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Les preuves de la fortune de l’UMP Balkany dans les paradis fiscaux.

Par Fabrice Arfi et Mathilde Mathieu

Mercredi 30 octobre 2013 // La France

Après la publication du livre French Corruption, dont il est le témoin central, l’ancien élu des Hauts-de-Seine Didier Schuller a remis à la justice, mercredi 23 octobre, quatre documents accablants sur les montages offshore et la fortune de Patrick Balkany en Suisse, au Liechtenstein et à Saint-Martin. Mediapart les publie en intégralité.

L’heure de la vengeance a sonné pour Didier Schuller. L’ancien élu des Hauts-de-Seine, qui avait porté bien seul le chapeau judiciaire dans l’affaire des HLM 92, n’est pas venu les mains vides, mercredi 23 octobre, dans le cabinet des juges anti-corruption Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire.

Didier Schuller a été condamné dans l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine. Pas Patrick Balkany...
Didier Schuller a été condamné dans l’affaire des HLM des Hauts-de-Seine. Pas Patrick Balkany...©

À l’origine, l’ancien conseiller général de Clichy-la-Garenne, où il se présente pour les prochaines élections municipales, était entendu sur des confidences du marchand d’armes Ziad Takieddine dont il a dit, dans le livre French Corruption (Stock), avoir été le destinataire concernant le financement de la campagne d’Édouard Balladur en 1995.

Mais n’étant qu’un témoin très indirect dans ce dossier, c’est sur une tout autre affaire que Didier Schuller a apporté aux juges des éléments probants, sous la forme de documents bancaires, traces de versements et rapports de police édifiants, que Mediapart publie en intégralité (voir page 2 de cet article). Tous portent sur les montages offshore et la fortune en Suisse, au Liechtenstein ou à Saint-Martin, de l’actuel maire et député de Levallois-Perret, Patrick Balkany (UMP).
Président de l’Office des HLM des Hauts-de-Seine quand Didier Schuller en était le directeur général (1988-1995), Patrick Balkany, un intime de l’ancien président Nicolas Sarkozy, est aujourd’hui – et plus que jamais – dans le viseur de son ancien complice.

Intime de l'ancien président Nicolas Sarkozy, Patrick Balkany est maire et député de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine)
Intime de l’ancien président Nicolas Sarkozy, Patrick Balkany est maire et député de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine)© Reuters

Didier Schuller, qui a connu la prison et le bracelet électronique après avoir été condamné en 2005 puis en 2007 en appel, contrairement à Patrick Balkany, relaxé, n’a pas caché sa rancune devant les magistrats : « J’ai payé ma dette, je constate aujourd’hui que le président de l’office des HLM de l’époque, M. Balkany, a été relaxé. Il s’en est bien mieux sorti que moi. Je n’ai aucun patrimoine si ce n’est qu’un quart d’appartement en indivision, ayant appartenu à ma mère », a-t-il dit sur procès-verbal.

« Par contre, a-t-il ajouté, M. Balkany, comme la presse le relate et comme semblent le confirmer les documents que je vous ai remis en copie et qui étaient à la disposition de la justice, aurait à sa disposition un palais à Marrakech, une résidence de luxe à Saint-Martin et l’usufruit du Moulin de Giverny. »

Il a terminé sa déposition d’une phrase assassine : « Je suis heureux de voir que ce que je pensais être du financement politique a pu profiter à d’autres fins et sans doute personnelles. » Lui qui fut de tous les secrets de Patrick Balkany dans les années 1980 et 90 sait de quoi il parle. Au terme de l’audition, les juges ont donc annexé quatre documents accablants pour l’actuel député et maire de Levallois, que leur a remis le témoin.

Fait surprenant : tous ces documents sont issus de la procédure judiciaire sur l’affaire des HLM, vieille de quinze ans, mais, étrangement, n’ont pas provoqué la mise en cause de Patrick Balkany sur les faits précis qu’ils révèlent. « C’est extravagant ! Je n’ai jamais été interrogé dessus, ni à l’instruction, ni lors des procès en première instance ou en appel, alors que c’était dans le dossier », s’étrangle aujourd’hui Didier Schuller, interrogé par Mediapart. « C’est évident : Balkany, dont ces documents montrent qu’il a quand même blanchi 33 millions de francs et qu’il possède un patrimoine caché, a été protégé », poursuit-il.

Nul ne sait, pour l’heure, quelles suites judiciaires vont donner les juges Van Ruymbeke et Le Loire à cette remise de documents, qui s’avèrent totalement extérieurs à leur champ d’investigation sur les ventes d’armes et la campagne Balladur. Contacté, le parquet de Paris dit n’exclure aucune hypothèse. D’autant que se pose clairement la question de l’éventuelle pérennité d’un tel système ou de sa transformation grâce à d’autres montages, toujours au profit de Patrick Balkany, qui n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

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