L’éditorial Par Yves de Kerdrel

Mais où est passé la droite ?

Jeudi 24 octobre 2013 // La France

Rarement les débats de société ont été aussi nombreux. De l’impossibilité d’intégrer les Roms à la future réforme pénale. Des naturalisations massives voulues par Manuel Valls à la liberté de travailler le dimanche ou en soirée. De la réforme ratée des rythmes scolaires aux nominations sectaires au sein du Comité consultatif national d’éthique. Sans compter l’actualité toujours aussi désastreuse dans le domaine économique et social. Avec un budget composé de fausses économies et de vrais impôts supplémentaires. Avec des chiffres du chômage manipulés de façon grossière, qui n’arrivent pas à cacher les nouveaux plans sociaux. Et avec une Sécurité sociale plombée par un déficit record.

Malgré tous ces sujets de préoccupation qui animent les conversations de bureau, les repas de famille et se reflètent dans l’extrême impopularité de François Hollande, l’opposition est absente, muette et donc inaudible. C’est à croire qu’à force de se regarder le nombril en se demandant s’il faut ou non exercer un droit d’inventaire sur le quinquennat précédent, elle a fini par en oublier que des millions de Français attendent d’elle un message d’espoir, des idées nouvelles, un air de liberté et surtout une capacité à dénoncer l’amateurisme, voire l’impéritie, du gouvernement Ayrault.

L’opposition, c’est d’abord fait pour s’opposer, aurait dit M. de La Police. Sauf que notre opposition est invisible. Sur les Roms, il est question des déclarations de Manuel Valls ou de celles, complètement contradictoires, de Cécile Duflot, mais pas des positions de la droite. Sur ce budget qui taxe un peu plus les Français et les entreprises sans donner lieu à de réelles économies structurelles, chacun a davantage entendu les désaccords entre l’aile sociale-démocrate de la gauche et l’aile jusqu’au-boutiste, que les critiques de l’UMP ou même celles du patronat. Quant au débat sur les naturalisations massives, les Français ont eu droit de la part de l’opposition à un étonnant silence radio.

Le pouvoir ne se reçoit pas. Il se conquiert. Région par région. Département par département. Ville par ville (on le verra dans six mois). Quartier par quartier. Et même porte par porte. Il se conquiert par la capacité à proposer des solutions face à l’exaspération incroyable des Français. Il se conquiert par l’omniprésence médiatique, afin de porter un projet, et non en bataillant les uns contre les autres. Il se conquiert par l’opposition forte face à des socialistes qui, faute de pouvoir relever la France, ont décidé de changer la société, de la dénaturer et même de la déconstruire.

Les millions de Français qui expriment chaque jour leur ras-le-bol à l’égard de cette majorité qui les "plume", qui les empêche de travailler, qui redéfinit les programmes scolaires en fonction de son idéologie, qui déstructure le mariage et la famille et s’attaque maintenant à la propriété en faisant en sorte que les locataires aient toute possibilité de ne pas payer leur loyer, attendent des prises de position fortes, claires et nettes de l’UMP. Ils préfèrent savoir ce que l’on fera demain, en 2017, plutôt que de connaître les coulisses ce la énième tentative de rabibochage entre jean-Louis Borloo et François Bayrou.

Compte tenu de ce néant, de ce silence assourdissant et des scènes de ménage qui émaillent les relations entre ténors de la droite, il n’est pas surprenant que Nicolas Sarkozy reste le candidat préféré des sympathisants UMP, très loin devant tous les autres. Il n’est pas étonnant que chacune de ses sorties en France donne lieu à une ferveur croissante. Son souvenir, sa présence et l’éventualité de son retour ont d’autant plus d’importance pour les Français qu’il reste le président qui s’est le plus battu pour défendre les valeurs qui fondent notre civilisation, une certaine forme de société et une idée de la nation qui sont toutes menacées par l’actuelle majorité.

Mais c’est bien connu, la nature a horreur du vide. De fait, moins la droite a le courage de s’opposer et d’exercer son devoir d’inventer, plus des partis peu représentés au Parlement comme le Front national ou Debout la République montrent leur capacité à séduire. Surtout, le pays réel, la France des invisibles, celle qui n’a jamais droit à la parole, commence à se faire entendre. Doucement. Mais sûrement. À travers les réseaux sociaux qui permettent de contourner l’omerta de l’audiovisuel public. Près de 2 millions de Français ont signé une pétition sur Facebook en faveur du bijoutier de Nice qui a fait l’objet d’un braquage. Moins la droite occupera le terrain de la riposte, plus les Français organiseront une résistance de l’intérieur. Comme d’autres générations ont su relever la France en fredonnant ces quelques mots : « Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? »

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