Mahomet.

Lundi 3 septembre 2012 // L’Histoire

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Drapeau de FranceMahomet1 (en arabe محمّد - Muḥammad), Muḥammad ou Mohammed, est un chef religieux, politique et militaire arabe de la tribu de Quraych. Fondateur de l’islam2, il en est considéré comme le prophète majeur. Selon la tradition islamique, il serait né à La Mecque en 570, le 12 du mois de Rabî`a al Awal, et mort à Médine en 632.

Les musulmans le considèrent comme le dernier des prophètes du monothéisme, au sens où il termine et scelle le cycle de la révélation monothéique abrahamique3. Ses biographies rapportent qu’il récitait à ses premiers compagnons (sahabas) les versets du Coran qu’il présentait comme la parole même de Dieu (Allah en arabe), transmise à lui par l’archange Gabriel. Le Coran aurait été compilé après la mort de Mahomet, à partir de transcriptions sur des supports divers, par ses disciples. Par ailleurs, ses actions et ses paroles forment la sunna qui est la seconde source à la base du droit musulman.

La fondation de l’islam, l’importance de la culture islamique transmis par les différentes confessions musulmanes, l’impact de son message et les interprétations auxquelles il a donné lieu ont influencé différentes cultures et civilisations au cours de l’histoire, faisant de Mahomet un personnage historique de premier plan.

Bref résumé biographique

Né en 570 à La Mecque dans la Péninsule arabique4,5, il est orphelin en bas âge et grandit sous la tutelle de l’un de ses oncles, Abu Talib. Il travaille ensuite principalement comme marchand ainsi que comme berger. Il est remarqué par Khadija pour son intégrité, qui l’engage afin de conduire son commerce caravanier vers la Syrie. Ils se marient en 595 ; il a alors 25 ans et elle 406. Mécontent de la vie à La Mecque, il se retire régulièrement dans une des grottes avoisinant la ville, afin d’y méditer et réfléchir. D’après la tradition islamique, c’est à ce moment-là, à l’âge de 40 ans4,7, qu’il reçoit la « révélation » de Dieu pour la première fois. Il ne commence à prêcher ces révélations que trois ans plus tard, en déclarant publiquement que « Dieu n’est qu’Un », que de se soumettre à Dieu (lit. l’islam) est le seul chemin autorisé et que Mahomet est lui-même un prophète, ainsi qu’un messager de Dieu8,9,10.

Au début, Mahomet gagne quelques adeptes11, mais il est accueilli avec hostilité par certaines tribus vivant à La Mecque, notamment les Quraych, et ce, malgré leurs liens de parenté ; ses fidèles subissent persécution et meurtres. Mahomet demande alors aux plus pauvres d’émigrer en Abyssinie12 tandis que les autres s’enfuient un peu plus tard pour trouver refuge dans la ville de Yathrib, qui est rebaptisée Médine et dont la plupart des habitants acceptent le message de l’islam. Commence alors l’hégire en l’an 62213, qui marque le début du calendrier musulman14. À Médine, ainsi que dans des villes avoisinantes, Mahomet unifie différentes tribus13 mais il entre en guerre avec les Quraych. Après huit années de combats, il finit par remporter la victoire et conquiert La Mecque, notamment grâce à ses fidèles qui forment désormais une armée d’environ 10 000 soldats. En 632, quelques mois après son retour à Médine, Mahomet tombe malade et meurt. À cette date, la presque totalité de la péninsule arabique est convertie à la nouvelle religion pour ne former plus qu’une seule entité politique et religieuse appelée « Oumma »15,16.

Mahomet est, selon la tradition, le fondateur de l’islam2. Il en est considéré par les musulmans comme le dernier des prophètes et des messagers17 dans le sens où il termine et scelle le cycle de révélation des religions abrahamiques. C’est donc à lui de restaurer la loi ainsi que la foi incorruptible du monothéisme d’origine tel qu’il fut apporté par Dieu à Adam, Noé, Abraham, Moïse et Jésus, ainsi que tous les autres prophètes venus avant lui18,19,8. Il s’avère être également un commerçant, un orateur, un réformateur social, un législateur, un diplomate et un chef militaire20.

Les révélations (ou Ayat, lit. « signes de Dieu »), sont progressivement « descendues » sur Mahomet jusqu’à sa mort sous forme de versets qui seront compilés en un seul livre : le Coran, considéré par les musulmans comme la « Parole de Dieu » autour de laquelle la religion est fondée. Outre le Coran, la vie de Mahomet (Sira) et les traditions (Sunna) nourrissent également la foi musulmane. La vie et les actes du prophète ont été commentés et critiquées au cours des siècles aussi bien par ses partisans que par ses opposants21. Si l’image de Mahomet dans la chrétienté du Moyen Âge et des époques plus ou moins contemporaines est très péjorative, l’évolution de l’histoire récente a atténué ce jugement10,22. L’islam, la culture musulmane transmise par les différentes confessions s’y référant, l’impact de son message et les interprétations auxquelles il a donné lieu, ont influencé et influence encore nombre de cultures et de civilisations, faisant de Mahomet un personnage historique de premier plan.

Ses noms

En arabe

Article connexe : Nom arabe.

Son nom est en arabe : محمّد (Muḥammad), que l’on peut traduire par « digne de louanges23 », et de façon plus complète Abou l-Qâsim Mohammed ibn `Abd Allâh ibn `Abd al-Mouttalib ibn Hâchim (أبو القاسم محمّد بن عبد الله بن عبد المطلب بن هاشم ) soit « père de Qasim, Mohammed, fils de `Abdallah, fils de `Abd al-Mouttalib, fils de Hachim ». Il est le premier à porter ce nom.
De nombreux autres noms lui ont été attribués, soit de son vivant, soit par la tradition islamique. On en compte deux cent un, dont Al-Mustafâ et Al-Mukhtâr qui signifient « l’élu », Al-Amine qui signifie « le loyal », Ahmad et Mahmoud qui sont dérivés de la même racine que Mohammed.

Dans le Coran et les hadiths, Mahomet est habituellement appelé « le messager de Dieu » (rasoul) (الرَّسول , ar-rasūl, « le messager », « l’envoyé »), plus de deux cents fois dans le Coran. Il est également désigné par l’expression (Nabi) (النَّبيّ , an-nabīy, traduit « le Prophète »). Ces deux appellations renvoient à une distinction faite en islam entre deux catégories de personnes investies d’une mission apostolique ; les messagers de Dieu, appelés aussi envoyés de Dieu, sont, d’après la terminologie islamique, les personnages qui auraient reçu la révélation de lois abrogeant les lois des messagers précédents, avec l’ordre de le transmettre aux hommes, tandis que les prophètes auraient reçu une révélation par les mêmes voies et l’ordre de transmettre aux hommes un message du messager précédent. Selon cette classification, tout messager est un prophète, mais tout prophète n’est pas messager. Les uns comme les autres auraient reçu la révélation, mais seuls les messagers amèneraient un livre ou une loi nouvelle. Selon la tradition musulmane il y aurait cent vingt-quatre mille prophètes et trois cent treize messagers[réf. souhaitée], le premier d’entre eux étant Adam, le premier des humains, et le dernier, Mahomet, l’un comme l’autre étant considérés comme des prophètes messagers24.

Lorsque les musulmans prononcent ou écrivent son nom, ils emploient la forme arabe et ajoutent généralement l’eulogie « prière et paix sur lui »25 qui peuvent se dire de plusieurs façons dont les deux principales sont "ṣalloullāhou `alayhi wa sallam" (صلى الله عليه وسلم ) ou bien "`alayhi salātou wa salām" (عليه الصلاة والسلام ). Pour chacun des autres prophètes cités dans le Coran ou encore lorsqu’ils parlent des anges, ils prononcent « sur lui la paix » "`alayhi salām" (عليه السلام ).

Le nom propre Mahomet dans la langue française

Mahomet est le nom propre français qui désigne habituellement le fondateur de l’islam. Il est aussi utilisé pour désigner certains personnages historiques de l’Islam comme les anciens califes, mais jamais pour les personnes ordinaires ou contemporaines26. Cette forme courante, qui est l’aboutissement d’une longue tradition écrite et orale, est assez éloignée de la prononciation originale arabe (محمد , mʊˈħæmmæd cliquer ici) mais il existe désormais une forme alternative qui est une romanisation plus récente de la forme arabe, qui, suivant la translittération scientifique plus moderne, s’orthographie en français Mohammed27. On rencontre également souvent la forme Muhammad, la plus courante en anglais contemporain (cf. infra).
Si on trouve la forme brève Mahum dans la Chanson de Roland, dès le XIe siècle, le nom du prophète de l’islam est connu depuis le VIIIe siècle dans le monde romanophone, au fil des contacts générés par l’expansion musulmane28. Toutefois dans les chansons de geste qui popularisent son nom sous diverses formes (par exemple Mahon ou Mahom29) à la suite de la prise de Jérusalem par les Turcs Seldjoukides (1078) et la prédication des croisades en Occident, Mahomet est assimilé à une divinité faisant partie d’un panthéon idolâtre des sarrasins, en compagnie de Tervagant, Apollin, Jupiter, Noiron, Cahu et d’autres30. Cette présentation adressée à un public laïc relève à l’époque soit de l’ignorance, soit d’une volonté de présenter l’adversaire sous un jour ridicule31.

Le nom français « Mahomet » serait, selon l’historienne Jaqueline Chabbi, la traduction de la forme latine « Mahometus »32 que l’on retrouve déjà au XIIIe siècle dans un ouvrage en latin de Raymond Lulle33,34 dont la première version - aujourd’hui perdue - était rédigée en arabe35. Un peu plus d’un siècle auparavant, c’est la forme « Machumet »36 qui apparait dans la traduction du Coran faite en latin à la demande de l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 114237. Ce dernier, contempteur des ennemis du christianisme38, présente Mahomet comme une créature satanique à mi-chemin entre Arius et l’Antéchrist39 mais fait montre de respect envers les musulmans40. Cette traduction latine servira pendant des siècles de matrice à toutes les autres en langue européenne41. Elle est publiée en 1543 puis 1550 à Bâle par le philologue protestant Theodor Bibliander42, constituant le premier volume de son fameux « Machumetis Saracenorum principis, ejusque successorum vitae et doctrina, ipseque Alcoran »43, ouvrage à connotation polémique44 qui rencontre un grand succès45 et sert à la première version française considérablement révisée par André Du Ryer, publiée en 164746sous le titre « l’Alcoran de Mahomet »47.

