Les politiques ? Ils sont dans le déni.

Samedi 28 avril 2012 // La France

Drapeau de FranceSelon le magazine britannique-d’inspiration libérale, les candidats parlent de tout sauf de l’essentiel : les douloureuses réformes qu’il faudra mener.

Si vous visitez la zone euro, vous sentirez souffler le vent vivifiant de la réforme. Fort de son plan "Salva Italia", Mario Monti n’a pas hésité à déclarer que la crise de l’euro était presque terminée. En Espagne, le gouvernement de Mariano Rajoy a réformé le marché du travail et présenté un budget d’austérité pour 2012. Malgré toutes leurs difficultés, les Grecs savent que le temps des dépenses inconsidérées et de l’évasion fiscale est révolu. Mais il y a un pays qui n’a pas encore compris à quel point la situation avait changé.

La France aborde la dernière ligne droite de sa campagne présidentielle. Or le plus frappant, dans cette élection, c’est que les candidats ne disent pratiquement rien du marasme économique dans lequel est plongé le pays. Ils parlent au moins autant de dépenser plus que de dépenser moins. Aucun n’envisage sérieusement de réduire les impôts, exorbitants. M. Sarkozy, qui en 2.007 entonnait l’air de la rupture, ne jure plus que par le protectionnisme, il menace de taxer les exilés fiscaux ou encore de quitter l’espace Schengen et, du moins avant la tuerie de Toulouse, il n’avait pas de mots assez durs contre l’immigration et la viande halai. De son côté, M. Hollande promet de créer 60 000 postes dans l’enseignement, de revenir partiellement sur la réforme des retraites et de faire payer les riches (dont il a dit, un jour, allègrement, qu’il ne les aimait pas) par l’instauration d’une tranche d’imposition à 75 % [sur les revenus dépassant 1 million d’euros].

Les défenseurs de la France font valoir que le pays est loin d’être aussi mal en point que ses partenaires méditerranéens de la zone euro. La France dispose d’atouts économiques enviables : une main-d’oeuvre instruite et productive, plus de sociétés apparaissant dans les 500 premières du classement mondial du magazine Fortune que n’importe quel autre pays européen, son dynamisme dans les services et l’industrie haut de gamme.

Nul n’envisage de réduire les impôts

Cela dit, les fondamentaux sont nettement moins encourageants. La France n’a pas équilibré ses comptes depuis 1974. La dette publique s’établit à 90 % du PIB et elle ne cesse d’augmenter. Les dépenses publiques, à 56 % du PIB, engloutissent une part plus importante de la production que dans n’importe quel autre pays de la zone euro - plus encore qu’en Suède. Les banques sont sous-capitalisées. Le chômage est plus élevé qu’il ne l’a jamais été depuis la fin des années 1990, il n’est pas redescendu au-dessous de 7 % en près de trente ans, entraînant un sous-emploi chronique dans les banlieues* en proie à la délinquance. Les exportations stagnent. En données corrigées de l’inflation, la France présente le déficit de la balance des paiements courants le plus élevé de toute la zone euro. Elle pouvait peut-être vivre à crédit avant la crise financière, lorsqu’il était encore possible d’emprunter facilement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. De fait, une France à l’économie stagnante, réfractaire aux réformes, pourrait même être frappée de plein fouet par la prochaine crise de l’euro.

Il n’est pas rare que les politiques évitent dé rappeler certaines vérités dérangeantes pendant une élection, mais, par les temps qui courent, il est inhabituel en Europe de les passer sous silence à ce point, comme le font en France les candidats à la présidentielle. En Grande-Bretagne, en Irlande, au Portugal et en Espagne, les électeurs ont arrêté leur choix sur des partis qui leur promettaient un réalisme douloureux. Le problème, en France, vient en partie du fait que les électeurs sont convaincus de la bienveillance de l’Etat et de la cruauté sans bornes du marché. Les Français sont pratiquement les seuls parmi les pays développés à considérer la mondialisation comme une menace aveugle et non comme une source de prospérité. Et tandis que l’extrême gauche et l’extrême droite prêchent le protectionnisme, n’importe quel candidat croit devoir caresser l’électorat dans le sens du poil.

Le pire serait qu’ils soient sincères

De nombreux dirigeants d’entreprise ne désespèrent pas de voir émerger un certain réalisme. Le débat va revenir au centre lorsque M. Sarkozy et M. Hollande vont s’affronter au second tour ; et, une fois élu, le nouveau président va renoncer à ses promesses dispendieuses et mener un programme de réformes raisonnable, comme certains de ses homologues européens. Mais est-ce vraiment possible ?
A vrai dire, il y a une hypothèse plus inquiétante que le manque de sincérité : les candidats pensent peut-être vraiment ce qu’ils disent. Et dans le cas de M. Hollande, qui reste le vainqueur le plus probable, une telle éventualité pourrait avoir des conséquences désastreuses. La dernière fois qu’un candidat socialiste inexpérimenté a été porté à la présidence, c’était en 1981. En tant que protégé de François Mitterrand, M. Hollande n’a certainement pas oublié comment les choses ont tourné pour son mentor. Après avoir nationalisé des pans entiers de l’industrie et soumis le pays à deux dévaluations, ce qui lui a valu des mois de sanctions de la part des marchés, M. Mitterrand a été obligé de faire machine arrière.

Les partisans de M. Hollande affirment qu’il est pragmatique, que son programme est bien plus modéré que celui de M. Mitterrand. L’abaissement de l’âge de la retraite ne s’appliquerait qu’à une petite catégorie de travailleurs ; le taux d’imposition à 75 % ne concernerait qu’une toute petite minorité de contribuables. Pourtant, de tels projets traduisent une hostilité envers l’esprit d’entreprise et la création de richesses. Ils témoignent, de la part du Parti socialiste, d’une incapacité à admettre que le monde a changé depuis 1981. A cette époque, des mesures de contrôle des capitaux étaient encore en vigueur, le marché unique européen n’avait pas encore été mené à son terme, les jeunes travailleurs étaient moins mobiles, la monnaie unique n’existait pas.

Si M. Hollande l’emporte en mai (et si son parti gagne aussi les législatives de juin), il pourrait s’apercevoir qu’il ne faut que quelques semaines aux investisseurs pour fuir le marché obligataire français. Et si jamais M. Sarkozy était réélu, les risques ne disparaîtraient pas pour autant. Lui non plus n’envisage pas les réformes radicales ou la réduction structurelle des dépenses dont la France a besoin. Les dures réalités ne vont pas tarder à rattraper la France, quel que soit son nouveau président.

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