour ses initiateurs un moyen de ramener la Terreur aux strictes « sévérités nécessaires », en limitant les causes d’exclusion politique : l’esprit de cette loi visait à absoudre tous ceux qui avaient été entraînés dans les excès contre-révolutionnaires à cause de leur ignorance (cela concernait beaucoup de fonctionnaires qui avaient suivi les sirènes de l’hébertisme), elle remettait en cause la systématicité de la répression en rapport avec la faute reprochée. De même, elle offrait une définition plus précise des motifs d’accusation (article 6), ce qui réduisait l’arbitraire. Déjà, en avril, Robespierre avait obtenu qu’on ne poursuive pas les nobles qui avaient acheté leur noblesse. De même, les articles 10, 11 et 18 stipulaient que les comités de salut public et de sûreté générale devaient pouvoir contrôler les poursuites engagées devant le Tribunal révolutionnaire.

Depuis le printemps 1794, en effet, des dissensions naissent au sein du gouvernement révolutionnaire. Le Comité de sûreté générale est ulcéré par la création du bureau de police générale, par le Comité de salut public, qui empiète sur ses fonctions. De même, quand Robespierre reprend le dossier de l’affaire Catherine Théot, à travers laquelle Vadier moquait le culte de l’Être suprême et tentait de compromettre l’Incorruptible, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois profitent de son départ volontaire du Comité de salut public – ne voulant pas s’associer aux crimes de la Grande Terreur – et tentent de le faire passer pour un tyran et un dictateur[71].

Carnot et la victoire de Fleurus, le 8 messidor (26 juin 1794).

Par ailleurs, au sein de la Convention nationale, les représentants en mission corrompus et prévaricateurs, rappelés à Paris par Robespierre pour exagération dans l’accomplissement de leurs fonctions – ainsi Lebon à Arras qui voulut faire arrêter la sœur de Robespierre – intriguaient en secret à la mise en accusation de l’Incorruptible. Fouché prit la tête des opérations en concertation avec Tallien et Bourdon de l’Oise qui se savaient menacés eux aussi. À son retour des armées, après Fleurus, Saint-Just tenta de rétablir une apparence d’unité au sein du Comité de salut public[72] ; avec Barère de Vieuzac, qui feignit de se rallier à ce projet, ils organisent avec leurs collègues une réconciliation de façade qui ne dura qu’un ou deux jours (4 et 5 thermidor). Sans méfiance Saint-Just se chargea de rédiger un rapport manifestant l’unité retrouvée du gouvernement, et la création d’une seconde commission populaire (sur les quatre prévues à l’origine) fut décidée.

En fait les événements du 9 thermidor étaient programmés depuis un moment. Tout était désormais question d’opportunité. Ne croyant pas à la sincérité de ses adversaires, l’Incorruptible décida d’en appeler à la Convention par un de ses plus beaux discours le 8 thermidor. Bien qu’applaudi dans un premier temps, il ne convainquit pas ceux qui étaient décidés à l’abattre. Car il demandait la punition des "traîtres" (dans les différentes interventions, qu’il s’agisse de Robespierre ou de Couthon, ils sont au moins cinq ou six parmi lesquels Fouché, Tallien, Bourdon, Legendre et probablement Barras), le renouvellement des bureaux du Comité de sûreté générale, l’épuration de ce Comité lui-même, subordonné au Comité de salut public, l’épuration du Comité de salut public lui-même[73], l’établissement d’une réelle « unité du gouvernement sous l’autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre et le juge », et la fin des factions au sein de la Convention. Le soir, Robespierre relit son discours aux Jacobins, où il fut vivement applaudi, tandis que Collot d’Herbois et Billaud-Varenne étaient conspués ; le peintre David promit alors à son ami de boire la ciguë avec lui.

De retour dans les locaux du Comité de salut public, Jean-Marie Collot d’Herbois et Billaud-Varenne aperçurent Saint-Just, qui était occupé à rédiger le rapport sur les évènements au sein du gouvernement révolutionnaire, dont il avait été chargé, suite aux réunions des 4 et 5 thermidor. Convaincus qu’il rédigeait leur acte d’accusation, ils se jetèrent sur lui en l’insultant et en l’accusant de préparer leur décret d’accusation. Choqué, Saint-Just quitta la salle ; on ne le reverra plus que le lendemain, à la Convention où, contrairement à ses promesses, il commença à lire son discours sans en avoir fait une lecture préalable à ses collègues du comité. Devant ce qu’ils prennent à tort pour l’attaque décisive des « robespierristes », les membres du Comité de salut public se joignirent alors au complot, qui s’était tramé avec l’appui des anciens représentants en mission rappelés et qui redoutent d’avoir à rendre des comptes (Tallien, Legendre, Fouché, Rovère, Guffroy, etc.). Il savaient avoir l’appui des députés du Marais à qui on avait promis la fin de la Terreur. Le 9 thermidor, cette coalition hétéroclite obtint la chute de Robespierre, puis son exécution sans procès, après l’insurrection de la Commune.