« Mahomet » n’est donc pas une transcription ou une francisation fautive des formes arabes, turques ou persanes actuelles, mais un nom propre ancien[interprétation personnelle], ainsi qu’en latin au XIIe siècle, et en grec auparavant. C’est pourquoi elle est commune à d’autres langues européennes comme l’anglais traditionnel, et reste assez proche des formes conservées dans d’autres langues romanes : Mahoma en espagnol, Maomé en portugais, Maometto en italien, Mahomed en roumain.
Toutefois le linguiste Michel Masson48 émet l’hypothèse, à l’aide de sources linguistiques et historiques prises dans des contextes et des époques variées, que « Mahomet » serait la transcription volontairement fautive de « Muhammad » et que cette déformation dénoterait un rejet du prophète de l’islam en Occident49. Il mentionne dans une note l’existence antérieure d’une forme grecque, « Maometos »50.

Évolution de l’usage

Mahomet est la forme française la plus communément attestée dans les encyclopédies et dictionnaires depuis le XVIIe siècle jusqu’à nos jours51, tandis que la forme arabe est en général orthographiée Mohammed. Les nouvelles transcriptions contemporaines du nom, Mohamed ou Mohammed ou Muhammad, ont parfois conduit à proposer l’adoption d’un nouveau terme en français. Cette question n’a toutefois pas été évoquée à l’Académie française. Cependant, l’Encyclopædia Universalis fait usage de la graphie Muhammad dans son article consacré au prophète de l’islam52, sous la signature de l’historien Maxime Rodinson53 et le dictionnaires Larousse titre son article Mahomet ou Muhammad54. Parmi les chercheurs et à titre d’exemples, Abdurrahmân Badawî, traducteur d’Ibn Ishaq, écrit Muhammad, Hermann Zotenberg, traducteur de Tabarî, utilise Mohammed55, Vincent Monteil, traducteur d’Ibn Khaldoun, utilise Muhammad56. À l’instar de ces derniers, nombre de spécialistes de l’Islam, n’utilisent plus la forme « Mahomet » dans leurs travaux en français57 quand d’autres restent attachés à cette forme savante32,58,59
Certains auteurs préfèrent par ailleurs user d’autres formes vernaculaires : Mohamed, Mouhammad ou encore Mamadou51.

Variantes dans d’autres langues

Il existe différentes variantes et usages du nom et de ses dérivés. Mohamed est une forme rencontrée dans le Maghreb60. Elle est traditionnellement utilisée en français pour le prénom des personnes vivantes, la forme Mahomet étant réservée aux personnages historiques61.

Mouhammed est une version arabe qui s’écrit avec les quatre consonnes mîm, hâ’, mîm et dâl. En turc, on trouve Muhammet ou Mehmet, Mohand en langue berbère ou encore Mamadou dans certains pays d’Afrique noire, par déformation de la forme déclinée au nominatif : Mouhammadou.

Mahound est une manière péjorative dont Mahomet a été désigné en anglo-normand pendant le Moyen Âge, par exemple dans la chanson de Roland62,63, au point de devenir un nom commun64. Ce nom a été utilisé à une époque où Mahomet a pu être décrit comme une déité que les musulmans auraient adorée ou encore comme un démon ou un cardinal romain qui avait inspiré une fausse religion aux musulmans. Mahound en est alors venu à simplement désigner le diable dans l’Occident chrétien65,66. Plus récemment, Salman Rushdie dans les Versets sataniques utilise ce terme pour désigner Mahomet. En Andalousie orientale, dans la comédie baroque, le personnage d’un bouffon nommé el Mahoma, très libre dans la construction de son jeu de scène, représente avec humour « une altérité négative »67.

dans le Coran

Dans sa période mecquoise, le Coran qualifie Mahomet de contribule ṣâḥibu-kum des siens, puis, en période mecquoise tardive, de message fidèle ou sûr (rasûl). En période médinoise, Mahomet est proclamé messager de Dieu rasûl Allâh, et prophète nabî. Quatre passages coraniques, tous médinois, nomment Mahomet par son nom personnel Muḥammad, qualifié par rasûl, un cinquième sous le nom de même racine Aḥmad (« Ordre de bataille », LXI, 6 ; (ar) ).

Contexte historique

Le contexte en Arabie

Au sud


Principales tribus avec leur localisation en Arabie à l’époque de Mahomet

La langue du Sud est différente de celle du Nord de la péninsule d’Arabie. Le Sud était en plein déclin, après la chute du royaume de Saba, qui avait duré des millénaires. Les Himyarites sont les derniers souverains de cette région. Dhu Nuwas fut le dernier roi de la dynastie à la fin du Ve siècle, il se convertit au judaïsme et punit les chrétiens à cause de la persécution des Byzantins. Les Éthiopiens, majoritairement chrétiens, prennent la région. Vers 575, les Perses font une incursion. La domination des deux est éphémère.

Les habitants étaient sédentaires et habiles dans la construction de digues ; ils étaient bons agriculteurs. Ils produisaient et exportaient les épices, la myrrhe, l’encens, les aromates, etc., à une partie du monde. Les routes étaient prospères en temps de paix (voir l’accord signé entre les Arabes et les Romains à l’époque de l’empereur Philippe l’Arabe, à la fois arabe et romain).

Le Yémen était une société monarchique et ses habitants étaient polythéistes. La découverte de plusieurs inscriptions laisse penser qu’une partie de la population savait écrire68.

Article détaillé : Histoire de l’Arabie préislamique.

Le centre et le nord

Les régions plus au nord étaient influencées par la culture araméenne hellénisée. Les voies commerciales étaient établies. Les Nabatéens fondent leur royaume dont la ville de Pétra fut la capitale. Trajan concrétise une province romaine au nord de la Nabatène. De 244 à 249, Philippe l’Arabe dirigeait toute la province. Au sud la Syrie était connue sous le nom de Palmyre, Odénat (Udhayna) était le premier souverain puis sa femme Zénobie (Zayneb) le remplaça. Aurélien prend la région puisque presque la totalité de la population était semi-nomade ou nomade. L’histoire demeure obscure au sujet des autres dynasties Lihyan et Thamud. Des inscriptions relèvent l’existence des deux pays. Le peuple de Thamud est cité de nombreuses fois dans le Coran, comme un peuple rebelle n’ayant pas voulu écouter son prophète SâlihNote 1, etc. En 384, le traité de paix entre les Sassanides et les Romains fait arrêter les guerres dans la région. Cette paix durera jusqu’en 502. Les Byzantins et les Perses pratiquaient les routes de la région qui étaient sûres68.

Entre les IVe et VIe siècles, La région se dégrade par la suite. Les Byzantins et les Sassanides se sont désintéressés de cette région. La société arabe demeure tribale. L’élevage était important pour la survie, parfois les Bédouins attaquent les caravanes des arabes qui habitent les contrées sédentaires. Les tribus arabes avaient un chef élu et avaient un conseil formé de membre de la même famille (Ahl al-Bayt) (les gens de la maison). La religion des tribus était polydémonisme68.

La Mecque

La Mecque réunissait les grands marchands dont ceux de la tribu des Quraychites. Ces derniers concluaient des traités avec les Byzantins, les Éthiopiens, les Sassanides, etc. Les notables de la ville dirigeaient tout par l’intermédiaire d’un conseil (madjles)68.

La littérature

La poésie arabe tenait une place importante dans La Mecque. Les premiers écrits seront compilés deux siècles plus tard dans deux recueils de poèmes : les Mu’allaqât et les Mufaddaliyat (en). Ces ouvrages de synthèse donnent une vision partielle de ce que pouvait être la littérature de l’époque. Il est probable que seules les meilleures parties de poèmes aient été conservées.

Rites et religions


Statues païennes de la déesse al-Uzza dans le temple Manatu de Petra (Jordanie).

Les hommes de la tribu de Mahomet, les Quraychites avaient la réputation d’enterrer leurs filles vivantes avant l’apparition de l’islam69. Cette tribu fut la plus hostile à la nouvelle religion.

Le polythéisme arabe existait depuis longtemps. Il y avait plusieurs religions préislamiques chez les Arabes70. Les spécialistes soulignent trois groupes importants dans l’Arabie méridionale, centrale et septentrionale. Le Coran révèle plusieurs divinités de cette époque (Allat, Houbal, Manat, Nasr, Uzza, Wadd, Yaghoûth, Ya`ouq, etc.70). Le culte des morts existait chez les Arabes, mais il est mal connu. Le culte des anciens était assez répandu, davantage chez les Arabes sé.

La Ka’ba faisait l’objet de visites et de rites sacrés chez les Arabes avant Mahomet70. Certains chercheurs parlent d’animisme arabe71. Il existait des communautés d’Arabes chrétiens. Les Arabes judaïsés étaient éparpillés dans la région, principalement dans les villes de Yathrib (Médine) et de Khaybar. La tradition les décrit comme étant des agriculteurs et des artisans68.

Quelques décennies avant la naissance de Mahomet, le mouvement des hanifs naît en Arabie d’une frustration vis-à-vis des religions existantes et aspire à la restauration de la religion d’Ibrahim (Abraham). Les adeptes de ce mouvement s’écartent de ce qu’ils considèrent comme des turpitudes (beuveries et luxure) dont les Arabes seraient devenus coutumiers au fil des siècles et du culte des divinités. La venue annoncée de l’ultime prophète occupe les cercles religieux et fait l’objet de surenchères entre les différentes communautés religieuses qui espèrent le soutien victorieux de « l’envoyé du ciel »72.

Le Coran affirme que la venue de Mahomet comme messager venant pour toute l’humanité est annoncée dans la Tawrat (la Torah) et dans l’Injil (l’Évangile) sous le nom de Ahmed : « Et quand Jésus fils de Marie dit : ô Enfants d’Israël, je suis vraiment le Messager de Dieu [envoyé] à vous, confirmateur de ce qui, dans la Torah, est antérieur à moi, et annonciateur d’un Messager à venir après moi, dont le nom sera Ahmad. Puis quand celui-ci vint à eux avec des preuves évidentes, ils dirent : C’est là une magie manifeste73. »

Le terme ahmadu utilisé dans le Coran peut aussi se traduire simplement par « très loué » ou « dont le nom sera très loué74. »

Contexte étranger

Le chroniqueur médiéval Tabari énumère des signes censés annoncer sa venue :

  • Le premier signe a été l’effondrement de la voûte du palais de Madâin (Ctésiphon)75.
  • Les habitants de l’Empire byzantin se rebellent, tuent Maurice75 en 602 et mettent sur le trône Phocas.
  • Le roi de Perse Parwiz76 a failli tomber dans l’eau alors qu’il franchissait un pont emporté par le fleuve75. Parwis a demandé à ses astrologues la signification du mauvais sort qui le poursuit. L’astrologue lui répond qu’une nouvelle religion va voir le jour75.
  • Parwis a envoyé un général du nom de Sadran pour exterminer tous les chrétiens de Jérusalem avec pour résultat trois mille morts75.
  • La guerre entre les Grecs et les Perses. Kesra76 (Kesra-Parwîs) a perdu la guerre77.
  • La bataille de Dhi Qar. Kesra a perdu la bataille contre les Lakhmides, Arabes christianisés, en révolte contre leurs suzerains sassanides77 en 611.

