Mediapart

L’argent du Panama d’un ex-conseiller de Sarkozy

PAR KARL LASKE ET FABRICE ARFI

Mardi 16 juillet 2013 // La France

Vous avez des retards de loyers, un héritage qui n’arrive pas assez vite ? Choisissez Aguatonda Foundation, une société panaméenne qui ne posera pas de questions. Olivier Stirn peut en témoigner. L’ancien ministre multi-étiquettes, secrétaire d’État dans les gouvernements Chirac et Barre sous Giscard (à droite), puis ministre du gouvernement Rocard (à gauche), a reçu un virement de 100 000 euros d’Aguatonda, en août 2010, alors qu’il travaillait à l’Élysée comme conseiller du président de la République pour l’Union pour la Méditerranée. Un « prêt d’ami », selon lui, pour couvrir des loyers impayés...

Nicolas Sarkozy, dont il était l’un des missi dominici en Afrique, venait alors de « déclarer la guerre » aux paradis fiscaux. Olivier Stirn, lui, est toujours secrétaire national de l’UMP chargé de la diversité. L’argent venant du Panama, sa banque, la BRED, a fait un signalement à la cellule anti-blanchiment de Bercy (Tracfin) qui a transmis au parquet de Paris, selon des sources judiciaires. Mais l’enquête préliminaire a été très discrètement classée en juillet 2011 par l’ancien procureur de la République, Jean-Claude Marin, sans même que des vérifications soient diligentées auprès du Panama.

Jean-François Copé et Olivier Stirn
Jean-François Copé et Olivier Stirn© dr

L’enquête, qui avait été confiée à la Division nationale des investigations financières et fiscales (Dniff), a été rapide. L’intéressé en convient : « Je n’ai été reçu qu’une fois, très rapidement, souligne Olivier Stirn, questionné par Mediapart. Cela a duré un quart d’heure, vingt minutes. Et après on m’a téléphoné pour me dire : “voilà, en effet vos affirmations étaient tout à fait exactes ; on s’excuse, voilà”, et puis c’est tout. ».

À quoi correspondait cet argent du Panama ? L’ancien ministre explique qu’en 2010, il devait « faire face à des dépenses courantes » qu’il n’arrivait pas à solder. « Des loyers », précise-t-il. Qu’il était dans l’attente de l’héritage de son père, décédé dix ans plus tôt. « La société panaméenne était le véhicule que mon ami a utilisé, plaide-t-il. Je n’ai jamais eu de rapport avec cette société. ».

Quant à savoir pourquoi ne pas s’être adressé à sa banque, il répond la rapidité : « J’aurais pu en effet passer par ma banque, mais les banques sont tellement frileuses, j’aurais eu plus de problèmes qu’avec cet ami qui m’a réglé ça en 48 heures. ».

Peut être trop vite, même. Une plainte pour « usage de faux » est d’ailleurs déposée, concomitante au virement panaméen. « J’ai reçu les prêts sous forme de documents, que j’ai remis, et c’est là qu’après enquête, ils se sont aperçus qu’il fallait refaire les documents, explique Olivier Stirn. L’enquête pour faux ne m’a jamais concerné. Le document a été refait, il était mal libellé, je ne sais pas ce qui s’est passé. Ça s’est fait entre le prêteur et les services de police. Je me souviens que le document avait dû être refait, mais le faux n’émanait pas de moi, il émanait du premier document du prêteur. ».

Jean-Claude Marin
Jean-Claude Marin© Reuters

Le parquet de Paris a confirmé à Mediapart l’ouverture de l’enquête préliminaire pour « usage de faux » visant Olivier Stirn. Le signalement opéré par Tracfin sur le virement panaméen a été versé au dossier, précise-t-on. Le virement d’Aguatonda, de 99 980 euros, est parvenu le 27 août 2010 sur le compte d’Olivier Stirn. Quelques jours après, le 31 août 2010, ce dernier a reversé 101.224 euros à une filiale immobilière du crédit agricole (Imefa quatre vingt neuf).

L’ancien ministre n’a pas souhaité préciser le nom de son ami, évoquant seulement « un prêt sans intérêt ». « Il n’y a eu aucun financement anormal, se défend Olivier Stirn. À l’heure actuelle, j’ai l’impression qu’il y a une recherche pour tout le monde… Si maintenant alors on ne peut même plus faire un petit prêt à court terme qui est remboursé, sans ce que ça fasse une histoire… ».

En juillet 2011, le procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin – nommé procureur général en 2012 auprès de la Cour de Cassation – décide de classer l’affaire. « À l’époque, aucun élément n’avait permis de mettre en lumière une quelconque infraction, et un classement avait été opéré dans cette procédure », résume la porte-parole de Jean-Claude Marin. La généreuse société panaméenne de l’ami d’Olivier Stirn, Aguatonda Foundation, n’a pas fait l’objet de réelles investigations. Le parquet n’a pas jugé utile de lancer de demande d’entraide pénale internationale au Panama…

Olivier Stirn, aujourd’hui associé de gestion dans une société financière (Edifice Capital), semble avoir été cru sur parole. « Dans ma vie, je ne me suis jamais servi de mes activités politiques, et j’ai refusé souvent des valises qu’on voulait m’apporter », assure-t-il à Mediapart.

Il conteste avoir fait l’objet d’un traitement particulier et assure n’avoir à aucun moment fait valoir ses fonctions auprès du président de la République pour se sortir d’affaire. « Je sais très bien qu’en ce moment on essaie par tous les bouts de mêler M. Sarkozy, mais il n’a rien à voir dans cette affaire, ni de près ni de loin. D’ailleurs je n’étais pas vraiment conseiller, j’étais conseiller à la partie Méditerranée. Je vous garanti que je suis blanc comme neige dans cette affaire ». Cette affaire d’argent noir…

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