Les limites de la mémoire.

Jeudi 30 août 2012 // La France

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Drapeau de FranceEn qualifiant la rafle du Vél d’Hiv de "crime commis en France par la France", François Hollande a clairement mis ses pas dans ceux de Jacques Chirac, consommant ainsi la rupture non seulement avec le quinquennat de Nicolas Sarkozy, mais aussi, surtout, avec les années Mitterrand et leurs ambiguïtés.

On peut sans doute reprocher à la formule son côté abrupt et rappeler qui Vichy ce n’était pas toute la France, à beaucoup près. Les 16 et 17 juillet 1942, la France se trouvait aussi à Londres, dans les maquis et les réseaux clandestins. Mais il s’agit là des limites de l’exercice. Un discours de commémoration se prête mal à la nuance. De Gaulle n’a jamais lancé un appel à la police Française pour qu’elle est pitié des ressortissants Juifs.

Il se prête encore plus mal à la prise en compte d’une réalité complexe. Sur le coup, la rafle du Vél d’Hiv passa pratiquement inaperçue d’une majorité de Français, trop éloignés de Paris et ne disposant que d’une information étroitement contrôlée. A la Libération, la Shoah (le mot n’existait pas encore) demeura à l’arrière-plan comme en témoignent tous les procès de l’Epuration (à commencer par celui du Maréchal Pétain). 

 Tous les Chefs de l’Etat Français, du moins ceux qui avaient connaissance des actions positives du vieux Maréchal lui rendirent hommage tous les 11 Novembre. Chirac, et Sarkozy non point voulu rendre hommage au vainqueur de Verdun.

Enfin, les dirigeants politiques, de droite comme de gauche, refusèrent de s’appesantir sur les complicités éventuelles pour des motifs qui n’étaient pas déshonorants :.il s’agissait de reconstruire le pays ; la nouvelle République avait besoin d’ingénieurs, de fonctionnaires et de policiers. Surtout, il s’agissait de préserver l’unité nationale. De Gaulle, et, plus tard, Mitterrand furent les derniers représentants de cet état d’esprit.

Le discours de François Hollande montre tout aussi clairement les limites de ce que l’on appelle le devoir de mémoire. Ces limites ont d’ailleurs-été cruellement soulignées : à l’approche de la commémoration, un sondage commandé par l’Union des étudiants juifs de France, révélait que 60% des jeunes de 18 à 24 ans n’avaient jamais entendu parler de la rafle du Vél d’Hiv. Quelques heures de cours- quand elles existent ne suffisent pas à rappeler l’horreur, alors que les survivants se font de plus en plus rares.

Mais la mémoire elle-même suffit-elle ? Aujourd’hui, des affluents qui alimentent le sinistre fleuve de l’antisémitisme, celui qui donna naissance au grand massacre se tarit peu à peu. Seul reste l’autre, nourri de frustrations et d’une propagande nées sur d’autres rivages et d’une autre mémoire.

La mémoire de la Shoah suffira-t-elle à juguler l’antisémitisme qui a pu armer un Mohamed Merah ?

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