Mediapart

Mario Monti peut-il s’asseoir sur les parlements nationaux ?

Par Ludovic Lamant

Mardi 11 mars 2014 // L’Europe

Les creux de l’été n’ont pas apaisé Mario Monti. Dans un entretien à l’hebdo allemand Der Spiegel du 6 août, le président du Conseil italien s’en est pris au pouvoir, qu’il juge exagéré, des parlements nationaux dans la gestion de la crise de l’euro. « Si les gouvernements doivent se laisser complètement brider par les décisions de leurs parlements sans préserver leur marge de négociation, l’Europe risque davantage d’éclater que de renforcer son intégration », a assuré Monti (lire l’intégralité de l’entretien en anglais).

Dans la ligne de mire de l’Italien, qui n’en est plus à une polémique près : le Bundestag allemand, mais aussi le tribunal de Karlsruhe (la Cour constitutionnelle allemande), qui ont tous deux leur mot à dire sur chacune des décisions prises par Angela Merkel lors des Conseils européens à Bruxelles. La mise en marche du tant attendu Mécanisme européen de stabilité (MES), ce « FMI à l’européenne », censé venir en aide, à court terme, à l’Espagne ou l’Italie, est ainsi reportée depuis des semaines, dans l’attente de la décision des sages de Karlsruhe, le 12 septembre prochain. Ces derniers jugeront de sa conformité avec la Grundgesetz, la loi fondamentale du pays.

« Il serait bon que l’on revienne à un peu de calme dans le débat », a éludé le porte-parole du gouvernement allemand, Georg Streiter, en réaction à l’entretien. « Le contrôle parlementaire constitue une condition préalable à toute décision », a répondu, de son côté, le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle, qui milite par ailleurs pour l’organisation d’un référendum sur l’Europe, en Allemagne (contre l’avis de la chancelière).

Mario Monti reçu par Angela Merkel le 11 janvier.
Mario Monti reçu par Angela Merkel le 11 janvier.© Bundesregierung / Jesco Denzel

Au-delà de la grosse provocation, Monti, ex-commissaire européen, ancien de Goldman Sachs, met le doigt sur une vraie disproportion : l’extrême lenteur de la prise de décision au sein de l’Union, qui prend des mois à concrétiser ses résolutions prises à 27 lors des sommets bruxellois, face au très court terme des marchés moutonniers, qui réagissent à la nanoseconde, et déstabilisent les Etats les plus mal en point.

La bataille pour sauver l’euro serait ainsi perdue d’avance. Pour certains dirigeants, l’Europe doit en tout cas trouver les moyens d’accélérer le rythme, d’enclencher la vitesse supérieure – quitte à faire l’impasse sur les arcanes nationaux, et contourner le contrôle parlementaire a priori.

La rengaine, chez Monti, n’est pas tout à fait nouvelle. « Super Mario », comme le surnomme une bonne partie de la presse financière anglo-saxonne, qui l’admire, avait proposé, dans une tribune parue en février dans plusieurs grands journaux européens, de « réconcilier les Européens avec l’Europe ». Pour lui, il n’est pas question d’impliquer davantage les députés nationaux (« La légitimation des décisions européennes collectives ne peut pas reposer sur eux »), mais plutôt de renforcer le parlement européen qui, « s’il était plus associé à la gestion de crise, serait un relais utile auprès des populations ».

Répondre à cet article