Les sondages d’opinion font désormais partie du champ médiatique.

Au risque d’influencer la population ?

Vendredi 14 mars 2014 // La France


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Longtemps, les sondages ont été utilisés de manière privée afin d’analyser des tendances de fond. Par les grandes entreprises d’abord, - qui cherchaient à adapter leur marketing aux attentes du public. Par les politiciens ensuite : Giscard d’Estaing avait initié le mouvement en employant un professionnel américain de la communication dans les années 70. Aujourd’hui, les études d’opinion sont devenues publiques et elles sont présentées comme des données exactes et généralisables à toute la population. Quelles sont « les personnalités préférées des Français » ? Selon l’Ifop, on y trouve - avec une grande constance au fil des ans - Yannick Noah, Djamel Debbouze ou encore Omar Sy. Jean Dujardin ? Gérard Depardieu ? Hugo Lloris ? Inconnus au bataillon.

Les sondages politiques peuvent révéler d’étranges résultats. Quand un référendum est testé en Alsace pour supprimer les départements dans le cadre de la fédéralisation planifiée par la Commission européenne, les enquêtes donnent le « oui » largement gagnant. Lors du vote, le projet est pourtant rejeté par les Haut-Rhinois. Dans les semaines précédant l’élection présidentielle de 2012, la cote de popularité de la candidate Marine Le Pen tombe soudainement à 15 % ; dans le même temps, celle de Jean-Luc Mélenchon monte à un niveau proche. Les éditorialistes se délectent de ce duel marginal entre deux partis « extrêmes ». Au moment du scrutin, le candidat communiste n’obtiendra finalement que 11% des suffrages contre 18 % à celui du Front national...

UNE NEUTRAUTÉ DISCUTÉE

Simples erreurs ou tactiques délibérées ? Il est admis qu’il n’existe pas de méthode infaillible. Un sondage peut en premier lieu s’effectuer par téléphone. « On appelle des personnes au hasard, puis on crée un échantillon par rapport aux statistiques de l’Insee sur l’âge, le sexe, la profession et le lieu géographique d’habitation des Français », explique le département opinion de BVA. Difficile cependant de coller aux chiffres de l’Insee : le nombre d’appels nécessaires pour correspondre au point près aux statistiques est colossal. C’est pourquoi les instituts utilisent des panels dits représentatifs, rafraîchis à intervalles réguliers, dans lesquels ils piochent et choisissent leurs propres candidats. Tout est connu. Jeune lecteur de Politique magazine, Louis témoigne : « Il y a quelques années, un grand institut de sondage est venu chez moi pour me poser toute une série de questions. Elles concernaient l’âge, les loisirs, les orientations politiques. Ils ne m’ont jamais recontacté. »

De l’aveu même des statisticiens, il y a dans les meilleurs sondages un taux d’erreur de deux à trois points de pourcentage. En outre, les enquêtes politiques subissent des remaniements après coup. « L’idée est de redresser certains sympathisants à leur juste représentativité ; ceux d’extrême-droite osent moins déclarer leur orientation », explique-t-on chez BVA. Problème : l’ampleur des redressements n’est jamais publiée.

Enfin, la neutralité des instituts de sondage est discutée. La référence du secteur, l’Ifop, est détenue depuis 24 ans par l’ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, qui s’était distinguée en 2011 par un livre qui attaquait la présidente du Front national. Le fondateur de l’institut CSA, Roland Cayrol, a déclaré refuser de travailler pour certains partis politiques ; l’homme a revendu son affaire à Vincent Bolloré, un proche de Nicolas Sarkozy. La TNS Sofres a, quant à elle, été mise en cause par la Commission des sondages à la suite d’une étude publiée en ton qui faisait caracoler en tête le candidat Hollande dans la future élection présidentielle.

 

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