Les marchés financiers.

Une dette irrécupérable ?

Jeudi 6 décembre 2012 // Le Monde

Malgré les actions des banques centrales, l’activité ralentit dans toutes les zones économiques. La dette ne produit plus les effets escomptés. Le paradigme de la croissance à crédit pourrait vivre ses dernières heures.

L’hésitation grandit chez les opérateurs : le marché obligataire rapportant de moins
en moins, faut-il acheter des actions ? En effet, les rendements du dividende y sont relativement attrayants (plus de 4% en moyenne sur les grands indices français et allemands), et les valorisations à dix fois le résultat net estimé pour 2012 pas excessives. Mais acquérir une action qui équivaut au bénéfice potentiel des dix années suivantes suppose une anticipation de croissance des ventes. Or, un doute apparaît. Si des secteurs comme le luxe montrent une santé étincelante, certaines des plus grosses industries souffrent beaucoup, comme l’automobile. Et l’économie est de moins en moins dynamique.

En France, le PIB n’augmente plus depuis trois trimestres. Sur le continent européen, la consommation s’affaiblit en raison de l’effet combiné de la hausse des prix et d’un taux de chômage qui atteint son plus haut niveau depuis la création de l’euro (jusqu’à 25% en Espagne !). Comme le montrent les enquêtes auprès des entreprises, les débouchés s’estompent aussi à l’extérieur. Aux Etats-Unis, le PIB ne devrait pas prendre plus de 1,5% cette année malgré une éclaircie dans l’immobilier. En Chine et au Brésil, deux pays où le secteur bancaire est gorgé de prêts à la construction, la croissance freine considérablement, passant de plus de 10% à 7,5% pour le premier, et de 5% à 1,5% pour le second.

LE RENDEMENT DE LA DETTE S’ÉCROULE

Cette évolution peut étonner, car les banques centrales ont fait feu de tous bois pour relancer la croissance à crédit. Depuis 2006, la BCE a augmenté son bilan de 2 000 milliards d’euros en escomptes et en rachats d’obligations. En parallèle, la production totale n’a grimpé que de 1000 milliards dans la zone euro. Aux États-Unis, la Fed a injecté l’équivalent de 16% du PIB en liquidités ces quatre dernières années, mais ce dernier n’a augmenté que de 9%. Certes, le système bancaire, qui prête jusqu’à trente fois plus qu’il n’a d’argent en caisse, est maintenu en vie. La dette peut donc continuer de tourner, et les gouvernements qui l’utilisent à outrance ne font pas faillite (ainsi de l’État grec, dont le budget total n’a pas reculé en dépit des articles innombrables sur l’ « austérité »)., x’` Mais les recettes n’augmentent plus. Or, pour les entreprises comme pour les États, les rentrées d’argent sont la justification à l’utilisation de l’endettement, car elles constituent le seul gage d’un remboursement futur. Si un dollar d’endettement ne rapporte pas au moins un dollar de croissance, la dette devient irrécupérable. Nous sommes dans ce schéma aux États-Unis depuis 2006, en Europe (hors Allemagne) depuis 2008 et la Chine avance à grands pas vers ce point de rupture. En France, sur les cinq dernières années, la production d’un euro de dette (publique et privée) n’a « acheté » que 0,22 euro de PIB. Observant cette dissociation inquiétante pour leurs bilans, les établissements privés ont réduit le levier utilisé. Quant à l’administration, avec l’appui des banques, elle ne trouve d’autres parades que de renforcer la tendance en cours, en utilisant à l’extrême les déficits pour aspirer les dernières miettes de croissance... Le moment décisif où la dette ne produira plus de rendement semble approcher à grands pas.

Conclusion : la situation financière est inédite. Elle pourrait donner lieu à de vastes transferts de richesse. Que les conséquences soient pécuniaires ou politiques, il est préférable de diversifier son patrimoine en constituant des stocks d’actifs réels.

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