Biographie


Frontispice d’une vie de Mahomet publiée en anglais au XVIIIe siècle.

Article détaillé : Sira.

Selon les chroniqueurs musulmans de la Sira comme Ibn Ishaq, Tabari, Ibn Kathir, Ibn Hicham, etc., Mahomet nait à la Mecque, alors importante ville, au carrefour de plusieurs routes caravanières. Avant sa mission prophétique, Mahomet est un marchand. Après le début de sa mission prophétique, il est perçu comme une menace pour les intérêts économiques des tribus arabes en charge de l’administration de la ville, craignant que le discours du monothéisme ne fasse fuir les caravaniers aux diverses croyances, dont certains faisaient le déplacement à la Mecque en pèlerinage. Mahomet est contraint de fuir la Mecque à la mort de son oncle, marquant l’Hégire, l’an un de l’ère musulmane. Il se rend à Yathrib, qui sera connu plus tard sous le nom de Madinat el Nabi, ou ville du prophète, qui deviendra par la suite simplement Médine. Là, il continue sa mission et devient un chef politique et militaire. Il mène sa première bataille à Badr, où il attaque les caravanes mecquoises chargées des avoirs pillés dans les maisons de tous ceux ayant suivi Mahomet à Médine. C’est à l’issue de cette bataille que l’islam sera fondé politiquement. De bataille en traité, et devant le nombre important de convertis, La Mecque dépose finalement les armes devant les troupes de Mahomet. Mahomet rentre triomphant à la Mecque. Il devient alors homme d’État pour unifier l’Arabie sous une seule idéologie, religieuse : l’Arabie, avec une langue unique, une culture unique, des valeurs uniques, pouvait ainsi trouver son unité.

Sources

Sur la première partie de sa vie

Jusqu’à l’âge de 40 ans, on ne sait pas grand chose de sa vie. Elle est reconstituée d’après la tradition orale, mise par écrit 140 ans après sa mort, grâce aux témoignages indirects de ceux qui avaient connu ses premiers compagnons. « C’est dire combien l’imagination a pu travailler pendant ce laps de temps », explique l’historien Maxime Rodinson78 ».

Cependant, selon les sources écrites disponibles, des biographies de Mahomet ont été déjà écrites par les enfants de compagnons de Mahomet. La première biographie écrite sur Mahomet est celle d’Urwah ibn al-Zubayr (en) (mort en 713) petit-fils d’Abu Bakr, fils d’Asmaa bint Abu Bakr et de Zubayr ibn al-Awwam, deux compagnons de Mahomet. Il rédigea cette biographie se basant sur les témoignages de plusieurs autres compagnons de Mahomet. Son ouvrage, dont nous ne disposons plus, a inspiré les biographes tels que Tabari, Al-Waqidi et Ibn Ishaq79. De même, le fils du troisième calife, Abân ibn `Othmân (mort en 724) compte parmi les premiers auteurs de sira chez qui puiseront les biographes ultérieurs. Citons également le manuscrit qui décrit les batailles de Mahomet qui se trouve à Heidelberg en Allemagne, écrit par Wahb ibn Munabbih (en) (mort en 728) fils d’un autre compagnon de Mahomet nommé Munabbih ibn Kamil (en), comme autre source primitive en la matière. Il existait encore les biographies selon Churahbîl ibn Sa`d (mort en 741), Âsim ibn Umar ibn Qatida (mort en 738) et Abdallah ibn abi Bakr ibn Hazm (mort en 753) disparus, mais qui ont tous servi de sources écrites aux biographies rédigées après 758 et dont nous disposons encore79.

Selon ces biographies, Mahomet est d’abord berger puis caravanier avant d’entrer au service de Khadija, une riche veuve à la tête d’un commerce caravanier. Au moment de leur mariage, elle avait 40 ans (ou 28 selon ibn Habîb et al-Balâdhurî)80. Ils eurent deux fils (ou trois, selon les sources) qui mourront en bas âge : Al-Qâsim et `Abdullah (parfois appelé Al-Tayyib — Le bon — ou At-Tâhir — Le pur —), ainsi que quatre filles, Zaynab, Ruqayyah, Oumm Koulthoum et Fatima, la future épouse d’Ali, un des fils d’Abu Talib.

D’après le Coran, Mahomet ne savait ni lire, ni écrire. Il y est ainsi qualifié d’« ummî », c’est-à-dire d’illettré81. Néanmoins, pour certains, la qualité d’ummî n’exclut pas la maîtrise rudimentaire de la lecture et de l’écriture82. Dans une autre acception, le terme ummî peut aussi vouloir dire qu’il appartenait à un peuple ne sachant ni lire ni écrire ou encore un peuple sans Écritures (saintes). Enfin, selon l’historien Mohamed Talbi, le Prophète maîtrisait parfaitement la lecture et l’écriture et était d’une grande culture83.

Les hadiths

Articles détaillés : Sunna, Hadith et Grands Recueils de Hadith.

Pour le reste de sa vie, on dispose de quelques sources écrites. Des enseignements de Mahomet, ainsi que certains de ses faits et gestes, ses attitudes lors de telle ou telle bataille, furent mis par écrit très tôt. Voici une liste d’ouvrages rédigés déjà du vivant de Mahomet ou par ses compagnons : Abu Bakr, premier calife, aurait compilé 500 hadiths qu’il aurait détruits par crainte d’insérer des fautes84. Amr bin Hazm, gouverneur du Yémen du temps de Mahomet, a compilé tout un opuscule qui nous est parvenu intégralement85. Jabir ibn Abdullah al-Ansari a rédigé plusieurs ouvrages86. Samurah bin Jundab composa également un grand volume de hadiths87. Sa’d ibn Ubadah (en) rédigea également un important ouvrage de hadiths que sa descendance conserva88. Abdullah ibn Abbas, fils de l’oncle de Mahomet, a laissé de nombreux livres de hadiths à sa mort89. Abu Huraira rédigea la Sahifah as-Sahihah avec son disciple Hammam ibn Munabbih (en). Il avait mis par écrit de nombreux rouleaux remplissant un grand coffre en bois qu’il consultait fréquemment90. Salmân al-Fârisî (Salman le Perse, mort en 644/32H) a rédigé des hadiths qu’il communiqua à Abu Darda91. Abu Ayyub al-Ansari (en) rédigea un manuscrit contenant 122 hadiths qu’il transmit à ses enfants92.

Les ouvrages qui regroupent la quasi totalité des hadiths certifiés sont le Sahih al-Bukhari de Mouhammad al-Bukhârî (810-870) et le Sahih Muslim de Muslim ibn al-Hajjaj (821-875).

Naissance et enfance

Tombe d’Amina bint Wahb, mère de Mahomet.

Mahomet est né à fin du VIe siècle, la tradition retient la date de 57093, à La Mecque, cité caravanière vivant du commerce de marchandises transitant de l’Inde vers l’Occident via Aden puis la Syrie, en traversant le désert de la péninsule Arabique. Il serait né précisément un lundi soir, le 12 du mois de Rabî`a al AwalNote 2, troisième mois lunaire du calendrier arabe94.

Il est issu du mariage de `Abdullâh ibn `Abd al-Muttalib et d’Amina bint Wahb. `Abdullah était le fils d’`Abd Al-Muttalib, lui-même fils de Hâchim, prince des Quraychites, gouverneur de La Mecque et intendant de la Ka`ba. La tribu de Quraych (ou Koreish) est une ancienne tribu arabe et descend de Ghâlib, fils de Fihr, surnommé Quraych, guerrier puissant et redouté. Amina était la fille de Whab ibn `Abd Al-Manaf, chef du clan médinois des Banu Zuhrah. La famille de Mahomet est hachémite par référence à son arrière-grand-père Hâchim ibn `Abd Manaf. Les Quraychites se réclament de la descendance d’Ismaël, fils d’Abraham, et ont la garde de la Ka’ba, sanctuaire qu’auraient reconstruit Abraham et son fils Ismaël, selon la tradition musulmane, et désigné par le père des trois monothéismes comme un lieu de pèlerinage.

La mort de son père `Abdullâh survient avant la naissance de Mahomet à Yathrib (qui prendra plus tard le nom de Médine), en tombant gravement malade, alors qu’il revenait du Cham et voulait rendre visite à ses parents avant de retourner à La Mecque. D’après l’historien médiéval Tabari, c’est le grand-père de Mahomet, `Abd Al-Muttalib, qui lui donna ce nom qui était totalement inconnu à l’époque, après que la mère du Prophète lui a raconté un songe95. Amina accoucha à La Mecque dans la maison de son oncle paternel Abû Tâlib, du clan des Banû Hâchim et frère d’Abullah. Son accoucheuse fut Ach-Chifâ’, la mère de `Abd Ar-Rahmân ibn `Awf96.

L’année de naissance de Mahomet est appelée traditionnellement « l’année de l’éléphant », en référence aux évènements qui s’y seraient déroulés94. Le général chrétien éthiopien et vice-roi du Yémen, Abraha, aurait attaqué en vain La Mecque avec une troupe d’éléphants pour démolir le sanctuaire vénéré par les Arabes (la Ka’ba). Le Coran rapporte ce récit (Coran 105:1-5), et il est dit que l’attaque fut repoussée par la riposte miraculeuse d’oiseaux jetant des pierres brûlantes. La tradition musulmane dit que des témoins oculaires de cette attaque étaient encore en vie lors de la révélation de cette sourate. Plusieurs textes éthiopiens mentionnent l’apparition de ces mystérieux oiseaux[réf. nécessaire]. D’après Ikrima ibn abî Jahl, un des compagnons de Mahomet, les oiseaux avaient la tête comme celles des oiseaux voraces, et personne n’aurait plus jamais observé d’oiseaux de cette espèce dans la région, ni avant ni après l’évènement. Toujours d’après le récit d’Ikrima,les chroniqueurs rapportent que ces oiseaux n’auraient occasionné aux soldats que des blessures superficielles mais auraient été achevés par la vérole97.

