Politique Magazine

Manuel VALLS et la sécurité.

Viva Espanâ, el Rey et Manuel Valls.

Jeudi 29 novembre 2012 // La France

C’est, en réalité, pour expliquer la chute brutale dans les sondages du président Hollande que le ministre de l’Intérieur a eu ce mot : il voulait dire qu’une bonne politique ne peut se mettre en place en cinq mois. Ce qui est le bon sens même. Mais il est à craindre que cinq ans non plus ne suffisent pas. Ce sur quoi butent les hommes politiques - et qui a fait au premier chef l’échec de Nicolas Sarkozy -, c’est cette impossibilité pratique, quelles que puissent être leurs bonnes intentions, d’agir en fonction d’un « grand dessein », à moyen ou long terme.

UNE DIALECTIQUE DÉSESPÉRANTE

Le ministre de l’Intérieur hérite d’une situation qu’on ne saurait, bien entendu, lui imputer personnellement. Encore qu’en tant que hiérarque du PS, il a sa part de responsabilité dans la dérive politique du pays. Mais, au point où nous en sommes, on ne manquera pas d’éprouver un peu de soulagement à voir nommé, dans ce poste ultra-sensible, un homme qui s’inscrit dans la tradition jacobine naguère illustrée par Jean-Pierre Chevènement, pour qui l’unité du pays est prioritaire. Sa liberté de ton - par exemple quand il a enterré l’idée de fournir un récépissé après chaque contrôle de police, une « promesse » du candidat Hollande... - a quelque chose de rafraîchissant.

Son volontarisme pourrait l’être également s’il n’évoquait furieusement le quinquennat précédent. « Je veux faire oublier Sarkozy », dit-il. Or le risque qu’il court, c’est de lui ressembler comme un frère, avec cette désespérante dialectique d’un discours vigoureux suivi d’une impuissance de fait. Car la situation sur le terrain, elle, n’a rien de rassurant : elle continue inexorablement de se dégrader.

Au cours de l’été, deux dossiers brûlants se sont trouvés sous les feux de l’actualité : ce qu’on a appelé la « bataille de Marseille » - avec l’évidence d’une puissance croissante des gangs de la drogue - et l’affaire des Roms qui, pour ne pas être nouvelle, a pris depuis cinq ans une dimension plutôt inquiétante.

A Marseille, que des bandes criminelles tentent d’imposer leur pouvoir ’selon la logique des réseaux mafieux, c’est une tradition. Mais la mondialisation est une aubaine pour les trafiquants de drogues. Des gamins de 20 ans, dépourvus d’éducation et de toute conscience morale et civique, sont amenés à manipuler des sommes invraisemblables et à imposer leur ascendant sur le milieu où ils évoluent. Leur violence s’exerce autant à l’encontre de la police que contre leurs congénères. Une kalachnikov peut s’acquérir au marché noir pour 1 500 euros : hold-up et règlements de compte sont devenus monnaie courante. Les autorités nient l’existence de zones de non-droit, mais comment qualifier celles où une voiture de police ne peut circuler sans subir un caillassage ? Certes, la Police judiciaire et la Brigade anti-criminalité font un travail indiscutable.

Au plan national, les statistiques de saisies et confiscations de stupéfiants, d’armes, de véhicules et de biens immobiliers au cours du premier semestre de 2012 ont fait un bond de 150 % par rapport à zou. Mais est-ce l’efficacité policière qui s’accroît ou la criminalité qui explose ? Et dès qu’un caïd arrêté est libéré, son premier souci est de reprendre par la violence la place dont d’autres s’étaient emparé. Faut-il souligner les tensions que nourrissent, au sein de la hiérarchie policière, les comportements idéologiques et démagogiques de certains juges, encouragés par les prises de position de Christiane Taubira, garde des Sceaux ? Alors même que les policiers sont constamment sous pression, quotidiennement affrontés à l’indicible.

RENOUVELLEMENT RADICAL

Autre plat brûlant servi à la table du ministre cet été : les Roms. Dossier délicat, dans un contexte politique et culturel très différent de celui des immigrations maghrébine ou africaine. Manuel Valls fait de louables efforts pour appliquer une politique de relative fermeté (évacuation des camps illicites, reconduites à la frontière,...) tout en négociant avec la Roumanie la réintégration de dizaines de familles dans des conditions de stabilité assurée. Ce qui est à mettre en cause ici, c’est la politique d’ouverture européenne faite en l’absence de toute prévoyance (la Roumanie est membre de l’UE depuis le 1er janvier 2007). Il y a en Roumanie 2,5 millions de Roms. En France, ils sont environ 15000 une augmentation importante de ce nombre poserait de redoutables problèmes. Cependant, en 2010, Viviane Reding, membre de la Commission européenne, rapprochait la politique de la France de celle des Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale... Manuel Valls n’a pas encore été qualifié de nazi, mais l’U.E. a mis la France « sous surveillance ».

II faut bien admettre qu’être ministre de l’Intérieur aujourd’hui est une mission impossible. Ne serait-ce que parce que la situation budgétaire rend improbable de rattraper la croissance de la criminalité et des délinquances de tous ordres. Il faudrait des moyens considérables, que nous n’avons pas, pour assurer un contrôle efficace et durable des zones à criminalité élevée. En désignant quinze premières « zones de sécurité prioritaire » (ZSP), Manuel Valls paraît aller dans le bon sens, mais l’absence de moyens supplémentaires en relativise considérablement la portée. Le choix de ces zones prioritaires a par ailleurs révélé que certaines zones rurales ou péri-urbaines comme Méru et Chambly dans l’Oise, ou Lunel et Mauguio dans l’Hérault, encore épargnées il y a peu, sont désormais des zones de petite et moyenne délinquance (cambriolages, drogue, etc.)

Ce qu’il y a de juste dans les arguments mis en avant par notre garde des Sceaux, Christiane Taubira ( la catastrophe) - notamment les effets pervers de la prison elle-même génératrice de délinquance - se heurte, hélas, non seulement aux dérives idéologiques qu’elle entraîne, mais à l’absence des moyens nécessaires à une politique de répression, de rééducation et de réinsertion adaptée à des besoins en augmentation constante.

Ne pas voir là un signe - parmi bien d’autres - d’une société sans repère et minée par ses propres contradictions, serait faire preuve d’un aveuglement manifeste. La question de la sécurité est apparemment insoluble. Elle ne se résoudra pas sans un renouvellement radical des perspectives fondant notre vie sociale.

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