Marche ou crève !

Jeudi 27 mars 2014 // La France


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Entreprise mon amour... C’est le nouveau credo de la gauche au pouvoir. Les « visiteurs du soir » de François Hollande ont bien fait leur travail et nous voilà dans une vision économique qui ne peut pas manquer de nous enfoncer un peu plus. Mais de quoi s’agit-il ?

L’économie peut se concevoir de bien des façons différentes, mais pour faire simple, deux grands modèles nous sont présentés. Le premier qui a longtemps prévalu depuis le XXe siècle est celui de la demande. Les besoins entrainent des productions qui créent des emplois. Les salariés créent alors une nouvelle demande qui vient assurer la croissance et le développement économique et social. Ce modèle implique un certain encadrement de l’économie, tant au niveau des salaires qu’à celui de la protection sociale ou de l’assurance que les consommateurs seront bien servis.

Le second est celui de l’offre. Cette fois ce sont les agents économiques qui, parce qu’ils sont libres de toutes entraves, autant que possible, créent de la richesse et les emplois. Les ultra-libéraux tiennent beaucoup à leur liberté qui implique une moindre protection pour les salariés et les consommateurs, des profits maximisés en participant aussi peu que possible aux charges de la société. C’est ce modèle qui a les faveurs de notre gouvernement. Soyons justes, le pli est pris depuis trente ans environ et on ne fait que pousser plus loin la logique d’un système qui à la particularité de ne pas fonctionner. Quelques remarques.

Délire

D’abord, ce ne sont pas les entreprises qui créent les emplois. On n’a jamais vu un industriel fabriquer des produits destinés à ne pas être vendus. Le principe de l’entreprise est de fabriquer ou de proposer un service qui trouvera preneur. Vous pouvez déréguler tant que vous le voudrez, ramener les cotisations sociales à rien, ce n’est pas ça qui fait vendre. Les emplois sont créés par le carnet de commandes qui en se remplissant amène les entreprises à embaucher pour faire face à la... demande.

Étrange paradoxe cette volonté de permettre aux entreprises de payer toujours moins leurs salariés, d’amoindrir leur couverture sociale, d’allonger le temps de travail et d’espérer qu’ainsi les commandes afflueront. Paradoxe seulement apparent. En effet, le modèle des tenants de l’offre, c’est la production destinée à l’exportation. Le marché intérieur semble ne pas compter. Curieuse façon de voir les choses quand on sait qu’en France la production est, au trois quarts absorbée par le marché interne.

Une fois pour toute, la France n’est pas l’Allemagne. Le marché intérieur outre-Rhin est atone, la population en voie de diminution et de vieillissement, les salaires ont baissé. Chez nous, la population augmente, est plus jeune et ses besoins sont en constante augmentation. Ce choix de politique est un parfait non-sens.

Offrande

Ce terme est bien choisi dans un article publié le 5 mars par Médiapart. C’est bien de cela qu’il s’agit : offrir au Medef tout ce qu’il demande et si possible aller au devant de nouveaux désirs. L’entreprise est reine, il faut ménager les entrepreneurs, les assister, les financer, les « déstresser ». Rien ne doit être négligé pour leur faciliter la vie. On va encore abaisser les charges, ce qui est déjà fait depuis trente ans. Le souci est de placer le curseur. On va privilégier les bas salaires qui sont déjà largement déchargés jusqu’à 1,6 ou 2,5 smic. Depuis le temps que l’on procède ainsi, aucun résultat positif : le chômage a explosé et la croissance baisse de 1 % par décennie. Rien n’y fait, le comportement infantile de gosse mal élevé du patronat fait qu’il en demandera toujours plus. François Hollande a ouvert la boite de Pandore, les exigences s’ajouteront aux exigences à mesure que se fera plus patent l’échec de cette politique imbécile. Des contreparties ? Ne nous faites pas rire ! Le patronat serait bien en mal d’en donner. Il n’y aura ni créations d’emplois ni croissance générés par ce choix mortifère. Ce plan est à côté de la plaque et vous verrez qu’on nous servira encore la même antienne : si ça marche pas c’est qu’on n’est pas allé assez loin.

Ce pacte de responsabilité sera un échec cuisant et il générera la déflation et une récession sans précédent. Cela n’empêchera pas les économistes en vue et les commentateurs serviles de poursuivre sur leur lancée. La libération des instincts mène toujours à la catastrophe. N’oublions jamais que la quintessence de la politique de l’offre est représentée par la Rome antique, société fondée sur la violence politique et militaire et sur l’esclavage. Sans ces éléments, Rome n’aurait jamais réussit à exister.

Ce modèle n’est pas tenable et les risques trop importants. Les salariés ne sont pas pris en compte, leur stress à eux ne compte pas. A en croire le Medef, les employés sont des sangsues. Qui est avide ? Qui est cupide à un stade jamais encore atteint ? Il n’y a plus de frein au cynisme et à la lutte des classes. Le patronat veut tout sans rien offrir en échange. Pourquoi ne pas proposer aux Français de payer pour avoir un emploi et de remettre à l’ordre du jour le travail des enfants. Exagérations direz-vous ? En êtes-vous si convaincus ?

Les renoncements grandissent toujours, les exigences se font plus conséquentes et plus violentes. La situation des salariés ne peut que se détériorer, le marché intérieur que se rétrécir. Tous les petits avantages générés par le plan s’évanouiront avec un seul mouvement sur les monnaies. Faute d’avoir su et surtout voulu conserver sa souveraineté économique et monétaire, notre pays en est réduit à faire de la déflation pour tenir. Tenir est un mot mal choisi, c’est de l’illusion de tenir qu’il s’agit... La catastrophe est au bout.

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