Se trouvant dans une situation précaire, sa mère Amina le confie à une nourrice, d’abord à Thuwaybah, servante d’Abu Lahab, un autre de ses oncles, puis à Halimah bint Abi Dhuayb (en) as-Sa`diyyahNote 3 (de la tribu des Sa`dites, Banû Sa`d), et dont le mari était Harith, fils d’Abd al-`Ouzza, fils de Rifa. Tous deux faisaient partie du clan des Banu Sa`d98 et étaient pauvre99. À cette époque, la coutume des familles nobles de Quraych voulait que les enfants soient élevés à la campagne99. Celle-ci emporte le nourrisson dans le désert où son mari vit avec la tribu des Sa`dites à l’écart du reste de la population. La vie dans le désert, au milieu des Bédouins réputés pour la pureté de leur langue, était censée prodiguer aux enfants santé et force d’expression.

La tradition islamique raconte qu’alors que Mahomet et l’un de ses frères de lait avaient la garde de quelques bêtes à proximité des habitations, Halîma et son mari Abû Kabchah (surnom donné à son mari) furent alertés par leur fils de lait qu’il aurait vue deux hommes vêtus de blanc coucher Mahomet sur le sol et lui ouvrir la poitrine100. Accourant sur les lieux, Halîma et son mari trouvèrent Mahomet debout mais tout pâle. Il leur aurait donné la même version que celle du fils de lait. Les deux hommes vêtus de blanc auraient été deux anges, envoyés pour purifier le cœur de l’enfant, destiné à être prophète de l’islam, et pour apposer le sceau de la prophétie entre ses épaules101.

Craignant pour la santé de l’enfant, Halîma se serait empressée de rendre l’enfant à sa mère Amina mais celle-ci meurt trois ans plus tard102. Mahomet n’a alors que six ans. Son grand-père paternel `Abd Al-Muttalib le prend alors dans sa maison. Deux ans après, sur son lit de mort, `Abd al-Muttalib charge Abû Tâlib, l’aîné de ses enfants, de prendre soin de Mahomet. Il l’élève comme ses propres enfants103.

Jeunesse

Article détaillé : Enfance de Mahomet.

Alors que Mahomet a douze ans, Abu Talib décide de tenter sa chance dans le commerce caravanier avec la Syrie. Son neveu insiste pour l’accompagner.

À La Mecque, d’après les deux biographies (Sîra Ibn Hichâm et Sîra Ibn Kathir), Mahomet se serait distingué des gens de son âge. Une tradition, avec ses exagérations selon l’historien Maxime Rodinson, « en fait dès cette époque un modèle de perfection physique, intellectuelle et morale »104 : il aurait été fort, judicieux dans ses propos, énergique dans ses expressions, fidèle à ses amis et plus encore à ses promesses. Il aurait évité avec un soin extrême tout ce qui peut faire soupçonner en lui quelque goût pour le vice.

Vers 590, les Quraychites ayant déclaré la guerre (connue sous le nom d’al-Fijâr105l’impie) aux Tribus de Kénan (Canaan) et de Hawazan106, ils marchèrent contre elles commandés par Abu Talib. Mahomet, âgé de vingt ans (ou de quatorze ans107) se serait distingué par son intrépidité. Les deux Tribus sont battues et dispersées108.

Quelque temps plus tard, les fondations de la Kaaba sont gravement touchées par des pluies torrentielles108. Menaçant de s’effondrer, le sanctuaire doit être démoli et reconstruit par les Quraychites. Quand il s’agit d’y reloger la Pierre noire, une météorite qui serait vénérée par les Arabes depuis le temps d’Abraham, les tribus ne s’accordent pas sur le choix de celui qui aura l’honneur de replacer la pierre sacrée. Elles conviennent qu’il reviendra au premier qui se présentera le lendemain à la porte du temple. Selon cette tradition, cela aurait été Mahomet. Pour ménager les susceptibilités, il aurait enlevé sa cape et y aurait placé la pierre noire, qu’il aurait fait élever ensuite par deux Arabes de chaque tribu et la prenant alors, il l’aurait placée lui-même, sous le regard approbateur de tous les habitants de La Mecque, enchantés de la noblesse de cette action, pour démêler l’orgueil qui en avait été le motif109.

Naissance d’une religion

Premiers pas de l’islam

Article détaillé : Islam.


Mahomet recevant le Coran de Gabriel. Tiré du Jami’ al-Tawarikh (Histoire du Monde) de Rashid al-Din, Tabriz, Perse, 1307.

Mahomet effectue de nombreuses retraites spirituelles. La tradition musulmane affirme que c’est en 610 que, pour la première fois, l’archange Gabriel (Jibril) lui serait apparu dans la grotte de Hira où il avait coutume de se recueillir et lui aurait transmis, selon les croyances musulmanes, la révélation, la parole de Dieu. Mahomet, qui a alors 40 ans, commence à transmettre des versets qu’il déclare être révélés par Allah et dictés en arabe par Gabriel, cette dictée aurait duré vingt-trois ans. Les révélations se seraient accomplies ponctuellement ou régulièrement selon les péripéties de sa vie et de la communauté musulmane. Selon le dogme musulman, c’est là l’origine du Coran, que Mahomet aurait pris soin d’enseigner oralement dès le début.

La tradition rapporte que, effrayé par la première visite de Gabriel, Mahomet se serait réfugié auprès de son épouse et lui aurait raconté cette vision. Khadija aurait recouvert d’un drap Mahomet, à sa demande (d’où l’intitulé de la sourate : Al-Muzzammil, « l’enveloppé ») et se serait enquise d’avertir son cousin, Waraqa ibn Nawfal, qui était un chrétien nestorien et à elle aurait annoncé la nature prophétique de son époux. Plus tard, Khadija serait retournée voir son cousin, en compagnie de Mahomet. Waraqa lui aurait affirmé qu’il était bien un prophète de Dieu et que l’apparition de la grotte de Hira aurait été l’archange Gabriel.


La caverne de Hira, l’endroit où Mahomet aurait reçu le premier verset du Coran

Il aurait annoncé à Mahomet des difficultés dans l’accomplissement de sa mission, notamment un bannissement de sa tribu. D’emblée, Khadija aurait cru en son époux et lui aurait apporté un soutien inconditionnel ; elle est, de ce fait, considérée par les musulmans comme la première croyante. Mahomet aurait fait part secrètement de son message à ses proches, et avec eux il fonde, une sorte de « secte »110, un groupe de croyants qui se feront appeler plus tard les musulmans : nommés ainsi en référence à Abraham (muslim, celui qui se donne, qui se soumet volontairement à Allah). Puis, la prédication devient publique et s’étend à l’ensemble de la population mecquoise111.

La tradition place Mahomet au centre d’un noyau de fidèles. Selon l’historien médiéval Tabari, Khadija, aurait été la première à se convertir à l’islam et Waraqa serait donc la deuxième. Il aurait été le premier homme à suivre Mahomet parce qu’il savait que certains Juifs et certains judéo-chrétiens attendaient la naissance d’un prophète et de deux Messies112,113. Après sa femme Khadija et Waraqa, les premiers convertis à l’islam seraient par ordre chronologique : Abou-Bakr ; puis Zayd ibn Harithah (esclave de khadija et donné à Mahomet pour l’affranchir et même le considérer comme son fils) Bilal ibn Rabah (esclave de Omayyah Ibn Khalaf. Ce dernier l’a torturé parce qu’il s’est converti à l’islam. Il a donc été acheté par le plus riche des compagnons de Mahomet Abou Bakr pour être affranchi). Par la suite, plusieurs se convertiront à l’islam114. Au départ, les compagnons de Mahomet auraient été au nombre de trente-sept qui gardaient secret leur confession115. Bien que ses contemporains acceptent difficilement d’abandonner leurs croyances et leurs pratiques ancestrales116, en trois ans, il réussit à s’entourer d’une petite cinquantaine de disciples. Ils sont une centaine au bout de cinq ans.

En 619 traditionnellement, Mahomet, jusque là protégé par son oncle Abû Ṭâlib, est exclu du clan par le nouveau chef, son oncle Abû Lahab. Après une « protection temporaire », il aurait été exclu définitivement en 622, ce qui donna l’hégire.

L’hégire


Carte des différents trajets de migration musulmans au début de l’égire.

La croissance du groupe inquiète les Mecquois et les persécutions contre Mahomet117 et les siens se font de plus en plus vives après la mort de Khadija et d’Abû Tâlib. Une première vague d’immigration emmène une partie des musulmans en Éthiopie où ils vivent quelque temps sous la protection du négus ou roi d’Éthiopie. Mahomet profite de la saison du pèlerinage qui voyait affluer vers La Mecque les Arabes de toutes les régions de la péninsule d’Arabie pour prêcher le message de l’islam. Il conclut un pacte avec un groupe de Médinois qui acceptent son message. L’année suivante, la communauté musulmane médinoise est plus nombreuse. 70 hommes se rendent en pèlerinage à La Mecque pour prêter allégeance à Mahomet et lui proposer leur protection s’il s’installait à Médine118. L’ordre est donné aux musulmans mecquois d’émigrer (hégire) à Yathrib (future Médine) en 622119., an 0 du calendrier musulman.

Selon la tradition, Mahomet aurait été le dernier à partir, en compagnie de son fidèle ami et futur calife Abou Bakr. Ali, quant à lui, reste sur place avec pour mission de restituer les dépôts, dont Mahomet avait la garde, à leurs propriétaires.

Chef de guerre et fondateur politique de l’oumma

Mahomet réorganise Yathrib, où il est en même temps chef religieux, politique et militaire. Il s’appuie à la fois sur les deux tribus arabes et les trois tribus juives qui y vivent (voir l’article Tribus musulmanes et juives de Yathrib). Un pacte-constitution dit aussi charte de Médine, en fait huit documents rédigés à des dates différentes, régit les relations entre les différentes communautés religieuses qui habitent la ville, garantissant notamment à tous les citoyens la liberté de conscience. Néanmoins, ce nouvel ordre est venu contrarier les intérêts des notables de la ville, dont Abdullah ibn Oubayy ibn Salul et ceux des tribus juives de Médine.

