Libéralisme hongrois.

Samedi 22 novembre 2014 // L’Europe


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La droite hongroise incarnée actuellement par Viktor Orban est très contestée à la fois par les marchés internationaux et par l’Union européenne.

Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La croissance de la Hongrie est actuellement une des plus importantes de l’Union (plus de 3 % pour 2014), le déficit public est en net recul. Le taux de chômage est en baisse et les exportations sont en hausse. Les électeurs hongrois approuvent leur gouvernement, ils l’ont d’ailleurs soutenu lors des élections législatives en avril dernier. On est amenés à se demander ce que la Hongrie fait différemment pour obtenir de tels résultats alors que l’Europe est en pleine récession.

Une politique de grands travaux a été menée, financée par les taxes imposées sur les secteurs principalement contrôlés par les entreprises étrangères. Cela a eu pour effet de dissuader les investissements étrangers mais la population qui faisait face à l’austérité imposée par le FMI et l’Union européenne depuis 2008 salue ces mesures. D’autant plus qu’elles s’accompagnent d’une baisse du prix de l’énergie pour les ménages. D’autres décisions particulièrement populaires ont été prises. Les emprunts contractés par les classes moyennes hongroises en francs suisses et en euros pesaient gravement sur les budgets des foyers, la chute du forint avait rendu ingérable le remboursement de ces crédits. Le gouvernement demande aux banques d’indemniser les débiteurs pour des hausses de taux d’intérêt décidées de manière unilatérale. Il leur impose également d’offrir des possibilités de remboursements à des taux de conversion inférieurs à ceux du marché. La Banque Centrale Européenne désapprouve ces mesures. Elle signale que prendre le risque de faire fuir les investissements étrangers et les financements extérieurs est dangereux pour la stabilité du pays qui devra dès lors s’autofinancer et adopter une politique de rigueur budgétaire qui pourrait bien ne pas convenir au peuple hongrois.

Alors qu’en août dernier, nous annoncions à nouveau les résultats positifs de la politique hongroise, Viktor Orbân a tenu à féliciter la Hongrie qui travaille. Cela n’est pas anodin. Le taux de chômage a baissé de 3 % en un an, non seulement grâce à une politique d’investissements dans des secteurs clés (transports, énergie) mais aussi par la mise en place de travaux d’intérêt général obligatoires pour les chômeurs. Ces activités dont la durée est limitée à quelques mois sont souvent sous-payés et concernent principalement la population rom, la plus touchée par le chômage. Cela s’inscrit dans un vaste mouvement de défense des origines magyares face aux étrangers. Le Fidesz entretient une nostalgie de la Grande Hongrie bafouée selon lui par le traité du Trianon de 1919 qui avait en effet considérablement réduit son territoire. Il appelle donc les Hongrois vivant dans les pays avoisinants à suivre le modèle ukrainien en réclamant leur autonomie au détriment des États comme la Roumanie qui sont d’ores et déjà caractérisés par une grande instabilité. On voit alors s’épanouir un véritable populisme où le peuple hongrois est sans cesse décrit comme une victime de ses voisins, qu’ils soient nazis, communistes, libéraux ou roms. Viktor Orbân milite pour un retour vers des valeurs ancestrales : « Les transformations que nous avons engagées sont bâties sur les meilleures traditions chrétiennes, de respect, de liberté, des droits de l’homme et des traditions culturelles. »

Plus que le monde libéral, c’est la démocratie qui est lentement remise en cause. Les modifications constitutionnelles de 2012 ont permis au Fidesz de s’installer durablement au pouvoir. La liberté de la presse est remise en question, de même que l’indépendance de la justice et la liberté de culte. Si nous ne pouvons pas affirmer qu’il n’y a plus de contre-pouvoirs, ils sont malgré tout gravement amoindris. C’est là tout le jeu de M. Orbân. L’économiste M. Ash décrit les mesures prises du Premier ministre hongrois comme « une version plus souple, peut être, de la politique de Pouline, bâtie autour d’un rôle plus important de i ’Etat et visant à renforcer les intérêts nationaux, l’identité nationale et l’établissement d’une élite entrepreneuriale hongroise par la défense les intérêts des entreprises nationales contre ceux dépendant des capitaux étrangers. »

Par ailleurs, lui-même ne cache pas ses affinités avec le modèle russe ou même chinois. Il affirmait ainsi en avril dernier : « Je pense que la situation actuelle appelle des dirigeants énergiques ». Au cours des décennies ayant précédé la crise qui a éclaté en 2008, l’idée s’était répandue que l’Europe était gouvernée par des institutions et non pas par des personnes. Ce n’était pas un problème tant que tout allait bien : des gens très sympathiques étaient Premiers ministres dans leur pays et ne faisaient pas grand chose. Les institutions fonctionnaient ; il n’avait donc pas de souci à se faire. Les temps ont changé. L’Europe est dans une période de crise. Dans ce contexte, c’est de pouvoir personnel dont nous avons besoin. »

Il est indispensable de rappeler que la Hongrie n’a pas les moyens de sortir de l’Union européenne et c’est là que se démarquent la droite de Fidesz de l’extrême droite de Jobbik. Ainsi, la Hongrie réclame le soutien financier de la Politique Agricole Commune pour survivre â l’embargo russe sur les produits frais. La coopération entre Poutine et la Hongrie se limite à des secteurs bien particuliers et l’essentiel des exportations hongroises sont encore dirigées vers l’Union européenne. Bruxelles a ainsi invité le Premier ministre à démocratiser son régime en rétablissant notamment la liberté de la presse mais aucune mesure n’est prise en ce sens.

L’Union européenne montre de nouveau ses limites puisqu’elle ne parvient pas à sanctionner cet État souverain, et ce, même si les principes démocratiques, à l’essence même de sa fondation sont remis en cause. Tant qu’il aura le soutien populaire, Viktor Orbân continuera donc très probablement à repousser les limites des traités tout en provoquant ses voisins en toute impunité.

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