Marie-Antoinette Reine de France.

Vendredi 26 avril 2013 // L’Histoire

Si Raphaël Dargent place son ouvrage, au demeurant fort agréable à lire, sur le plan de la neutralité ni hagiographie d’une reine martyre, ni oeuvre de détestation de l’Autrichienne pour mieux glorifier la Révolution -, le lecteur ne s’en trouve pas moins placé devant les difficultés du genre. L’auteur lui-même en connaît les limites au point de prévenir dès l’introduction : faire l’histoire d’un individu ne peut être entièrement neutre et l’objectivité reste un voeu pieux. Comme toutes les biographies, Le Procès de la Reine n’évite pas les écueils de la position personnelle et tombe parfois dans quelques spéculations bien peu historiennes (ainsi les fantasmes d’une jeune femme sexuellement délaissée par ce bon gros futur Louis XVI tiennent assurément de la pure reconstruction).

Passés ces défauts inévitables, l’ouvrage ne manque pas d’intérêt. Son titre d’abord reflète parfaitement les vues de l’auteur. Le procès de la reine est à prendre à double sens : procès d’une femme, d’une reine, d’une vie (d’où l’impossible neutralité) ; procès judiciaire qui conduira, comme on le sait, l’infortunée à la guillotine. Sa construction ensuite, qui permet de suivre la trame d’une vie : élaboré comme un procès pénal (et politique), avec accusation, arrestation et condamnation, l’ouvrage est divisé en une vingtaine de pièces, à charge et à décharge, jusqu’au rasoir national.

La dimension politique de la biographie enfin : la vie de Marie-Antoinette, telle que présentée par Raphaël Dargent, qui évite la foison de détails des événements historiques, s’inscrit dans un contexte et en traduit l’essence politique, au sens large du terme. La reine prise dans l’étiquette et les coteries de Versailles, autrement dit dans une culture politique qui n’est pas celle de Schônbrunn, le poids de l’opinion publique, si important pour comprendre la fin de l’Ancien Régime et le début du processus révolutionnaire, ses attitudes face à la Révolution, tout cela forme un travail pertinent.

Dommage que, in fine, la relation du procès de Marie-Antoinette ne soit pas le plus percutant des passages ; procès politique évidemment, comme tous ceux traités par un Tribunal révolutionnaire précisément fondé à dessein. Peut-être aurait-il été bon de replacer ce procès dans le fonctionnement même de cette institution, dresser des comparaisons avec des procès disons plus ordinaires pour mieux en montrer - peut-être ? - le caractère exceptionnel ? On sait que contrairement au procès de Louis XVI, celui de Marie-Antoinette n’est pas des plus respectueux des normes en vigueur au niveau de son instruction.

L’auteur mentionne juste la conformité de la sentence avec le caractère reconnu de complot et de trahison, conformément au Code pénal révolutionnaire. Sans doute ce passage méritait-il davantage qu’un simple compte rendu de procès.

Aurions-nous condamné Marie-Antoinette ? La condamnerions-nous encore ? La dernière reine de la monarchie était-elle coupable ou innocente ? Telles sont les questions que pose finalement Raphaël Dargent. Sont-ce bien là des interrogations essentielles ? N’est-ce pas donner libre court à l’anachronisme et à une sorte de lecture réalité trop à la mode dans le monde télévisuel pour être convaincante ? Pour autant, l’ouvrage pose ce qui est assurément la clef de la courte vie d’une reine prise entre la fin d’un monde, celui d’un absolutisme de droit divin qui a bien été le système légal, et reconnu pendant deux siècles comme légitime et moderne (replacé dans son contexte), et la mise en place d’un nouveau fondé sur la souveraineté nationale et populaire, fruit d’un coup d’État, mais ne pouvant qu’exister par la violence révolutionnaire sous peine de disparaître.

Lire Marie-Antoinette, c’est donc s’interroger sur la nature profonde de la politique et à l’heure de ces lignes, cette démarche ne peut-être qu’un noble exercice.

Éric WENZEL
Raphaël Dargent - « Marie-Antoinette - Le procès de la Reine », Paris, Grancher, 2012, prix franco : 21 €.

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