Quelques juifs, par conviction, reconnaissant en Mahomet le prophète tant attendu à l’instar du rabbin `Abdullah ibn Salam, ou par opportunisme, embrassent l’islam120,121. Mais les Juifs de Médine ne se convertissent pas pour autant en masse. Au fil du temps, les musulmans déchantent et prennent leurs distances avec les « gens du livre ». La rupture est marquée lorsque la direction de la prière devient la Ka’ba à La Mecque et non plus Jérusalem.

Les musulmans font l’objet d’attaques de la part des Mecquois lorsqu’ils sont à Médine et se font voler leurs bien122. Afin de les récupérer, ils décident d’attaquer une des caravanes de Abu Sufyan. Pendant le mois de ramadan en l’an 624, la bataille de Badr éclate. Il s’agit du premier conflit mené par une armée musulmane stricto sensu. Elle aurait opposé 317123 soldats musulmans à un millier de soldats mecquois. La victoire contre les Mecquois assoit l’Empire musulman naissant et constitue un atout psychologique pour les musulmans. Le mois de jeûne, Ramadan, est par la suite fixé le mois anniversaire où aurait commencé la révélation du Coran ou, selon une autre version, pour commémorer la bataille de Badr.

Les Mecquois prennent leur revanche lors de la bataille de Uhud, en l’an 625. Supportant mal la mainmise des musulmans sur Médine, certains notables juifs, à l’instar de Salam ibn Abi Al-Haqiq, auraient profité de cette défaite pour se rendre à la Mecque et inciter les Mecquois à revenir à la charge. Afin d’en finir avec la menace que constituait à leurs yeux ce nouvel état, les Mecquois forment une coalition regroupant plusieurs tribus arabes dont Gatafan, Banu Sulaym, Banu Asad, Fazarah et Ashja. En l’an 627, une armée de dix mille soldats marche sur Médine, qui se retranche derrière un fossé creusé sur la proposition du compagnon de Mahomet, le Persan Salman Al-Farisi. Le siège de la ville s’installe dans la durée. Quelques escarmouches opposent les deux parties. La diplomatie mecquoise a tenté secrètement et a réussi à soudoyer la tribu juive des Banu Qurayza qui avait la charge d’une partie du front. Mahomet envoie quatre émissaires aux Banu Qurayza pour s’assurer de la réalité de leur soutien, mais les émissaires sont mal reçus et constatent la défection des Banu Qurayza. En parallèle, un homme de Ghatafan nommé Nuaym ibn Masud se convertit secrètement à l’islam et reçoit l’ordre de semer la zizanie entre les coalisés. Il réussit à faire douter les Banu Qurayza de la solidarité des coalisés en cas de défaite et fait douter les premiers de la sincérité de leurs alliés médinois. Exténués par le siège et les intempéries, les coalisés décident de lever le siège laissant les Banu Qurayza à leur sort. Après un siège de 25 jours, ces derniers sont soumis au jugement de leur allié de jadis, Saad ibn Muadh : les hommes de la tribu sont tués, leurs biens confisqués et leurs femmes et enfants sont asservis.

En 628, Mahomet part en pèlerinage à La Mecque à la tête d’un convoi de 1 400 pèlerins et multiplie les signes de ses intentions pacifiques. Les Mecquois leur refusent l’accès au sanctuaire, mais signent avec les musulmans la trêve dite d’Al-Hudaybiyya. En 632, la trêve est rompue lorsqu’une tribu alliée de La Mecque agresse une tribu alliée de Médine. Mahomet marche secrètement sur La Mecque à la tête de dix mille soldats. Aux portes de la ville, il garantit la sécurité de toute personne non combattante et déclare une amnistie générale. La Mecque se rend alors sans opposition.

À partir de l’hégire, il aura fallu neuf ans pour que toute l’Arabie embrasse l’islam. Mahomet ordonne l’arrêt des razzias entre tribus arabes déclarant lors de son Sermon d’Adieu : « Le musulman est intégralement sacré pour le musulman, son sang est sacré, ses biens sont sacrés, son honneur est sacré. ». L’unification de la péninsule arabe sous la bannière de l’islam n’est pas de nature à laisser ses puissants voisins indifférents. Mahomet décide donc d’envoyer ses ambassadeurs en Égypte, en Perse et à Byzance, entre autres destinations, pour transmettre son message. L’ère de la conquête au-delà de la péninsule va alors commencer.

Mort de Mahomet


Mort de Mahomet, Istanbul, 1595.

Après avoir réorganisé l’administration et assis l’influence de l’islam à La Mecque, il retourne à Médine, où il meurt le 8 juin 632124 âgé de soixante-deux ans après une courte maladie. Il est enterré dans son appartement mitoyen de la « mosquée prophétique ». Un agrandissement de la mosquée de Médine sous la dynastie omeyyade se fait autour de son tombeau, dorénavant à l’intérieur de la mosquée, isolé par un triple mur. La tradition musulmane rapporte aussi qu’il est mort en ne laissant rien comme héritage125, il ne possédait au moment de sa mort qu’une tunique, un pagne de tissu grossier126 et avait gagé son armure contre un gallon d’orge chez un juif127.

Par la suite, ses disciples continueront de se transmettre oralement et sous forme d’écrits les sourates, avant qu’elles ne soient rassemblées définitivement en un seul livre, le Coran, par le troisième calife Uthman moins de vingt ans après la disparition de Mahomet128.

Diplomatie et batailles internes

Article détaillé : Batailles de Mahomet.


Lettre envoyée à Héraclius, l’empereur byzantin.

Mahomet aurait participé à trente-cinq expéditions, selon les uns, à quarante-huit selon d’autres129 ou encore soixante-dix. Mahomet envoya huit ambassadeurs vers huit rois ou gouverneurs, pour les appeler à l’islam130.

Il s’agirait :

La lettre aurait contenu : « Au nom d’Allah clément et miséricordieux. Dis : Ô humain, je suis l’apôtre d’Allah, envoyé vers vous tous, de celui qui possède les cieux et la terre. Il n’y a pas de dieu en dehors de Lui, qui donne la vie et fait mourir [..] »133 La lettre finissait par « Salut à celui qui suit la droite voie. Mets-toi à l’abri du châtiment de Dieu si tu ne le fais pas, eh bien, moi je t’ai fait parvenir ce message ! »130.

Le récit de l’intervention des chrétiens qui ont défendu les troupes de Mahomet face aux Mecquois a été soulevé par la tradition. Mahomet aurait demandé le refuge d’une partie des musulmans en Abyssinie, chez les chrétiens éthiopiens après avoir subi le mécontentement des Mecquois134. Le roi éthiopien aurait accepté d’aider le groupe de réfugiés après avoir vérifié le contenu du Coran et la lettre de Mahomet. Mahomet trouve refuge chez la population de Yathrib après avoir quitté la Mecque. Il aurait recherché l’appui des juifs135.

Lettre envoyé au gouverneur de Bahrain.

Lettre attribuée à Mahomet, adressée à Muqawqas gouverneur d’Égypte.

Autre image de de la lettre envoyée à Muqawqas.

Aspects de la psychologie de Mahomet


Portrait de Mahomet, tiré de l’Histoire générale de la religion des Turcs de Michel Baudier. Paris (1625).

Article détaillé : Aspects de la psychologie de Mahomet.

L’historien Maxime Rodinson tente une approche psychologique du personnage de « Mohammad », en précisant : « Nous ignorerons toujours sa psychologie profonde dans ses détails. Sans prétendre recourir à une psychanalyse impossible et d’ailleurs douteuse, mais en tenant compte des tendances humaines sur lesquelles Freud a attiré notre attention, on peut faire quelques constatations et bâtir là-dessus des hypothèses psychologiques136. »

Selon Maxime Rodinson, « Mohammad donnait en général l’impression d’un homme sage, pondéré, équilibré. Toute sa vie nous le voyons réfléchir avant de prendre une décision, mener ses affaires publiques et privées de façon habile, sachant attendre quand il faut, reculer le cas échéant. »136.

« Et pourtant, derrière toute cette façade, il y a un tempérament nerveux, passionné, inquiet, fiévreux, plein d’aspirations impatientes ». Selon le même auteur, cela peut aller « jusqu’à des crises nerveuses d’une nature tout à fait pathologiques »136. Bref, « Mohammad », qui a réussi sur le plan matériel et politique, ne semble pas heureux. C’est un « insatisfait ». Une des raisons semble être « si étrange que cela puisse nous paraître »137,qu’il soit privé d’« héritiers mâles »137. « C’était là une honte chez les Arabes138 comme chez les Sémites en général, et on désignait les hommes qui en souffraient par le nom d’"abtar" (Coran, CVIII.)139. »137. « Cette incapacité de Khadîja de lui donner une descendance mâle viable devait servir de prétexte supplémentaire à une certaine insatisfaction (érotique, charnelle) envers cette femme irréprochable. »137.

Maxime Rodinson poursuit : « Une autre cause d’insatisfaction est sans doute à rechercher dans son ambition, « une ambition légitime, due à une nette conscience de sa valeur. » On aurait affaire à un « malaise d’homme ridiculisé pour sa stérilité en mâles, frustration de l’homme de tempérament érotique que sa propre conscience morale empêche de réaliser ses désirs, colère rentrée de l’homme intimement sûr de lui, méprisé par les réalistes de la politique ».

L’ensemble de ces frustrations s’ajoute, selon Maxime Rodinson, à une « constitution pathologique ». C’est ainsi qu’il explique l’épisode des anges venus "lui ouvrir le cœur" quand il était enfant : Mahomet avait alors 6 ans et son père nourricier inquiet avait dit « Halima, j’ai peur que ce garçon n’ait eu une attaque, ramène le à sa famille, avant que cela ne se déclare »140. « Mohammad », sujet à des crises nerveuses, était aussi de ces personnalités exceptionnelles « aptes à voir, à écouter, à ressentir des choses inaccessibles aux sens des autres êtres humains ». Maxime Rodinson rapproche cette personnalité de celle des poètes arabes illuminés de la période préislamique, les kohhân (au singulier kâhin) qui avaient des visions et se sentaient accompagnés d’esprits familiers, sortes de génies qui leur inspiraient un texte saccadé, murmuré à toute vitesse pour impressionner le public. Ils étaient capables de retrouver les chameaux perdus et d’expliquer les songes141.

