MALI : La guerre n’est pas finie.

Jeudi 21 mars 2013 // L’Afrique

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Drones américains, aviation française et troupe tchadiennes au sol aurait eu raison de deux chefs djihadiste. Comment consolider cette avance ?

Les Tchadiens qui essuient l’essentiel des pertes parmi les forces africaines engagées au Mali ont eu, à l’évidence pour des raisons politiques, la primeur des déclarations médiatiques quant aux dommages infligés aux djihadistes. C’est donc l’état major de l’armée tchadienne qui a annoncé, dans un communiqué, la disparition de Mokhtar Belmokhtar. Les forces tchadiennes au Mali ont détruit totalement la principale base des djihadistes dans le massif de l’Adrar des Ifoghas [dans le nord du Mali], plus précisément dans la vallée d’Ametetai, le 2 mars à midi, affirme le communiqué, qui précise : "Plusieurs terroristes [ont été tués], dont le chef Mokhtar Belmokhtar, dit "le Borgne"." Le chef des Signataires par le sang, une dissidence d’Agmi [AlQaida au Maghreb islamique], avait revendiqué l’attaque contre la base gazière de Tiguentourine, à In Amenas [le 16 janvier]. Et, si sa mort était confirmée, ce serait l’un de ses derniers grands méfaits.

Les coups qui semblent être infligés aux djihadistes dans le nord du Mali seraient le résultat de l’effort intensif en matière de renseignement sur les mouvements de ces groupes, informations collectées grâce au déploiement des drones américains. Ces informations permettent d’envoyer les troupes tchadiennes vers des zones précises où elles essuient beaucoup de pertes afin de pousser les djihadistes à sortir de leurs tanières, pour qu’ils soient "traités" par l’aviation française. Au vu des informations disponibles, c’est cette combinaison du travail des drones américains et de l’aviation française avec des troupes tchadiennes au sol qui est mise en oeuvre.

Cela semble être confirmé par les informations publiées par le site mauritanien Sahara Médias, qui cite des "sources généralement bien informées" sur les circonstances de la mort d’Abdelhamid Abou Zeid [annoncée le 28 février par la chaîne privée algérienne Ennahar TV, elle a été confirmée le 1er mars par le président tchadien Idriss Déby. Abou Zeid aurait été tué dans un raid de l’aviation française à Taraghrarit, dans les montagnes des Ifoghas. Le raid a eu lieu après que les forces tchadiennes engagées sur le terrain sont tombées dans une embuscade, où elles ont perdu une quarantaine d’hommes. Abou Zeid aurait, selon les sources de Sahara Médias, pris part personnellement à cette embuscade. L’entrée enjeu des drones américains semble être décisive et facilite grandement l’action de l’aviation française, qui cause le plus de dégâts chez les djihadistes.

Dans cette guerre, la France marque bien des points. Mais le conflit n’en est qu’à ses débuts. L’effort actuel, qui implique une forte mobilisation des ressources et une forte pression sûr les forces armées, pourrait il durer longtemps ? Car, dans une logique militaire, après avoir frappé l’ennemi, il faut occuper le terrain et empêcher toute reconstitution des forces adverses. Rien n’est acquis, d’où l’insistance des Français pour passer rapidement la main aux Africains.

Les silences de Paris et d’Alger ; Pourquoi le Tchad a été le seul à annoncer la mort des chefs terroristes ?

Peut-on prêter aux autorités tchadiennes l’intention d’avoir annoncé l’élimination des deux chefs terroristes uniquement pour atténuer l’impact douloureux qu’a eu sur la population tchadienne la mort de vingt-six de ses soldats dans les combats sur le massif des Ifoghas et prévenir le ressentiment qu’elle pourrait manifester à l’égard de leur décision d’envoyer au Mail un contingent de l’armée tchadienne ?

Idriss Déby [le président tchadien] ne se serait pas aventuré à certifier la mort d’Abou Zeid, ni l’état major militaire tchadien celle de Mokhtar Belmokhtar s’ils n’avaient pas disposé de preuves irréfutables, sachant qu’un démenti sèmerait la confusion auprès de l’opinion internationale et de celle de leur pays.

C’est pourquoi, malgré l’incertitude qui plane encore sur le sort des deux chefs rebelles, leur élimination nous paraît acquise. Reste à savoir pourquoi Paris et Alger continuent à entretenir le doute. Leur attitude est peut-être liée à la question des otages que détiennent des groupes armés terroristes retranchés dans le massif des Ifoghas. Des otages qui sont, rappelons le, de nationalité française pour les uns et algérienne pour les autres. Si c’est le cas, Paris et Alger ne veulent certainement pas donner de confirmation pour ne pas apparaître, aux yeux de ces éléments armes, directement impliqués dans l’élimination de leurs chefs. Le temps de repérer avec exactitude et certitude où sont retenus les otages.

La mise hors de combat d’Abou Zeid et de Mokhtar Belmokhtar ne peut que se répercuter sur le moral de leurs éléments encore opérationnels dans les Ifoghas, mais peut aussi les pousser à commettre le pire contre les otages. Ce que Paris et Alger pensent pouvoir empêcher en faisant profil bas concernant la mort des deux chefs terroristes. Il aurait néanmoins fallu recommander aux autorités tchadiennes de se faire discrètes.

Mais N’Djamena, qui a son propre agenda dans le conflit malien, en a jugé autrement, au risque de mettre encore plus en danger les otages.

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