Article détaillé : Chute de Robespierre.

Thermidoriens contre anciens terroristes

Après quelques semaines, cette coalition qui avait réalisé le coup de force du 9 thermidor se défit d’elle même. Elle éclata entre d’une part, les Thermidoriens, réunis autour de Tallien, Lecointre de Versailles ou encore Merlin de Thionville, etc., et les "Montagnards de l’an III", partisans d’une poursuite de la Terreur, rassemblés autour de Barère, de Billaud-Varenne et de Collot d’Herbois, les anciens terroristes comme on les appelait déjà. À l’hiver 1794, les militants des sections populaires et les Babouvistes abandonnèrent leur dénonciation de la Terreur et des Jacobins et s’unissent aux Crêtois. Dès l’été 1794, cependant, la réaction thermidorienne commence : ce fut le temps des comptes, que les sections de Paris furent les premières à réclamer. Les Thermidoriens mettent fin à la terreur économique et réintègrent les anciens députés girondins. Les sociétés jacobines sont dissoutes. Ils gardent cependant quelques éléments de la Terreur judiciaire, comme les lois contre les prêtres réfractaires et les émigrés. Jean-Baptiste Carrier est guillotiné en novembre 1794, les membres du Tribunal révolutionnaire de Paris en mai 1795, Joseph Lebon en octobre 1795. De nombreux Jacobins sont emprisonnés et plusieurs fonctionnaires accusés de « robespierrisme » révoqués. Parmi les personnes concernées, on peut citer Louis David, Jean Antoine Rossignol ou Napoléon Bonaparte (qui est d’ailleurs vite libéré). Par divers artifices, les grands artisans de la terreur, et à leur tête Bertrand Barère de Vieuzac, bien que dénoncés et décrétés d’arrestation puis mis en accusation, échappent à la guillotine. Collot et Billaud-Varennes sont néanmoins déportés, l’un mourra en Guyane, l’autre deviendra négrier. D’autres terroristes, comme le riche Vadier[6] et ses collègues du sanguinaire Comité de sûreté générale, ou encore Joseph Fouché l’auteur avec Collot d’Herbois des terrifiantes mitraillades de Lyon parviennent à se faufiler entre les mailles du filet.
La loi du 10 juin 1794, 22 prairial An II, (extraits) :

  • Article 4 : Le tribunal révolutionnaire est institué pour punir les ennemis du peuple.
  • Article 5 : Les ennemis du peuple sont ceux qui cherchent à anéantir la liberté publique. […]
  • Article 6 : Sont réputés ennemis du peuple, ceux qui auront provoqué le rétablissement de la royauté, ou cherché à avilir ou à dissoudre la Convention nationale et le gouvernement révolutionnaire et républicain. […] Ceux qui auront cherché à empêcher les approvisionnements de Paris, ou à causer la disette dans la République. […]
  • Article 7 : La peine portée contre tous les délits, dont la connaissance appartient au gouvernement révolutionnaire, est la mort. […] L’accusé sera interrogé à l’audience et en public : la formalité de l’interrogatoire secret qui précède est supprimée comme superflue […] S’il existe des preuves […], il ne sera point entendu de témoins. […] »