« Mais comme il était doué d’une personnalité singulièrement plus riche et plus puissante que celle des Kâhin ordinaires, cette insatisfaction le poussait aussi à réfléchir. Toute une élaboration intellectuelle se déroulait parallèlement aux répercutions de son tempérament inné de son histoire personnelle sur le plan nerveux. Et cette élaboration intellectuelle était d’une rare qualité... Petit à petit, son esprit s’avançait sur une voie qui devait le mener à dépasser l’horizon de son pays et de son temps. »142. Après une longue comparaison, sur une quarantaine de pages, de « Mohammad » avec certains mystiques comme Thérèse d’Ávila et appuyé l’idée que l« Mohammad » et croyait sincèrement à la Voix qui lui dictait des choses143, Rodinson conclut : « Mohammad dut aussi éliminer, trier, inconsciemment sans doute, et ne retenir que ce qui édifiait, exhortait, consolait. Ses plus beaux poèmes n’ont sans doute jamais été écrits. Il attendait de Dieu des messages dans un sens donné et son attente modelait le verbe qui cherchait, en vain, à se montrer plus fort que lui. Au-delà des glossalistes chrétiens, il découvrait la démarche des grands prophètes d’Israël »144.

  • Selon d’autres sources, à six ans, Mahomet éprouvera son premier deuil en quittant sa nourrice et son milieu bédouin145.

Des psychologues[Qui ?] disent que cette période fut importante pour son mental. Aussi, Mahomet a vécu une vie d’orphelin. Une situation familiale et sociale semblable provoque en général un caractère faible et un déséquilibre mental grave. « Mais, Mahomet sera au contraire équilibré, fort, ouvert, loyal, créatif et équilibré, même dans les moments les plus difficiles. Il défendra toujours les orphelins et condamnera les égoïstes et les prévaricateurs146. »

  • L’historien du XVIIIe siècle Edward Gibbon affirme au sujet de l’insatisfaction érotique présumé et souvent cité par ses adversaires « Mahomet ne s’est marié que pour des raisons d’unification des Arabes », et il ajoute : « Sa fidélité pour Cadijah pourrait fournir un moyen de défense plus sérieux et plus durant les vingt-quatre années de leur mariage, il ne fût malgré sa jeunesse aucun usage de son droit de polygamie, et de l’orgueil ou la tendresse de la respectable matrone n’eut jamais à souffrir l’association d’une rivale »147. En effet Mahomet ne se maria que 2 ans après la mort de Khadija, il était âgé de plus de 50 ans, la plupart de ses épouses était veuves, son épouse Aicha, fille de Abou Bakr, était la seule à ne pas avoir été mariée auparavant.
  • Selon William Montgomery Watt plusieurs raisons pour lesquelles Mahomet doit être considéré comme quelqu’un de droit et sincère : « Depuis l’étude de Clarlyle sur Mahomet dans "Heroes and Heroworship", l’Occident s’est rendu compte qu’il existait de bons arguments pour être convaincu de la sincérité de Mahomet. Sa volonté de supporter d’être persécuté pour sa foi, la caractère élevé des hommes qui croyaient en lui et pour qui il était le chef, enfin la grandeur de son œuvre dans ses dernières réalisations, tout témoigne de sa foncière droiture. »

Par ailleurs, il certifie de manière catégorique que le Prophète de l’islam était un prophète totalement semblable aux prophètes du peuple juif148.

Selon une approche phénoménologique et neuropsychique des "révélations" de Mahomet, Malek Bennabi s’oppose à la thèse de la schizophrénie chez Mahomet dans Le Phénomène Coranique149. Selon lui, il convient d’analyser le phénomène du prophétisme d’un point de vue phénoménologique et neuropsychique. « Par son témoin unique ; le Prophète, le prophétisme se donne comme un phénomène objectif indépendant du "Moi" humain qui l’exprime150. »

Bennabi écrit : « En effet, le prophète est un sujet qui peut nous parler de cet "état interne" qui le raisonne même, d’abord pour sa conviction personnelle et ensuite pour l’économie extérieure de sa mission. (...) Si prophétisme il y a, il doit tout d’abord être considéré comme la cause perturbatrice qui engendre dans un "Moi" humain l’irrésistible attraction d’une mission dont les mobiles et les buts ne s’expliquent pas comme données de ce "Moi". (...) Jonas, Jérémie, Mohammed sont ainsi autant d’individus qui ont voulu tout d’abord se soustraire volontairement à la vocation prophétique. Ils résistent mais sont finalement emportés par leur vocation151. »

Bennabi décrit ainsi ce qui lui semble caractériser le prophétisme chez « Mohammed » :

  1. Un absolu psychologique élimine tous les autres facteurs du "Moi" dans la détermination finale du prophète pour son comportement.
  2. Un jugement paradoxal sur des faits de l’avenir dicté par une sorte d’absolu qui n’a aucune base logique.
  3. La continuité de la manifestation prophétique et sa similitude apparente et interne chez tous les prophètes152. »

Ainsi Bennabi réfute-t-il la thèse de la schizophrénie, et traite le prophétisme d’une manière qu’il estime plus neutre par la phénoménologie. Il réfute également l’hypothèse de l’épilepsie de « Mohammad ». « En effet, chaque révélation s’accompagnera, chez lui, de symptômes particuliers. Par la suite, il confiera à ses compagnons, qu’au moment où le phénomène va se manifester, il entend un bourdonnement annonciateur : parfois semblable à celui d’un essaim d’abeilles se ruant hors de la ruche et parfois plus métallique comme un tintement de cloche. (...) D’autre part, ses compagnons pouvaient remarquer chaque fois, que la "révélation" se manifestait, la soudaine pâleur suivie d’une rougeur congestionnée du visage chez Mohammed. D’ailleurs, lui-même s’en rendait compte puisqu’il ordonnait qu’on lui couvrît la tête d’un voile, chaque fois que le phénomène avait lieu. (...) Cette précaution ne signifie-t-il pas que ce phénomène était indépendant de la volonté de l’homme puisque celui-ci se trouvait momentanément paralysé, incapable de se couvrir la face lui-même et gémissant dans un état extrêmement douloureux comme l’a noté la tradition ? (...) S’emparant de ces indices physiologiques, certains critiques se hâtent d’y reconnaître les symptômes de l’épilepsie. (...) Les symptômes physiologiques eux-mêmes ne sont pas propres à un diagnostic de l’épilepsie, laquelle déclenche une paralysie convulsive chez le sujet, privé momentanément de ses facultés intellectuelles153 et notamment physique. Or chez Mohammed seul le visage est congestionné : l’homme gardant par ailleurs une attitude normale, et de toute façon, une liberté intellectuelle bien marquée, au point de vue psychologique, par le fait que Mohammed utilise parfaitement sa mémoire pendant la crise même. Or chez un épileptique, la crise abolit notamment la mémoire et la conscience154. »

Un autre point sur lequel s’arrête Bennabi est que, selon les chroniqueurs, plusieurs événements historiques du phénomène de prophétie chez « Mohammad » semblent échapper complètement à son propre contrôle, ce en quoi Bennabi décèle certaines oppositions du "Moi Mohamédien" au phénomène prophétique155.

  • L’historien Mohamed Talbi affirme que tous les chercheurs, orientalistes, chrétiens ou autres attestent de la sincérité du Prophète aujourd’hui ; tous disent qu’il avait cru de bonne foi qu’il était un prophète et un envoyé annonçant un message, ils ne lui attribue plus la qualificatif de charlatan d’une manière délibérée et consciente156.

Autour de Mahomet

Mahomet considéré comme intercesseur

Plusieurs hadiths donnent à Mahomet le rôle d’intercesseur74, de même certains passages du Coran157.

« Il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu » correspond bien à l’idée selon laquelle Mahomet, qui est illettré, retransmet ce que lui dicte l’archange Gabriel.

Annonce de la venue de Mahomet

Article détaillé : Annonce de la venue de Mahomet.

Le Coran affirme que la venue de Mahomet comme prophète de l’islam pour toute l’humanité est annoncée dans la Torah et dans l’Évangile. Plusieurs passages de la Bible sont interprétés en ce sens.

« Et quand Jésus fils de Marie dit : “ô Enfants d’Israël, je suis vraiment le Messager d’Allah [envoyé] à vous, confirmateur de ce qui, dans la Thora, est antérieur à moi, et annonciateur d’un Messager à venir après moi, dont le nom sera “Ahmad”. Puis quand celui-ci vint à eux avec des preuves évidentes, ils dirent : “C’est là une magie manifeste”. »

« Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu’ils trouvent écrit mentionné chez eux dans la Torah et l’Évangile. Il leur ordonne le convenable, leur défend le blâmable, leur rend licites les bonnes choses, leur interdit les mauvaises, et leur ôte le fardeau et les jougs qui étaient sur eux. Ceux qui croiront en lui, le soutiendront, lui porteront secours et suivront la lumière descendue avec lui ; ceux-là seront les gagnants. »

Mahomet lors de l’épisode du Voyage nocturne, chevauchant le cheval Bouraq, est entouré d’anges, dont l’archange Gabriel, à gauche. Mahomet, comme il est de tradition dans la peinture persane, est auréolé de flammes et son visage est représenté couvert d’un voile. Peinture issue d’un Khamseh de Nizami, attribuée à Sultan Muhammad et datée 1539-43163.

Mahomet aurait dit que « le Coran est un miracle »164.

Selon le Coran et des hadiths, Mahomet aurait fait une série de miracles :

  • La scission de la Lune a eu lieu, lorsque les gens de La Mecque auraient demandé à Mahomet de faire un miracle. Les Mecquois auraient vu le miracle se réaliser devant leurs yeux165. Le verset du Coran de la sourate de la Lune rapporte aussi qu’elle se serait fendue166.
  • La pluie tombe quelque instants après par l’invocation du Prophète, et ce à plusieurs reprises167.
  • La bénédiction de l’eau ; quand les compagnons ont eu soif, et sont allés demander à Mahomet de l’eau pour boire et pour faire les ablutions. Alors, Mahomet fit jaillir entre ses doigts l’eau comme des fontaines en mettant sa main dans son récipient, pour un nombre de compagnons estimé à mille cinq cents hommes en tout168,169. L’eau jaillit de la source de Tabuk ainsi que du puits d’al Hudhaybiyya grâce à l’invocation du Prophète.
  • La bénédiction de la nourriture ; en l’honneur de son mariage avec Zaynab, Um Sulaym prépara une bouillie sucrée dans un récipient que mangèrent quelque trois cents invités par groupe de dix. À la fin du repas, Anas constata que le récipient était resté tel qu’il était au début171. Une autre fois, lors de l’expedition de Tabuk, les gens souffrirent de grande disette et demandèrent la permission d’immoler des chameaux pour se nourrir. Mais sous le conseil de Omar, le Prophète ordonna de rassembler ce qui reste de nourriture composé d’une poignée de maïs, de dattes et de galette, ils rassemblèrent ainsi une petite quantité de nourriture qu’ils mirent sur un voile étendu par terre. Il invoqua ensuite la bénédiction de Dieu. Les musulmans étaient composés de 30000 hommes, remplirent tous leurs ustensiles de cette nourriture et mangèrent jusqu’à satiété en laissant une grande quantité.
  • Différents malades auraient été guérisLa toile d’araignée et le nid de pigeon devant l’entrée de la caverne, lors de la venue des troupes mecquoises qui voulaient entrer dans la grotte où Mahomet et ses compagnons se sont cachés. Ce récit a inspiré François Coppée pour L’Araignée du Prophète.
  • La docilité des arbres ; à plusieurs reprises le Prophète saisit une branche de l’arbre pour que celui-ci le suive aussi docilement qu’un chameau quand le maître le tire par une bride175.
  • Une brebis aurait parlé à Mahomet176.
  • Un rocher aurait parlé à Mahomet177.

