Les riches ont sauvé New York.

Vendredi 29 novembre 2013 // Le Monde


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Le maire sortant, Michael Bloomberg, avait tout fait pour attirer les grosses fortunes. La ville en a largement profité. Cela devrait changer avec le nouveau maire, élu ce 5 novembre.

New York n’a pas de pétrole, mais elle a des riches. Le maire sortant, Michael Bloomberg, en voulait le plus possible : « Si on pouvait accueillir tous les milliardaires de la Terre, ce serait une bénédiction divine », disait-il, fin septembre. Le démocrate Bill de Blasio, son très probable successeur à l’issue du scrutin municipal de ce 5 novembre, n’est pas sur la même longueur d’onde. Il annonce vouloir les taxer davantage.

Milliardaire lui-même sa fortune est de 27 milliards de dollars, selon le magazine Forbes, Michael Bloomberg quittera la mairie après avoir fait de la ville un aimant pour les grosses fortunes du monde. En mai 2013, 70 milliardaires vivaient à New York. Ils n’étaient que 28 dix ans plus tôt. Moscou et Londres, deuxième et troisième au classement, n’en comptent respectivement que 64 et 54. « Je pense qu’il y en a en réalité 200 à 300 », estime Leslie Mandel, créatrice de la Rich List Company, gestionnaire de fichiers recensant les Américains richissimes dans le but de lever des fonds.

Bloomberg s’était appuyé sur ces "ultrariches" pour sortir la ville du traumatisme économique causé par les attentats du 11 septembre 2001, malgré des taxes locales élevées par rapport au reste du pays. Il les a courtisés à grand renfort d’allégements d’impôts, partageant leurs galas de charité et leurs tournois de golf. Il avait réussi à faire installer le siège de Goldman Sachs dans le sud de Manhattan, en contrepartie de plus de 1 milliard d’euros d’allégements fiscaux et de loyer.

Bloomberg a soutenu l’essor de la Silicon Alley new-yorkaise, grâce à des incitations fiscales et à des partenariats public-privé. Calqué sur la Silicon Valley californienne, ce réseau d’entreprises du Web et de la haute technologie a produit cette année son premier milliardaire : Jon Oringer, jeune PDG du site de partage de photos et de vidéos Shutterstock, a rejoint Ralph Lauren, Rupert Murdoch et George Soros dans ce club des New-Yorkais les plus riches.

Le poids financier de cette élite 400 milliards d’euros a permis le développement de nombreux services spécialisés, du promeneur de chiens au gestionnaire de patrimoine. Wall Street emploie quelque 25 600 personnes, apportant 3,8 milliards de dollars d’impôts à la ville, 27 % de plus qu’en 2011. Les déductions généreuses et la réglementation souple permettent aux ultrariches de soutenir des oeuvres caritatives, de financer la rénovation de parcs et de bâtiments et de stimuler la vie culturelle locale. Leurs donations sont parfois mirobolantes. Cette année, l’homme d’affaires Leonard Lauder, qui pèse 8,1 milliards de dollars, a donne sa collection de peintures bistes au Met. Elle est estimée à un peu plus de 1 milliard.

À la faveur d’abattements fiscaux hérités des années 1970, les gratte-ciel ont poussé à Manhattan et à Brooklyn, de l’autre côté de l’East River. Malgré des prix astronomiques, ils trouvent preneur. Le Ones57, une tour de 90 étages due à l’architecte français Christian de Portzamparc, propose, près de Central Park, des appartements avec trois chambres pour 12,3 millions d’euros, des appartements terrasses pour 36 millions : « 70% des unités sont déjà vendues, assure Benoît Pous-Bertran de Balanda, responsable de Black Tulip Organization, une société spécialisée dans l’immobilier de luxe. Le niveau de services disponibles à New York pour cette clientèle est bien supérieur à celui qu’on peut trouver à Paris. Certains immeubles de luxe à Manhattan ont des accès souterrains, des restaurants privés, des piscines, des salles de sport, des liftiers. Il est même possible de faire monter un chef chez soi. »

Revers de la médaille, le fossé entre catégories sociales s’est creusé. Si les revenus dans les quartiers les plus riches ont augmenté de 55 %, ils ont stagné dans les moins favorisés. Ces inégalités croissantes font dire au démocrate Bill de Blasio qu’il existe "deux New York" et justifient, à ses yeux, une prochaine augmentation des impôts pour les plus riches, pour financer les crèches, l’étude après l’école et multiplier les logements abordables. New York perdra-t-elle pour autant ses grandes fortunes ? « Ils resteront si le coût du déménagement est supérieur à ce qu’ils paient en impôts », estime M. de Balanda.

De New York, Alexis Buisson ; le républicain Michael Bloomberget le démocrate Bill de Blasio (un géant de deux mètres). Au multimilliardaire libéral devait succéder un populiste de gauche.

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