Liban : la lente agonie des Chrétiens.

Dimanche 8 septembre 2013 // La Religion

Cité comme un exemple de cohabitation pacifique entre communautés, le Liban est aussi perçu comme dernier rempart de la chrétienté d’Orient. Les faits sont pourtant fout autres.

Le Liban est un pays d’influences où les liens communautaires extranationaux jouent un rôle essentiel. Le Président de la République doit être maronite et la moitié des élus de l’Assemblée chrétiens. Cette règle établie par les Accords de Taëf de 1989, ne rend cependant pas compte de la répartition effective du pouvoir. Avec un Président sans poids politique et des députés divisés de part et d’autre de la fracture pro/anti syriens, ou, pour simplifier, chiites/sunnites, les chrétiens ne forment plus une communauté homogène.

Les maronites sont en effet écartelés entre le groupe sunnite antisyrien du Courant du Futur, appuyé par l’Arabie Saoudite et l’Occident, et le groupe chiite pro-syrien du Hezbollah, soutenu par l’Iran. Dans ce pays où les forces antagonistes internationales finissent toujours par s’affronter, ils pourraient, à la façon des Druzes, servir de balancier entre les deux grandes forces politiques et se garantir ainsi un poids politique. Mais, alliés avec des forces idéologiques qui les dépassent, ils n’ont plus aucune prise sur la vie politique de leur pays. Les chrétiens aounistes alliés au Hezbollah sont aujourd’hui oppposés aux partisans des Forces Libanaises de Geagea et aux Kataeb de la famille Gemayel, alliés au Courant du Futur. Les chrétiens se déchirent ainsi dans une transposition libanaise de l’opposition historique entre l’Arabie Saoudite et l’Iran qui ne devrait pas les concerner directement.

SOLIDARITÉS COMMUNAUTAIRES

La faiblesse de l’État social est une tradition au Liban. Ce sont les communautés qui prennent le relais en finançant hôpitaux, écoles et ONG. Dans ce jeu financier et communautaire, les chrétiens sont perdants. Un bref aperçu de Beyrouth et de ses quartiers suffit à le comprendre. Alors que les quartiers musulmans du sud de la ville, bombardés par les Israéliens en 2006, ont vu pousser à une vitesse impressionnante des immeubles neufs et des hôpitaux ultra-performants, les quartiers chrétiens de l’Est sont délaissés. Les immeubles vétustes ne sont pas rénovés et les bâtisses éventrées par les conflits ne sont pas reconstruites. Laissés à eux-mêmes, les chrétiens ne vivent pas dans des conditions encourageant leur démographie, ce qui accélère de manière considérable une tendance qui leur est déjà défavorable. Majoritaires en 1932, ils ne représenteraient plus aujourd’hui qu’environ 35 % de la population.

La grande bourgeoisie chrétienne ne peut en aucun cas contrebalancer les capitaux étrangers mis à la disposition des partis politiques. La plupart des chrétiens aisés possèdent une double nationalité et rêvent de départs, abandonnant à leur sort la grande majorité de leurs coreligionnaires des classes moyennes et pauvres. À ce phénomène s’ajoute l’occidentalisation des mentalités des expatriés, élevés dans des pays déchristianisés. Désintéressés par la religion et l’avenir de leurs frères chrétiens, ils n’hésitent pas à vendre leurs terres aux musulmans qui offrent davantage.

L’Église maronite, de son côté, grand propriétaire foncier, ne peut plus s’occuper de la misère grandissante, réalité qui alimente chaque jour un ressentiment déjà largement répandu des fidèles pour leur clergé. Cette rancoeur accentue encore cette rupture de lien entre les chrétiens libanais.

Le Liban est la parfaite illustration des conséquences d’un Occident déclinant qui a fui ses responsabilités coloniales, déséquilibrant de ce fait le rapport de forces et laissant libre cours aux nouvelles puissances impérialistes arabe et perse qui se partagent le butin. Dans un climat de désunion politique, de perte d’identité de la terre de Saint Maron, les plus anciennes communautés de chrétiens sont menacées. On les appelle déjà « chrétiens chiites » ou « chrétiens sunnites ».

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