Marché du travail : Une réforme hasardeuse.

Lundi 29 octobre 2012 // La France

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Syndicats et patronat, qui s’étaient quittés à la mi-juillet après la Grande conférence sociale, se retrouvent en cette rentrée autour de la table de négociations afin de définir les grands axes d’une réforme du marché du travail.

Difficile de percevoir quelles sont les intentions des uns et des autres, soit parce qu’ils adoptent une posture, soit parce qu’ils se livrent à un lobbying effréné et opaque, soit parce qu’ils traversent une crise interne.

Présentée comme « une innovation profonde pour notre démocratie sociale », la Grande conférence sociale s’est tenue les 9 et 10 juillet dernier à l’instigation du gouvernement. Elle avait pour ambition de rétablir la confiance - mise à mal par les derniers mois de la présidence Sarkozy - entre l’Etat et les partenaires sociaux et elle a suscité des réactions diverses de la part de ces derniers. Le 10, à la sortie de l’hémicycle du Conseil économique, social et environnemental où Jean-Marc Ayrault venait de décliner sa feuille de route, Laurence Parisot avait du mal à cacher sa déception, voire son agacement. De toutes les mesures présentées par le Premier ministre, seules deux d’entre elles ont trouvé grâce à ses yeux.

C’est peu dire, en effet, que la présidente du Medef n’a pas apprécié la fin de la négociation sur les accords compétitivité-emploi lancée en mars sous la pression de Nicolas Sarkozy ; la volonté du chef de gouvernement de voir des représentants du personnel entrer dans les conseils de rémunération des entreprises ou encore le lancement d’une réflexion sur la représentativité patronale, pour ne citer que les mesures les plus emblématiques. En revanche, la création d’une mission sur la compétitivité des entreprises, dont la présidence est confiée à Louis Gallois, et le lancement d’une réforme du financement de la protection sociale, qui devra être bouclée en 2013, ont comblé d’aise la patronne des patrons qui voit dans ces deux annonces une porte ouverte vers la diminution du coût du travail. Durant le mois d’août, le contact a été rétabli avec le président de la République, qui a invité à sa table plusieurs représentants ’ du patronat, et avec le clef du gouvernement qui, à l’occasion de l’inauguration de l’université d’été du Medef, s’est livré à une véritable opération de séduction. De quoi envisager la négociation sur le marché du travail qui vient de s’ouvrir avec plus de sérénité.

De leur côté, les principales organisations syndicales ont été plutôt satisfaites de la feuille de route gouvernementale. Tous ont salué la méthode inédite, le changement de cap, la renaissance du dialogue social, mais deux d’entre eux ont aussi émis des réserves sur le fond. Bernard Thibault, pour la CGT, a ainsi regretté l’absence de mesures immédiates pour lutter contre les plans sociaux ; si Jean-Claude Mailly (CGT-FO) a apprécié la création d’un commissariat au dialogue social et à la prospective, il a cependant reconnu que, sur certains sujets, comme la fonction publique, les retraites, le financement de la protection sociale, il y aurait des tensions. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, a été le seul à s’enthousiasmer : en bon gestionnaire de la crise, il s’est félicité de l’ouverture d’une négociation sur le coût du travail, le chômage partiel, la compétitivité des entreprises...

La violente passe d’arme qui l’a opposé fin août à ses homologues de la CGT et de la CGT-FO, sur le coût du travail, laisse à penser que les négociations à venir, notamment celle sur la réforme du marché du travail, ne seront pas des promenades de santé. D’autant plus que la CGT, qui ne parvient pas à se mettre d’accord sur le successeur de Bernard Thibault, n’aura pas une ligne claire et se contentera probablement de faire ce qu’elle fait le mieux : jouer les empêcheurs de tourner en rond. Enfin, cette négociation sera l’occasion de juger Laurent Berger, qui devrait prendre les rênes de la CFDT fin novembre. On le dit moins arrangeant que son prédécesseur : reste à voir s’il saura mieux que lui résister aux sirènes patronales.

Améliorer à la fois la protection des salariés et la souplesse des entreprises, tel est le double objectif fixé à la négociation par le gouvernement. Cette négociation sur la réforme du marché du travail devra aboutir avant la fin de l’année faute de quoi le gouvernement devra légiférer. Michel Sapin espère que patronat et syndicats parviendront à un accord donnant-donnant. Pour ce faire, ils devront s’entendre sur quatre objectifs indissociables : lutte contre la précarité, l’anticipation des évolutions du marché du travail, la définition de dispositifs de maintien de l’emploi face aux aléas conjoncturels et la refonte de la procédure des licenciements collectifs. Derrière la nov langue, se cachent d’importantes régressions sociales, et surtout la volonté d’aligner la politique sociale de la France sur le modèle allemand.

Ainsi, en contrepartie d’une modulation des cotisations patronales destinée à décourager le recours aux contrats précaires (CDD, intérim, temps partiel subi... ), les salariés devront subir des périodes de chômage partiel, se former à des métiers en tension ou qui n’existent pas encore, à consentir des baisses de salaires et accepter une détérioration de leur protection sociale. La CGT n’est pas, pour l’heure, prête à signer un accord aussi déséquilibré, mais pourrait évoluer : il ne faut pas oublier qu’elle a appelé à voter pour François Hollande ; la CGT-FO non plus ne devrait pas apposer son paraphe au bas de l’accord, mais la centrale de Jean-Claude Mailly reste imprévisible ; la CFDT a déjà le stylo qui la démange ; quant aux petits syndicats (CFTC et CFE-CGC), ils devraient selon toute vraisemblance et pour des raisons différentes, se coucher : la première, parce qu’elle espère du gouvernement une interprétation en sa faveur de la loi d’août 2008 réformant la représentativité syndicale qui pourrait lui permettre de continuer d’exister, la seconde, parce que empêtrée elle aussi dans une guerre de succession elle n’a pas de temps à perdre dans la défense des salariés.

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