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Les secrets de la secte BOKO HARAM.

Par Arnaud Folch et Laurence D’Hondt.

Jeudi 29 mai 2014 // L’Afrique

Il est 23h30, ce 14 avril, lorsque les jeunes filles pensionnaires, pour la plupart chrétiennes, de l’école de Chibok, au nord-est du Nigeria, sont réveillées en sursaut par des bruits de moteurs, puis par des tirs. Dans la cour, les escaliers, puis les dortoirs, plusieurs dizaines d’hommes en armes. « Ne vous inquiétez pas. Il ne va rien vous arriver ! », hurlent les assaillants. Les adolescentes, âgées de 12 à 18 ans, sont ensuite regroupées, puis contraintes de monter dans des camions et sur des motos. Une cinquantaine d’entre elles parviennent à profiter de l’obscurité pour s’enfuir dans la brousse alentour. Restent 223 adolescentes otages. Avant que les véhicules ne démarrent, la dernière vision qu’auront celles-ci de leur école est un immense brasier, devant lequel leurs bourreaux crient : « Allahu akbar ! ».

Le 5 mai, une vidéo de cinquante- sept minutes revendique cet acte au nom de la secte islamiste Boko Haram. Laquelle s’était déjà rendue coupable, au cours des derniers jours, de deux attentats à la voiture piégée, provoquant plus de 100 morts à Abuja, la capitale du pays. Kalachnikov contre l’épaule, son leader, Aboubakar Shekau fixe la caméra : « J’ai enlevé vos filles. Je vais les vendre sur le marché au nom d’AIlah. » Une dizaine d’entre elles l’auraient déjà été pour 8 à 10 euros. Dix fois plus qu’il n’en faut, dans ce pays, pour corrompre un policier !

Certaines des pensionnaires enlevées, ajoute le "gourou" de Boko Haram, seront « gardées comme esclaves » (afin de servir de "récompenses" aux futures recrues). Puis il prévient : « J’ai dit que l’éducation occidentale devait cesser. Les filles, vous devez quitter l’école et vous marier. Une fille de 12 ans, je la donnerais en mariage, même une fille de 9 ans, je le ferais ! » Moins de dix jours plus tard, le même annoncera qu’une centaine de ses prisonnières se sont déjà converties à l’islam. Sur un nouvel enregistrement, on aperçoit celles-ci, revêtues de voiles et récitant le Coran...

Jusqu’à ce "fait d’armes" qui a ému et révolté le monde entier jusqu’à Michelle Obama, dont la photo appelant à leur libération a été rediffusée 52 000 fois sur Twitter !

Polémique Retour du débat sur l’esclavage

Dans un Occident pétri de repentance, où il est de bon ton de présenter les musulmans en victimes, évoquer les abominations, en paroles et en actes, de Boko Haram revient à "stigmatiser" l’islam dans son ensemble... C’est pourtant sur la stricte application du Coran, et elle seule, que s’appuie cette secte pour justifier ses exactions : 1500 morts, selon Amnesty International, depuis le début de l’année ; trois à quatre fois plus depuis sa création. Sans compter les enlèvements, le plus souvent contre rançon, eux aussi par milliers...

Tout, depuis son origine, laissait prévoir une dérive terroriste, confie un diplomate.

Traduit du dialecte haoussa (majoritairement utilisé dans le nord du Nigeria), Boko Haram signifie "L’éducation occidentale est un péché". Aujourd’hui forte de 30 000 membres, dont 10 000 miliciens, la secte, créée peu après les attentats du 11 septembre 2001, le terrorisme, s’est fixé le même objectif que les mollahs iraniens et les talibans afghans dans leur pays : l’application de la charia et des hadiths de Mahomet dans toute leur rigueur. La guerre sainte à l’extérieur. Pour cela, des liens ont été noués avec le Maghreb islamique (Aqmi) : plusieurs centaines de combattants de Boko Haram sont allés s’entraîner dans ses camps au Mali. « Tout, depuis son origine, laissait prévoir une dérive terroriste, confie un diplomate, mais le gouvernement nigérian a longtemps cherché à "pactiser" avec eux... » peu après les attentats du 11 septembre 2001, Aqmi s’est fixé le même objectif que les mollahs iraniens et les talibans afghans dans leur pays : l’application de la charia et des hadiths de Mahomet dans toute leur rigueur. Le djihad (la guerre sainte) à l’extérieur.

Pour cela, des liens ont été noués avec M-Qaïdtu Maghreb islamique (Aqmi) : plusieurs centaines de combattants de Boko Haram sont allés s’entraîner dans ses camps au Mali. « Tout, depuis son origine, laissait prévoir une dérive terroriste, confie un diplomate, mais le gouvernement nigérian a longtemps cherché à "pactiser" avec eux... »

Il est vrai que, si le Nigeria vient de ravir à l’Afrique du Sud la place de première économie du continent, le pays est aussi pauvre que ses sous- sols, mal exploités, sont riches. Toujours au bord de la guerre civile, la contrée la plus peuplée d’Afrique (166 millions d’habitants) doit aussi et surtout faire cohabiter dans la douleur une population moitié musulmane (au Nord) et moitié chrétienne (au Sud), expliquant en grande partie cette politique du laisser-faire.

Tout va changer à partir de 2009. Décidé à en finir avec Boko Haram, dont l’emprise menaçait des pans entiers du territoire, le pouvoir nigérian ordonne à l’armée de lancer un assaut contre leur ville-QG de Maiduguri. C’est un carnage. Plus de 1000 morts au total. Son fondateur, Mohamed Yusuf, 39 ans, diplômé de théologie et parlant couramment l’anglais, est abattu par les forces de sécurité. Ce prédicateur fondamentaliste rejetait toute modernité, niant jusqu’à la rotondité de la terre…

Pour être provocateur en ces temps de repentance, le propos de Mariani n’en est pas moins vrai. Parmi d’autres, l’ex-professeur à Harvard et au Collège de France Paul Bairoch chiffre ainsi la traite négrière musulmane à 25 millions de personnes (surtout des femmes) contre 11 millions pour la traite occidentale (essentiellement des hommes). L’esclavagisme musulman a duré quatorze siècles, ne prenant fin, officiellement, qu’en 1920 au Maroc (alors sous protectorat français), 1962 en Arabie Saoudite et 1980 en Mauritanie.

Son objectif : multiplier les actions chocs pour "faire trembler le monde".

Aboubakar Shekau est tout aussi extrémiste, mais il a de plus "hautes" ambitions pour la secte que le recrutement de populations désoeuvrées : la faire sortir de son anonymat au niveau international et donc multiplier les "coups d’éclat", notamment contre les intérêts étrangers. « Nous devons faire trembler le monde », affirme-t-il. D’où l’enlèvement d’une famille française au Cameroun en 2013 et d’un religieux, le père Vandenbeush. Et, aujourd’hui, celui des 223 adolescentes...

Conscients de l’émoi planétaire déclenché par cet acte, mais aussi du contrecoup pour l’image des musulmans que produit, en Occident, le rappel de leurs traditions esclavagistes, nombreux sont aujourd’hui les représentants de l’islam à condamner Boko Haram. Ce n’est pas le cas du cheik Ibrahim Zakzaky, le leader des Frères musulmans du Nigeria, qui affirme que la secte « n’existe pas » et que sa dernière opération n’est qu’une « mise en scène des services de sécurité du Nigeria ou des forces extérieures qui veulent diviser [leur] communauté ». Disposant de plusieurs millions de fidèles à travers le monde, les Frères musulmans sont le parti d’origine du fondateur de Boko Haram...

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