Marseille : la guerre est déclarée.

Municipales à risques.

Mercredi 17 avril 2013 // La France


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La droite rêve d’ouvrir la succession de Gaudin à Marseille, la gauche de le défaire, tandis que le Front national se pose en arbitre. Sur fond de règlements de comptes, en plein coeur de la cité.

« Quand je vois le dynamisme de villes comme Bordeaux ou Lyon pendant que Marseille est en train de couler, ça me donne envie de pleurer. » Cette confidence, anonyme, est celle d’un élu UMP de la ville. Inquiet pour Marseille, inquiet pour les municipales à venir.

Mois de mars presque comme les autres, à Marseille. Longue file d’attente pour les taxis, à la gare Saint-Charles. « Un chauffeur de bus s’est fait balafrer au cutter, hier. Par un gosse de 14 ans qui trouvait que le conducteur avait mal parlé à sa mère, explique une jeune femme à son voisin. Alors tous les transports en commun sont en grève aujourd’hui. C’est Marseille », conclut-elle dans un sourire, mi-amusée, mi-désabusée. Trois jours auparavant, le 9 mars, un jeune a été froidement abattu à sa sortie des Baumettes. Le 13, deux jeunes sont tués en plein jour dans la cité des Bleuets par trois personnes cagoulées armées de kalachnikovs.

Renaud Muselier, longtemps considéré comme le dauphin de Jean-Claude Gaudin, est attablé à la terrasse d’un café, place Castellane, en plein coeur de ce que l’on appelait encore les quartiers bourgeois de Marseille il n’y a pas si longtemps. Il commente les derniers meurtres, comme beaucoup de Marseillais, quand trois coups de feu éclatent sur la place. Deux jeunes sont touchés, l’un à la cuisse, l’autre dans le dos. Ils réussissent à s’enfuir. Quelques minutes après, il ne reste de ce fait divers que les débris de verre d’une cabine téléphonique qui a volé en éclats. Le surlendemain, le corps d’un homme tué par balle sera retrouvé carbonisé dans sa voiture, puis une dentiste sera tuée par l’un de ses clients pour un litige de moins de 100 euros...

Une autre guerre est en train d’être déclarée à Marseille. Celle des municipales. Et comme Marseille... c’est Marseille, rien ne s’y passe comme ailleurs. Les candidatures se multiplient aussi bien à droite qu’à gauche et il est difficile d’y voir clair. À droite, Renaud Muselier a jeté l’éponge, l’année dernière, après avoir été battu aux législatives par la socialiste Marie-Arlette Carlotti. Il est persuadé que Jean-Claude Gaudin n’est pas étranger à ses déboires électoraux. Mais il reste l’absent que tout le monde surveille du coin de l’oeil. Au cas où... Quand il marche dans la rue, il ne peut s’empêcher de faire remarquer les trous dans les trottoirs, les façades noires, la pharmacie de garde qui a baissé son rideau de fer et ne fait entrer les clients qu’un par un, par peur d’une agression.

Jean-Claude Gaudin, 73 ans à la fin de ce troisième mandat, n’a jamais été autant critiqué. Celui qui a fait longtemps figure de deuxième dauphin, le député Guy Teissier, est le plus virulent. Il clame maintenant haut et fort que le maire devrait passer la main. Jusqu’ici, Gaudin a laissé planer le doute. Il s’interroge encore, dit-il, et ne se dévoilera probablement pas avant l’automne. Mais ne cache pas n’avoir qu’une seule envie, y aller. « Je ne m’interdis rien, confie-t-il dans son majestueux bureau, face au Vieux-Port. Je me sens en bonne santé.

Ma liste, quoi qu’on en dise, tient bon depuis six ans. J’ai évité de répondre à tous les petits tacles, pas toujours aimables. Regardez-le, il a son âge, il fait encore plus, il n’a pas maigri...J’ai entendu tout cela. Sauf que j’ai gardé l’unité. Je constate que je suis le mieux placé de tous les candidats de droite et mes amis de l’UMP, à Paris, me pressent déjà d’y aller. » La peur de perdre la ville ? « Un autre que moi, à droite, pourra-t-il la garder ? Tout le monde me dit : "Si ce n’est pas vous, c’est perdu." »

Jean-Claude Gaudin en est persuadé, ses "amis", malgré leurs critiques, rentreront dans le rang. Tout, dans ses propos, montre qu’il s’apprête à annoncer sa candidature à l’automne. Selon la dernière rumeur qui court dans la cité phocéenne, il pourrait proposer à la députée Valérie Boyer de faire un ticket avec lui : une femme, jeune, pour dynamiser son image. « Enfumage !balaye d’un revers de la main Guy Teissier. Gaudin serait aussi prêt à soutenir ma candidature à la communauté urbaine, pour me faire rentrer dans le rang. La vérité, c’est qu’il ne nous a rien dit. »

Si le maire sortant devait finalement annoncer son retrait ce qui semble de plus en plus improbable -, le député Dominique Tian déclarerait également sa candidature et la droite devrait elle aussi organiser une primaire. Qui susciterait sûrement d’autres vocations...

À gauche, la situation est encore plus complexe et le climat plombé par les affaires. Jean-Noël Guerini, le président socialiste du conseil général, a été placé en garde à vue, le 2 avril, dans le cadre de l’affaire des malversations financières autour des marchés publics. Le 5 mars, c’est le patron de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, le député Jean-David Ciot, qui avait été mis en examen pour "recel de détournement de fonds publics"... juste avant l’ouverture du procès de la députée PS Sylvie Andrieux, soupçonnée d’avoir fait accorder des subventions à des associations fictives à des fins électorales.

Des quatre candidats officiellement déclarés la ministre chargée des Handicapés, Marie-Arlette Carlotti, Eugène Caselli, président de la communauté urbaine, le député Patrick Mennucci et la sénatrice Samia Ghali, tous deux maires de secteur , aucun ne se détache. Ils font même étonnamment jeu égal dans les sondages. Comme si les électeurs ne voulaient pas les départager. Ils ont un point commun, souligne-t-on à droite : ils se détestent tous. Carlotti est la candidate de l’Élysée, les trois autres réclament une primaire. À première vue, ils auraient obtenu gain de cause de la Rue de Solferino, qui vient même de mettre la fédération PS sous tutelle. Justement pour assurer une organisation sereine de la primaire.

Mennucci en est persuadé, la gauche va prendre Marseille et l’on connaîtra le nom du futur maire -socialiste de Marseille à l’automne, à l’issue de la primaire. Mais on entend encore que l’Élysée n’est pas forcément favorable à cette primaire, qui risque de se dérouler à la marseillaise, c’est-à-dire dans le sang et les larmes.

Cette assurance des socialistes, pourtant englués dans les affaires, de prendre la deuxième ville de France, porte un nom : Stéphane Ravier. Il a 44 ans, il est le candidat du Front national, il a grandi dans les quartiers nord de la ville. Sondage après sondage, il obtient entre 18 et 20 % des intentions de vote. Ce qui complique singulièrement la tâche de Jean-Claude Gaudin, déjà secoué par les désaffections au sein de son propre camp. Mais qui compte sur un vote sanction pour la gauche en 2014, après l’effondrement de Hollande dans les sondages. L’élément le seul ? qui pourrait lui sauver la mise. Reste la rumeur d’un retour de Bernard Tapie. Il a promis ne pas être candidat. Mais à Marseille, on s’est toujours méfié des promesses.

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