Mahomet, la médecine, la sorcellerie et les démons

Le livre At-Tibb an-Nabawi178 d’Al-Suyūtī ou encore celui de Ibn Qayyim al-Jawziyya renferme presque tous les dits du prophète Mahomet et ceux de ses compagnons pour traiter les maladies. Cette médecine est appelée la « médecine prophétique ». Les mêmes s’intéressent de près au « mauvais œil »179 et à la sorcellerie, au commerce avec les démons180 ou aux jinns : « Une autre race habitant la terre, des esprits qui habitent les endroits déserts, les points d’eau, les cimetières et les forêts181. ». La même source indique 129 hadiths sur la médecine sont rapportés dans le Sahih al-Bukhari. Et, par la suite, quelques médecins musulmans ont prétendu établir des essais cliniques pour attester les dits de Mahomet. Les plus anciens sont Abu Nu`aym, Ibn Qayyim al-Jawziyya et Jalal ad-Din as-Suyuti182.

Armes

Le professeur Hamidullah écrit que toutes les batailles livrées par « Muhammad » étaient défensives. Les raisons de chacune sont systématiquement expliquées dans la biographies de Mahomet d’Ibn Ishaq connue par la version d’Ibn Hicham. Mahomet dira sur le combat et les armes « Le vrai combat ne se livre pas au sabre, mais dans l’âme de l’homme »
Selon les traditions musulmanes médiévales, Mahomet aurait possédé sept épées185.

  • La première aurait porté le nom d’Adhbâ. Il l’aurait eue avant la fuite de Médine (hégire), et aurait combattu avec cette épée lors de la bataille de Badr.
  • La deuxième se serait appelée Dhû’l-fiqâr. Elle aurait appartenu à Monabbih, fils de Hadjâdj, et Mahomet l’aurait trouvée au cours de la bataille de Badr.
  • Trois autres aurait été un butin de guerre contre les Béni Qainoqâ. Elles portent les noms suivants : Khaif, Battar et Qoaite.
  • Enfin, Ali lui aurait offert deux autres épées qu’il aurait trouvées dans le temple des Bani Tayy. Les noms de ces épées sont Mikhdsam et Rosoub.

Mahomet aurait eu trois arcs, trois cuirasses, trois lances et un bouclier.

Ses secrétaires

Mahomet aurait choisi dix secrétaires pour écrire ses révélations et pour gérer l’argent et les revenus.

Ses affranchis

Article détaillé : Esclavage dans le monde arabo-musulman.

Mahomet aurait dit à une personne qui voulait avoir le paradis : « Délivrez vos frères des chaînes de l’esclavage. » Mahomet a acheté 17 esclaves pour leur rendre la liberté. Bilal fut un des premiers Noirs à jouir de la liberté pour devenir le premier muezzin de l’islam.

« Rédigez un contrat d’affranchissement pour ceux de vos esclaves qui le désirent, si vous reconnaissez en eux des qualités et donnez-leur des biens que Dieu vous a accordés. »

Son pèlerinage

Mahomet a accompli trois fois le rituel du pèlerinage. Deux fois avant sa fuite et une fois lorsqu’il était à Médine. Le dernier pèlerinage s’appelle Hadjetou el Wadâ (« le pèlerinage de l’adieu » ou « de la perfection »). Mahomet a fait quatre fois la visite de l’Accomplissement129.

Sa vie maritale

Article détaillé : Épouses de Mahomet.

Selon ses biographes, Mahomet aurait eu en tout quinze épouses193 tout au long de sa vie. Dans son livre La chronique, l’historien médiéval Tabari signale que Mahomet aurait convoité cinq femmes et qu’il avait deux esclaves dont l’une « Maria fille de Siméon le Copte »190, lui donna un fils, Ibrahîm, qui mourut à l’âge de deux ans. « Il avait parfois en même temps onze femmes, parfois neuf et parfois dix. Quand il mourut, il laissa neuf veuves. »193. Un peu plus loin, Tabari signale que selon d’autres traditions, Mahomet aurait épousé vingt femmes et qu’« il y a en outre cinq femmes que le prophète a convoitées, mais qu’il n’a pas épousées »194.

Après la mort de Khadija, sa première épouse, il épouse la veuve Saouda, puis, pratique conforme aux normes et aux valeurs de l’Arabie de l’époque195,196 et toujours actuelle dans certains pays197, âgé d’environ 50 ans, il épouse Aïcha fille d’Abu Bakr et âgée de 6 ans198. Trois ans plus tard, il consomme le mariage ; elle a 9 ans199. Cependant, l’âge d’Aïcha lors de son mariage est sujet à controverse pour des raisons d’incohérences chronologiques multiples, étant donné qu’il n’existait pas de véritable calendrier à l’époque chez les Arabes de la péninsule arabique avec une date de référence claire200,201. Aussi, l’historien Maxime Rodinson émet une certaine réserve au sujet de ce hadith202. D’après la chercheuse britannique Ruqayyah Waris Maqsood (en), Aïcha avait probablement 19 ans lorsqu’elle s’est mariée au Prophète Mahomet. En 627, il se marie avec Rayhana une juive, puis Myriam en 629 une chrétienne ; la même année, il se marie avec Safiyya une juive, en accord avec les règles de mariage de l’islam.

À la fin de sa vie, Mahomet aurait eu neuf femmes, dont une esclave chrétienne copte qui lui avait été donnée par le roi d’Égypte. Selon le Coran, ce statut spécial de Mahomet lui autorisant d’avoir plus de quatre épouses lui aurait été révélé par l’archange Gabriel : « Ô prophète ! il t’est permis d’épouser les femmes que tu auras dotées, les captives que Dieu a fait tomber entre tes mains, les filles de tes oncles et de tes tantes maternels et paternels qui ont pris la fuite avec toi, et toute femme fidèle qui aura donné son âme au prophète, si le prophète veut l’épouser. C’est une prérogative que nous t’accordons sur les autres croyants ».

« Nous connaissons les lois du mariage que nous avons établies pour les croyants. Ne crains point de te rendre coupable en usant de tes droits. Dieu est indulgent et miséricordieux. » (sourate al Ahzab, versets 49-51)

La plupart de ses unions avaient un caractère politique et accompagnait le ralliement de tel notable ou tel clan207. Au Moyen Âge la polygamie est fréquente en Arabie, Mahomet la limite à quatre épouses208. À part Aycha, toutes les autres épouses de Mahomet étaient veuves, pour certaines plusieurs fois. L’une de ses épouses perdait continuellement du sang. Les mariages sont tous liés à un intérêt diplomatique comme le veut la tradition arabe de l’époque. Chaque mariage établissait un lien de sympathie avec la tribu de la mariée

Description physique et représentations

Article détaillé : Représentation figurée dans les arts de l’Islam.


Principaux courants de l’islam

Après la mort de Mahomet, il y a eu la naissance de plusieurs branches philosophiques et religieuses qui ne partagent pas une vision commune de sa vie. Les plus importantes sont le sunnisme et le chiisme

Le sunnisme réprouve la représentation de tout être possédant une âme, d’autant plus s’il s’agit de Mahomet, ce qui pourrait alors être considéré comme un blasphème. Cette règle n’existe pas chez les chiites duodécimains, habitués au contraire à afficher de grands portraits.

Mahomet aurait donné l’ordre d’enlever une image d’un portrait humain, qui était représenté sur un bouclier. Cette image aurait disparu sans que personne n’y touche.


Mahomet selon une illustration persane (Bibliothèque nationale de France)

L’art s’est développé au début de l’islam. Plusieurs travaux artistiques sur la céramique, sur le bois, sur la pierre, sur le métal, etc., ont été gardés dans les monuments musulmans historiques. Ils font partie du trésor artistique laissé par les musulmans. La calligraphie, la miniature, la cartographie, etc., tous les genres et modèles techniques témoignent de l’habilité artistique des musulmans au Moyen Âge. Plusieurs artistes persans ont élaboré des chefs-d’œuvre en produisant des portraits de personnages célèbres et de Mahomet212.

L’interdiction sunnite n’est pas respectée de façon absolue. Mahomet est ainsi parfois représenté chez les Turcs, avec différentes variantes : visage vide ou caché par un voile, etc.
Article détaillé : Caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten.

La publication de caricatures dans un journal danois, puis dans des médias internationaux, a soulevé quelques mois plus tard un tollé dans plusieurs pays de tradition et de culture islamiques et certaines communautés musulmanes des pays occidentaux. En fait, trois phénomènes se superposent dans cette affaire de caricatures :

  • la représentation de Mahomet, en tant que telle
  • l’emploi de la dérision ou de la critique
  • les amalgames qui leur étaient imputés
  • entre islam et terrorisme d’une part,
  • entre islam et obscurantisme de l’autre.

En France, seul le troisième point autorisait une action judiciaire, qui fut menée. Malgré le déboutement des plaignants, le jugement contenait des attendus généraux dont le Conseil français du culte musulman (CFCM) se déclara officiellement satisfait, et ne fit donc pas appel.

Cependant, l’islam permet la description d’un personnage. L’historien médiéval Tabari dans son livre La Chronique fait une longue description de Mahomet d’après Ali. Ali dira qu’il était de taille moyenne. La couleur de la peau était blanc rosée. Les yeux étaient noirs et sa chevelure longue. Mahomet nouait des fois ses cheveux en deux ou quatre boucles. Et parfois, ses cheveux tombent sur sa tête187. Son nez était droit et les dents écartées. La barbe était bien fournie187.

