Mali : IBK dans la pétaudière.

Lundi 18 novembre 2013 // L’Afrique

Le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta - IBK, réconciliation man, a chaud aux fesses. Il a dû abréger sa dernière visite diplomatique en France [début octobre], et tracer direct vers son pays, pour se pencher sur la chaude ambiance qui secoue le Nord, notamment à Kidal et à Tombouctou. La parenthèse de l’élection présidentielle passée [il a été investi le 18 septembre], les activistes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, mouvement touareg) semblent décidés à remettre la pression sur le pouvoir de Bamako.

Ces groupes ont en effet annoncé, le 26 septembre dernier, qu’ils suspendaient leur participation aux discussions de paix avec le gouvernement, qui, selon eux, ne respecte pas ses engagements. Le fait est qu’aujourd’hui l’inquiétude grandit à nouveau. Les affrontements de ces derniers jours entre soldats maliens et combattants du MNLA, notamment à Kidal [bastion des indépendatistes touaregs], ne sont pour rassurer. Ils viennent au contraire fragiliser davantage la situation délicate d’un pays à peins convalescent, qui cherche à sortir de la longue crise sociopolitique et militaire dans laquelle il était depuis plus de dix-huit mois.

Et si l’on en croit le MNLA, ce sont les soldats maliens qui auraient mis le feu aux poudres en "tirant délibérément des rafales de mitraillette sur une unité mobile (du MNLA) qui circulait dans le centre de Kidal". Alors même que le chef de cette unité est "descendu de son véhicule en levant les mains" pour bien montrer que ses hommes n’étaient "nullement dans une position de belligérance". Pour le MNLA, il s’agit d’une "flagrante agression" qui a "poussé le reste de l’unité à riposter". Il y a donc fort à parier que les deux parties, qui se toisent à Kidal, bastion de la rébellion touareg longtemps (toujours ?) hors dut contrôle véritable des autorités de Bàmako, n’en restent pas là. 

Katachnikovmania. L’attentat suicide perpétré le 28 septembre à Tombouctou, revendiqué par l’organisation terroriste, sonne comme un retour des vieux démons. Des vieux démons, entre-temps matés par l’opération Serval de François Hollande, qui annoncent la montée de nouveaux périls.

Des feux qu’il faudra se dépêcher d’éteindre, d’autant que, ajoutant à l’inquiétude générale née de cette nouvelle vague de tension dans le Nord, les anciens camarades de l’auteur du coup d’Etat de mars 2012, le capitaine promu général Amadou Sanogo, ont eux aussi décidé de se faire entendre [en mars 2012, l’armée malienne avait provoqué un coup d’Etat pour réclamer de meilleures conditions de travail]. Ils ne se font pas entendre par le dialogue, mais par les armes. Ils revendiquent "galons, primes et avances de salaire".

Il y avait ainsi du mouvement [le 1er octobre] du côté de Kati et de Bamako. Quelques dizaines de soldats, mécontents de ne pas avoir obtenu de promotion - contrairement au général Sanogo - ont tiré en l’air, blessant au passage un proche du capitaine putschiste devenu général, qu’ils ont ensuite séquestré pendant plusieurs heures. "Ce n’est pas un problème entre l’Etat et nous, c’est un problème entre Sanogo et nous", a martelé l’un des soldats de cette saute d’humeur - ou kalachnikovmania.

Décidément, le Mali n’est pas encore sorti de la pétaudière et IBK a vraiment fort à faire pour réussir son herculéen travail de réconciliation manqué.

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