Max Gallo.

Mardi 8 juin 2010 // Homme d’honneur

Max Gallo

Max Gallo, un historien pour tous les Français. Il se penche sur l’histoire des grands hommes du Royaume, de l’Empire et de la République. Avec la rigueur de l’historien et l’enthousiasme du patriote.

CE QUI FRAPPE immédiatement, chez Max Gallo, écrivain, historien, académicien français, c’est son extrême courtoisie. Sa haute stature, son visage de patricien romain illuminé par un sourire énigmatique, sa voix claire et chantante, vous accueillent toujours sur le palier de son appartement du cinquième arrondissement. Une fois installée dans le salon ouvert sur son bureau, votre vue se pose, si elle passe la fenêtre haute et spacieuse, sur la coupole du Panthéon. Mais lui vous dit : « Regardez le clocher de Saint-Etienne-du-Mont qui se dresse à l’arrière plan, une église dédiée à sainte Geneviève, patronne de Paris et donc l’une des patronnes de la France. D’ici, en travaillant, j’ai en quelque sorte vue sur la France. » En effet, s’il se mêla parfois de politique, notamment comme porte-parole d’un gouvernement présidé par François Mitterrand, cet admirateur de De Gaulle qui considère son engagement à gauche comme un passage dans un parcours nécessairement empreint de contradictions comme tout parcourt humain, est d’abord un amoureux de la France qu’il veut servir avec talent par l’histoire. Une histoire placée sous le signe de l’honnêteté dans sa mise en perspective et rendue accessible au plus grand nombre. Pour cet homme de conviction, l’histoire doit renforcer l’attachement de son lecteur à un passé national. Car, « parler des grands hommes, c’est toujours parler de la nation... Savoir si un grand homme est possible, c’est savoir s’il existe une collectivité nationale capable de se reconnaître en lui. ». D’où sa recherche d’hommes d’exception dans une œuvre largement consacrée à l’épopée française, comme en témoignent ses biographies de Louis XIV, Napoléon, Victor Hugo et de Gaulle... mais aussi Le Baptême du roi et plus récemment La Croix de l’Occident rappelant les fondements chrétiens de notre pays. « 

Ancien député européen, j’ai toujours dit que la constitution européenne aurait dû mentionner les origines chrétiennes de l’Europe », nous rappelle-t-il. Et s’il s’est retiré de la vie politique, c’est que celle-ci « exige un blindage qui me fait défaut ». Au vrai, l’écriture l’accapare à présent totalement dans un rapport de production, parce que « l’homme n’existe que par le faire ». Max Gallo, donc, ne cesse d’écrire et son œuvre est aujourd’hui considérable. Devenu écrivain d’histoire, c’est pourtant par le roman qu’a commencé cet ardent défenseur de la langue française qui n’a jamais reçu dans sa carrière qu’un seul prix littéraire, celui d’un jury de lectrices féminines.

UNE TRADITION BIEN FRANÇAISE

Fils d’un électricien d’origine italienne, il débute dans la vie avec un CAP d’ajusteur, mais entre comme technicien à la RTF. Militant au parti communiste, « parce que je venais d’une famille très ancrée à gauche et que, comme ouvrier, je subissais une injustice, ou pensait en subir une », il le quitta dès qu’il reprit des études d’histoire sous la direction d’Ernest Labrousse, Pierre Renouvin et Raoul Girardet. En effet, aime-t-il à dire, « dès que je suis devenu un intellectuel, j’ai trouvé qu’il était complètement idiot d’être communiste ». Reçu à l’agrégation, il est professeur au lycée Masséna puis à la faculté de Nice. Mais, après un passage de Sciences Po, il quitte l’enseignement et, grâce à Jean-François Revel (au fauteuil duquel il siège depuis trois ans à l’Académie Française), il se retrouve directeur de collection aux éditions Robert Laffont. Peu à peu, il ne devient plus qu’un homme de lettres, un député, un directeur de quotidien, l’éphémère Matin de Paris, et quelques mois, un secrétaire d’état.

Ce tableau dit tout de l’énorme capacité de travail d’un homme qui, aujourd’hui encore, se lève à quatre heures du matin, s’exerce à dix tractions sur sa barre, fume chaque début d’après-midi un Roméo et Juliette modèle Churchill (une magnifique et classique vitole de La Havane) et couche 10 000 signes par jour sur la feuille blanche.

Dans sa façon d’être d’abord un narrateur des événements, Max Gallo s’inscrit dans une tradition littéraire bien française : une œuvre fleuve qui flirte avec la verve d’un Alexandre Dumas et taille bonne plein sa route entre Michelet et Anatole France, avec parfois quelques accents polémistes qui ne sont pas sans rappeler le grand Chateaubriand. Quant à l’évolution de sa pensée, elle n’est pas faite de volte-face, mais de cheminements qui ne sont qu’un approfondissement de la liberté.

C’est ainsi que parmi tous les grands personnages de l’histoire de France sur lesquels il a écrit, c’est De Gaulle qui l’a le plus ému. En en parlant, il commente une photo sur la plage de Berck où le général, en costume trois pièces de notables et chapeaux feutre, tient sur ses genoux sa fille Anne, jeune enfant handicapée. Pour le biographe qui prend De Gaulle « en bloc », comme Clemenceau prenait la Révolution, cette image résume tout du personnage dont il s’est emparé. Il cite Alain Peyrefitte : « De Gaulle, c’est un homme qui habitait sa statue », mais si l’on pose son oreille sur la pierre, comme le diable sur les figures pétrifiées de Gilles et Anne dans le dernier plan des Visiteurs du soir, on entend battre un cœur.

UN FIL BLEU-BLANC-ROUGE

Pour autant, Max Gallo admet que l’on puisse avoir de bonnes raisons de ne pas être gaulliste ce qui ne change rien à l’histoire ni être sensible à la prose grandiloquente du mémorialiste, ce qui était le cas de son ami Jean-François Revel ; Sentiment partagé par de grands écrivains comme Jacques Laurent, dont la préférence allait et de loin, a-t-il écrit au style plus épuré d’un François Mitterrand. « Le rapport des Français à De Gaulle reste compliqué », avoue son biographe. Ayant huit ans en 1940, il n’a pas entendu l’appel du 18 juin, mais se souvient de celui du maréchal Pétain qui avait fait pleurer son père. Ce n’est que dans les années 60, nous dit-il, qu’il s’est senti marqué par le discours de Londres. « Je n’ai été ni un gaulliste de première souche ni de l’adolescence. Il est vrai qu’à l’époque j’étais communiste, mais nos organes militants s’appelaient France nouvelle, et France d’abord... et je me sentais patriote en militant au parti. C’était un parti national qui pendant la guerre, avait d’ailleurs créé le Front national pour unir ses différentes composantes... »

Le jeune patriote et national des années 50, ne s’est jamais senti d’une France repentante, mais d’une France victorieuse. « Mon fil bleu blanc rouge ne s’est jamais coupé depuis. »

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