D’après les témoignages de ses compagnons213,214, il n’était ni longiligne ni trapu, sa peau n’était ni d’une blancheur éclatante ni foncée, sa chevelure n’était ni crépue ni outrancièrement longue. Il avait les paumes et les pieds épais, sa tête était grosse et ses articulations imposantes. Les poils qui descendaient de sa poitrine à son nombril formaient une longue ligne. Quand il marchait, il s’inclinait vers le devant comme s’il descendait d’une pente. Sa barbe était ample et ne paraissait que la moitié de son âge215.

Reliques

De nombreuses reliques du prophète de l’islam sont aujourd’hui conservées à Istanbul, ainsi qu’à Médine, entre autres. Une paire de chaussures de Mahomet, très sacrée pour les pèlerins musulmans, qui se trouvaient à Lahore au Pakistan ont été volées en 2002216.

Boite contenant des poils de barbe de Mahomet concernvés au musée de Konya en Turquie.

Ses descendants

Article détaillé : Famille de Mahomet.

Princes arabes

Après la mort de Mahomet, de nombreux musulmans se réclament de sa descendance. Ils sont alors qualifiés de chérif, littéralement « noble » ou sayyid « seigneur ». Leur lignée remonterait à Mahomet par l’intermédiaire d’al-Hasan ou d’Al-Husayn, les enfants de Ali ibn Abi Talib et de Fatima Az-Zahra, la fille de Mahomet. Ces considérations généalogiques peuvent revêtir une dimension politique importante lorsque certaines familles régnantes la font valoir pour asseoir leur légitimité, à l’instar des Hachémites en Jordanie et de la famille royale du Maroc, les Alaouites. Néanmoins il n’y a rien à ce sujet dans le Coran ; le fait d’être descendant de Mahomet ne donne aucun privilège particulier217.

Noblesse européenne

Article détaillé : Descendance mahométane.

Par les Omeyyades :

  • Rucyade Hachémite (vers 605 - 624), fille de Mahomet et de Khadija, épouse Ottman Ben Affan, dont :
  • Aïcha Ben Affan, qui épouse Marouan Ier, calife de Damas, qui a pour petit-fils :
  • Abd el Aziz ibn Musa Omeyyade, père de :
  • Aïcha Omeyyade, est mère de :
  • Musea Ibn Al-Qâsî Borja, gouverneur de Saragosse environ 740-789, père de :
  • Musa ibn Musa Ibn Al-Qâsî Borja (788 - 863), gouverneur de Tolède, père de :
  • Loup ibn Musa Banu Borja (Banu Qüsa), converti au christianisme, seigneur de l’Èbre, gouverneur de Tolède, de Saragose, environ 805-842, épouse Ayab Al Bulatiya, qui lui donne un fils, Mahomet, gouverneur de Saragosse, et une fille :
  • Auriane Borja ca 828, mariée vers 847 avec Fortunin de Pampelune, roi de Navarre, dont trois enfants, parmi lesquels :
  • Oneca Iniga de Pampelone, (847 -) épouse en premières noces en (863 Abdallah Omeyade, calife de Cordoue, et lui donne une fille Zyad, et en secondes noces vers (878 Aznar Sanchez de Castille, seigneur de Larron, dont deux filles : Toda et Sancha.
  • Toda Asnarez de Larron, épouse Sanche Ier Garcès de Pampelune (865 - 925), roi de Pampelune et de Navarre. On leur connaît cinq enfants : Sancha, Garcie III roi de Pampelune et de Navarre, Urruca, mariée à Ramire des Asturies, et Velasquita.
  • Sancha de Navarre, épouse en secondes noces en 932 Fernand II Gonzales, comte de Lara, grand-père d’Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, dont une très nombreuse descendance estimée à 20 000 personnes vivantes.

Autre branche ommeyade :

  • Zaïda, devenue Isabelle, belle-fille de Mahomet II Al Mutamid, roi de Grenade, et arrière petit-fil de Ismaël ben Abbdad Al Mutamid, cadi de Séville, considéré comme descendant de Mahomet, épouse en 1098 Alphonse VI de Castille, roi de Leon de Castille, de Tolède, dont elle aurait :
  • Sancha, princesse de Castille, qui épouse en 1122 Rodrigue, fils de Gonzalo III de Lara, et dont les enfants sont :
    • Rodrigue II de Lara, seigneur de Penalva, dont on ignore la descendance,
    • Elvire de Lara, mariée à Ermenghol VI, comte d’Urgel, aïeule des rois du Portugal et de Louis XIV.

Mahomet dans la littérature occidentale

Moyen Âge

Mahomet apparait tout d’abord dans la littérature populaire occidentale, sous le nom de Mahound (entre autres corruptions comme Mahowne, Mahon...) en tant que divinité païenne ou démon218 : il est parfois identifié comme l’une des principales divinités des Sarrasins au sein d’un panthéon variant d’une œuvre à l’autre (par exemple, aux côtés d’Apollyon et Termagant dans la chanson de Roland, voire comme une divinité païenne générique d’autres peuples « infidèles » : ainsi, dans les mystères du cycle de York, Pharaon à l’orée de la mort, appelle son armée à adresser ses prières à la divinité « Mahowe »219.

Sous l’influence de sources espagnoles comme les chroniques d’Euloge de Cordoue ou de récits de pèlerins revenant de Terre Sainte comme celui de Dithmar, le Mahomet de la littérature se rapproche aux XIIe et XIIIe siècles de celui de la tradition musulmane, sa vie est enrichie de nombreuses histoires fabuleuses et calomnieuses. Des biographies occidentales fleurissent, essentiellement en latin, telles la Vita Mahumeti de Embricon de Mayence, les Otia de Machomete de Gautier de Compiègne dont le Roman de Mahomet (1258) d’Alexandre du Pont est une adaptation qui constitue la première œuvre de littérature française à son sujet. Mahomet y est présenté comme un schismatique de la chrétienté, brutal et perfide, souvent comme un sorcier malfaisant220.

Au XIIIe siècle, Dante, dans La Divine comédie, présente Mahomet en compagnie de son cousin ʿAlī ibn Abī T̩ālib dans son neuvième cercle des enfers, celui qu’il réserve aux "schismatiques", les entrailles sortant de son ventre ouvert. Cette description sera utilisée par plusieurs artistes, comme récemment Salvador Dali, pour représenter Mahomet les entrailles exposées ou encore Gustave Doré dans son illustration de la Divine Comédie. On rencontre aussi le Mahomet éventré de Dante dans certaines églises, telles la Basilique San Petronio de Bologne en Italie, où il est représenté tourmenté par un diable.

Dans la littérature occidentale du XVIIIe siècle, Mahomet est souvent considéré comme l’auteur du Coran221.

Selon le critique littéraire François Busnel, parlant de la pièce de Voltaire Le Fanatisme ou Mahomet, « Le fanatisme ou Mahomet le prophète est une charge contre l’islam et, plus largement, contre toute religion monothéiste »222. Dans cette pièce, Voltaire fait dire à l’un de ses personnages que Mahomet est un « imposteur », un « faux prophète », un « fanatique » et un « hypocrite »223,224.

C’est pourtant « l’intolérance de l’Église catholique et les crimes commis au nom du Christ » qui étaient les premiers visés par le philosophe des Lumières225. C’est ce qu’écrit Voltaire dans une lettre de 1742 : « Ma pièce représente, sous le nom de Mahomet, le prieur des Jacobins mettant le poignard à la main de Jacques Clément »226. Ce double sens de la pièce est confirmé par le critique littéraire Julien Louis Geoffroy : « Mahomet est donc un mauvais charlatan, un caffard imprudent et téméraire : à travers son costume éblouissant, on reconnaît toujours le capuchon du révérend père Bourgoing »227. Les dévots qui n’ont pas été dupes l’ont attaqué immédiatement en justice pour impiété et scélératesse, et Voltaire a dû retirer sa pièce. Par ailleurs selon Emmanuel Leroy-Ladurie, « le philosophe tenant du Déisme attribue d’abord au Coran l’immense mérite d’avoir affirmé avec plus de rigueur et de raison que le christianisme l’unicité de Dieu. “Il a retiré toute l’Asie de l’Idolâtrie…” »228

Le Marquis de Sade fait émettre par son personnage du moribond des critiques violentes contre l’ensemble des chefs religieux, dont évidemment Mahomet : « Ton Jésus ne vaut pas mieux que Mahomet, Mahomet pas mieux que Moïse, et tous trois pas mieux que Confucius qui pourtant dicta quelques bons principes pendant que les trois autres déraisonnaient ; mais en général tous ces gens-là ne sont que des imposteurs, dont le philosophe s’est moqué, que la canaille a crus et que la justice aurait dû faire pendre. »229

XIXe siècle

Alphonse de Lamartine écrit une Vie de Mahomet en 1854230, dont on peut dire que c’est la première biographie écrite par un Occidental qui ne soit pas à charge. Il y dit : « Jamais un homme ne se proposa, volontairement ou involontairement, un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : Saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l’homme et l’homme à Dieu, restaurer l’idée rationnelle et sainte de la divinité dans ce chaos de dieux materiels et défigurés de l’idolatrie... Jamais homme n’accomplit en moins de temps une si immense et durable révolution dans le monde, puisque moins de deux siècle après sa prédication, l’islamisme, préché et armé, régnait sur les trois Arabies, conquérait à l’Unité de Dieu la Perse, le Khorassan, la Transoxiane, l’Inde occidentale, la Syrie, l’Égypte, l’Éthiopie, tout le continent connu de l’Afrique septentrionale, plusieurs iles de la méditerranée, l’Espagne et une partie de la Gaule.

Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n’ont remués que des armes, des lois, des empires ; ils n’ont fondé, quand ils ont fondés quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. Il a fondé sur un Livre, dont chaque lettre est devenue une loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toutes les langues et de toutes les races, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu un et immatériel...

Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. À toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand231 ? »

De même, Victor Hugo, dans un poème de La Légende des siècles (1858), L’an neuf de l’Hégire, présente de façon romantique la mort de Mahomet :

Et sa femme Aïscha se tenait en arrière ;
Il écoutait pendant qu’Aboubékre lisait,
Et souvent à voix basse achevait le verset ;
Et l’on pleurait pendant qu’il priait de la sorte.
Et l’Ange de la mort vers le soir à la porte
Apparut, demandant qu’on lui permît d’entrer.
“Qu’il entre.” On vit alors son regard s’éclairer
De la même clarté qu’au jour de sa naissance ;
Et l’Ange lui dit : “Dieu désire ta présence.”
- “Bien”, dit-il. Un frisson sur les tempes courut,
Un souffle ouvrit sa lèvre, et Mahomet mourut232.

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