Lettre à mes amis chiraquiens.

Par Jean-Antoine Giansily (CNI).

Vendredi 23 mars 2012 // La France

Drapeau de FranceLes 22 avril et 6 mai prochains, les Français devront soit changer de politique, donc de président, soit reconduire le titulaire actuel du bail.

 Or, quel que soit le point de vue d’où l’on se place, il est clair que ce quinquennat est un échec. Je ne prétends pas tout expliquer par une seule erreur, mais c’est l’abandon de notre politique européenne, jetée aux orties en début de quinquennat au profit d’une forme de vassalisation par les Etats-Unis, qui est à l’origine de tout cela. Ce qui nous a conduits à la situation catastrophique d’aujourd’hui, c’est ce dédain de l’Europe du début de la présidence, additionnée à un véritable retournement d’alliance auquel s’est livré le nouveau président en réintégrant le commandement de l’Otan sans concertation ni contrepartie.

De ce point de vue, la rupture de 2007 a été réelle. Chirac avait refusé d’aller faire la guerre en Irak. Nous sommes allés en Libye : Pour quel résultat ? Il avait refusé de réintégrer l’Otan sans contrepartie. Qu’avons-nous retiré de ce choix ? Le cinquième jour de la guerre en Libye, nous n’étions plus que des supplétifs au service de décisions prises à Norfolk par des officiers amis, certes, mais peu soucieux de notre avis. Au passage, la France a liquidé le projet de défense européenne, patiemment mis au point par le président Chirac dans la lignée de la brigade franco-allemande voulue par François Mitterrand et Helmut Kohl en octobre 1989.

Surtout, il aurait fallu, en 2007, accroître notre coordination économique avec l’Allemagne ; Jacques Chirac, en véritable homme d’État, en avait fait une priorité dès 1999. Il fut taxé d’immobilisme. Sitôt Chirac parti, nous avons fait l’inverse, au nom de l’idée absurde qu’une baisse massive des impôts relancerait l’économie, alors que tous les indicateurs montraient une crise de confiance telle qu’elle n’incitait pas les bénéficiaires des remises fiscales à investir dans le pays. L’autre méthode fut d’accélérer les transferts sociaux, censés relancer la consommation. Échec également : ces transferts ont d’abord enrichi les importateurs de produits chinois, le plus cuisant exemple étant celui de la niche fiscale inventée pour l’occasion qui consistait en des remises d’impôt à ceux qui équiperaient leurs toits de panneaux solaires. Ne nous étant pas assurés que la filière française était prête, ces panneaux furent importés de Chine, pays en situation de quasi-monopole sur le secteur, accroissant, parmi d’autres sottises du même genre, le déficit de notre balance commerciale.

Ce pilotage à vue de l’économie, marque d’un amateurisme sans précédent sous la V’ République, conjugué à l’oubli du traité majeur, celui de l’Élysée du 22 janvier 1963, ont conduit notre pays dans une impasse.

Certains s’imaginent que les propos de Jacques Chirac, interceptés par un micro indiscret lors d’une foire en Corrèze, devraient inciter les chiraquiens à voter pour François Hollande. Pour ma part, il n’en sera rien. Les débats largement télévisés entendus lors de la campagne de la primaire socialiste montrent bien que rien n’a changé chez eux depuis trente ans. Les mérites supposés des 35 heures et de la retraite à 60 ans, issus du Programme commun de la gauche des années 1970, se partageaient la vedette avec l’idée qui nous mènerait à la ruine de limiter notre production d’électricité d’origine nucléaire pour nous rendre plus dépendants du charbon, du gaz et du pétrole que nous ne produisons pas. Avons-nous vraiment besoin d’ajouter le déraisonnable à l’absurde ?

Pour moi, François Bayrou est le seul candidat à être vraiment lucide devant la situation dramatique dans laquelle se trouve le pays. Mais c’est aussi un indépendant : il ne rend de comptes à aucun des groupes de pression, quels qu’ils soient, qui gravitent autour des autres candidats. La réindustrialisation du pays, qui passe par un plan de cinq ans, avec la nomination d’un haut commissaire chargé du dossier, et par la reconstitution d’une véritable direction du ministère des Finances chargée du commerce extérieur, en lieu et place de ce qui n’est plus désormais qu’un appendice de la direction du Trésor, victime expiatoire de la RGPP alors que notre déficit commercial pulvérise tous les records, sont des priorités absolues.

Ceux qui, comme moi, se sont engagés auprès de Jacques Chirac pour l’aider à conquérir l’Élysée n’ont pas le sentiment, douze ans plus tard, qu’il avait laissé notre pays partir à vau-l’eau. En 2012, ce n’est ni d’une alternance ni de la poursuite de la politique menée depuis cinq ans que notre pays a besoin. Il lui faut un vrai changement, conduit par un chef d’État pour qui la politique est le fruit d’un dialogue permanent et bienveillant, au profit d’un pays traumatisé par une incroyable série de désillusions que nul n’envisageait au printemps 2007. François Bayrou, c’est à mes yeux le retour à des éléments fondamentaux de notre vie politique que ce quinquennat, au mépris des règles les plus élémentaires de la vie démocratique, a totalement oubliés.

Rompons avec la rupture : l’expérience terrible que nous venons de vivre doit trouver son terme dans quelques semaines, pour que notre pays retrouve sa confiance et sa voie. 

Jean-Antoine Giansily est aussi diplomate, ancien député au Parlement européen et ancien adjoint au maire de Paris.

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