Mariage pour tous : Un combat difficile.

Par Gérard Leclerc

Dimanche 14 octobre 2012 // La France

Le combat où se sont engagés beaucoup de chrétiens contre le projet gouvernemental de mariage homosexuel se déroule dans des conditions difficiles. On ne s’oppose pas impunément à une culture installée, qui dispose de tous les relais médiatiques possibles et qui a imposé depuis plusieurs années ses stéréotypes à l’opinion publique. Un débat sur des questions de société ajoute souvent aux pièges habituels de la dialectique les désagréments des situations personnelles. C’est là toute l’ambiguïté du concept d’homophobie qui empêche en fait de traiter de questions graves sous le prétexte qu’on risque de blesser des individus. Ainsi on finit par soustraire à la réflexion ce qui réclamerait l’examen le plus attentif, en érigeant des interdits paralysants. Cela s’opère au prix de dissimulations, voire de mensonges sur la condition homosexuelle. Celle-ci est unanimement présentée à l’aune d’une normalité équivalente à celle de l’union de l’homme et de la femme, ce qui constitue une contre-vérité dangereuse par la puissance d’illusion qu’elle propage. Le témoignage poignant de Philippe Ariño s’érige à lui seul en déni d’une telle malhonnêteté intellectuelle.

Mais attention  ! Les traquenards de l’homophobie ne doivent pas déterminer des conduites dommageables à la dignité des personnes et à la délicatesse des sensibilités. Il faut se méfier également de certains discours catégoriques qui manquent de discernement et risquent de justifier des conduites inadmissibles de réprobation qui aggravent plus qu’elles n’arrangent les situations que l’on stigmatise. Les choses sont assez compliquées pour qu’on ne les complique pas davantage. Certaines croisades comminatoires sont non seulement contre-productives, mais elles rendent de signalés services à la cause adverse qui n’attend que cela pour triompher. On devrait avoir retenu les leçons de la bataille du PACS, où toutes les maladresses et surtout les provocations imbéciles ont été exploitées par l’adversaire pour rendre insupportables les militants du mariage et de la famille. Nous ne disposons pas de trop de temps pour convaincre une opinion toujours conditionnée par une propagande unilatérale.

Gérard Leclerc

Note : La note publiée par le conseil Famille et Société, dépendant de la Conférence épiscopale, est manifestement un texte de travail que l’on consultera utilement mais qui, sur certains points, réclamerait un salutaire réexamen.

  • Après avoir lu votre éditorial, j’aimerais vous faire parvenir un document de réflexions sur le sujet de 3 ou 4 pages qui est sous forme de fichier Word.
  • J’aimerais en effet avoir votre réaction : est-il agressif ou peut-il passer et être diffusé (en particulier à des députés) selon vous ?
  • Je vous remercie donc de bien vouloir me faire savoir comment vous faire parvenir ce document (par mél ou par courrier sous forme papier, ou ...).
  • Les opposants au "mariage" civil d’individus de même sexe font fausse route. Comme le dit l’Eglise depuis 1792, le "mariage" civil n’est pas en soi un mariage, mais un concubinage avec effets civils, ce qu’est actuellement le PACS ; le mariage, en jus gentium, est un état de fait, fondé sur le consentement réciproque et prouvé par la possession d’état. Le décret Tametsi du Concile de Trente, en vigueur pour les catholiques là où il a été promulgué, n’a fait que rendre obligatoire pour sa validité le témoin privilégié qu’est le proprius parochus. Au contraire, le mariage civil (constitution de 1791, II 7 ; loi du 20-25 septembre 1792) est radicalement différent puisque l’officier d’état civil, et non les époux, "fait" le mariage. Au fil des ans, il a perdu presque toute signification (divorce ad nutum, suppression de la puissance paternelle et de l’immutabilité des conventions matrimoniales, reconnaissance des enfants adultérins) et s’apprête à en perdre l’ultime. La solution évidente, qui devrait faire l’unanimité des croyants et des incroyants, serait la suppression du mariage civil, le PACS et un éventuel acte notarié suffisant à toutes les fins du "mariage" civil tel qu’il est devenu. Du coup, outre le statut des couples homosexuel, seraient résolus de nombreux problèmes, tels que l’anomalie des art. 199-200 CP exigeant le mariage civil avant le mariage religieux qui continuent à être appliqués après l’abrogation de leur cause civile - l’art.54 de la loi du 18 germinal an X dite loi organique - par la loi du 9 décembre 1905, ou le statut des enfants naturels ou adultérins, la notion civile d’enfant légitime disparaissant.
  • Il serait temps que les catholiques, et en particulier la hiérarchie, prennent acte du fait qu’ils vivent dans une société pour laquelle non seulement le droit canon mais aussi le droit naturel n’existent pas. "Quand j’entends parler de nature humaine, je tire mon revolver" disait à peu près Jean-Paul Sartre.

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