Bilan de la Terreur

L’objectif principal fut, pour éviter les insurrections populaires, d’assurer le ravitaillement des armées et de Paris contre les provocations des Exagérés de la Commune. Pendant le printemps et l’été 1793, la situation est dramatique : la valeur des assignats s’est fortement dépréciée et la pénurie menace la population. Les pillages se multiplient et les sans-culottes réclament des mesures énergiques. Pour faire face, la Convention décide de limiter certains prix dès le 4 mai 1793. En juillet, les municipalités peuvent utiliser la peine de mort contre les accapareurs (Loi sur l’accaparement). À partir du mois d’août, il est interdit d’envoyer des capitaux à l’étranger. Les sociétés par action, la Bourse et la caisse d’escompte sont fermées. Le 29 septembre 1793 est passée la loi du maximum général, (extraits) : « Les objets que la Convention nationale a jugés de première nécessité et dont elle a cru devoir fixer le maximum sont : le pain, la viande, le vin, les grains, les farines, les légumes, les fruits, le beurre, le vinaigre, le cidre, l’eau-de-vie, le charbon, l’huile, le savon, le sel, les viandes et poissons, le miel, le sucre, le papier, le chanvre, les laines, les cuirs, le fer et l’acier, le cuivre, les draps, la toiles et toutes les étoffes, les soieries exceptées. Le maximum du prix des denrées et des marchandises sera le prix que chacune d’elles avait en 1790. »

Le maximum général encourage le marché noir et met en difficulté les industries du textile.

  • Taxation du prix des grains.
  • Emprunts forcés sur les riches, confiscation des terres des « ennemis du peuple » et des suspects (décret du 26 février 1794), perquisitions chez les banquiers[79].
  • Réquisitions encadrées par une Armée révolutionnaire et les gardes nationaux, ce qui se révèle efficace au moins jusqu’au début de 1794.
  • Émission d’assignats, emprunts extérieurs
  • La « Terreur financière » est engagée pour éviter l’hyperinflation, dès le 2 juin 1793.
  • Dirigisme économique.
  • Dès la période révolutionnaire, la Révolution française et sa période terroriste, ont font l’objet de nombreux pamphlets et de nombreuses études, parmi les royalistes, qu’il s’agisse du roman l’Émigré (1797), où Gabriel Sénac de Meilhan développe une analyse intelligente et pondérée, de l’Essai sur les révolutions (1797) de Chateaubriand, qui est fasciné par la Révolution mais bouleversé par ses excès, des essais de Joseph de Maistre, qui voit dans la guerre civile qui ensanglante la France sous la Révolution une catastrophe d’ordre métaphysique, ou des Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme de l’original abbé Augustin Barruel, qui voit dans la Révolution un complot des francs-maçons, thèse contrebattue par le Constituant Mounier et d’autres après lui. De même, parmi les républicains libéraux, on assiste à une critique de l’égalitarisme de l’an II, avec une dénonciation de la loi agraire, qui aurait été prétendument défendue par les Jacobins.

Jugements postérieurs

Plusieurs philosophes ont réfléchi sur la portée et le « sens » à donner à l’épisode terroriste dès le XIXe siècle : Madame de Staël, Benjamin Constant. Louis-Gabriel de Bonald estime qu’elle est le prélude nécessaire d’une régénération. Sous la Restauration, on enseigne aux élèves que la Révolution française ne fut qu’une série de massacres et qu’une période d’anarchie généralisée. Les écrivains français Victor Hugo, Honoré de Balzac ou Alfred de Vigny « voient dans la violence révolutionnaire l’expression de la crise radicale des valeurs que la France a traversée[110] … ». L’historien Hippolyte Taine est clairement hostile à la Terreur.

À la fin du XXe siècle, de nombreux historiens ont mis en avant des documents relativisant la « théorie des circonstances » défendue par l’école léniniste puis stalinienne pour justifier ses propres atrocités. C’est la thèse selon laquelle le terrorisme aurait constitué, pour le gouvernement révolutionnaire, un instrument destiné à sauver la République de l’invasion militaire et de la contre-révolution. François Furet a indiqué qu’une répression modérée aurait suffi et il a mis en lumière les « dérapages » nombreux qui, en effet, ont accompagné la Révolution. Olivier Blanc s’est interrogé sur les raisons de ces dérapages dont certains, selon lui, n’étaient pas fortuits mais provoqués par certains révolutionnaires dont principalement Barère de Vieuzac, qui, pour des raisons diverses, voulaient éviter des négociations de paix et faire reconnaître la République par les états qui y étaient disposés.

La période de la Terreur présentée comme consubstantielle à la Révolution française a continué de servir de repoussoir pour tous les pouvoirs libéraux, mais conservateurs. Pour les tenants des thèses adverses, elle continue à justifier d’une part le rejet de l’héritage révolutionnaire par les catholiques et les royalistes, d’autre part, de toute idéologie révolutionnaire (qualifiée par certains philosophes d’« utopistes », depuis les années 1980) par les libéraux et la gauche modérée.

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