Les leçons de l’étranger mal venues.

Mercredi 28 mars 2012, par Jean Paul Tedga // L’Afrique

La crise qui affecte, sévèrement, les économies des pays de l’OCDE, ne peut trouver de réponse adéquate à partir des réformes qu’on nous présente à longueur de journées. Quand, chaque jour qui passe, un pays comme la France, par exemple, assiste, impuissant, à la fermeture de ses usines, qui vont s’installer, dans les pays émergents, il ne faut pas être Prix Nobel d’économie pour comprendre qu’il s’agit d’une équation sans solution. Les emplois sauvés grâce au traitement social du chômage ou ceux d’avenir créés grâce à la supériorité incontestée de la France dans le secteur de la recherche-développement, ne sont, malheureusement, pas suffisamment nombreux pour compenser les suppressions de postes dans les usines, dues, parfois à des logiques industrielles et financières contestables, certes, mais imposées par la mondialisation. Voilà pourquoi aujourd’hui comme demain, et même après-demain, les dirigeants politiques des pays de l’OCDE, risquent de ne pouvoir faire grand-chose face à cette situation. Ils doivent donc trouver des moyens de survie, ailleurs, parfois, en mettant le feu où ils passent.

George W. Bush a, ainsi, envahi l’Irak, sur de faux prétextes, pour avoir la mainmise sur son pétrole. Aujourd’hui, ça coûte ce que ça coûte à l’armée américaine, en termes de pertes en vies humaines, mais l’opération est bénéfique pour le trésor américain.
Nicolas Sarkozy a tenté le même coup en Libye. L’ambition (non avouée), c’est d’y puiser presque, gratuitement, des ressources qui viendraient irriguer la très asséchée économie française. La stratégie du chef de l’Etat français est coincée à cause des graves difficultés qu’il rencontre auprès des Français qui ne souhaitent plus sa réélection.

La Côte d’Ivoire pourrait, également, illustrer ce propos. A entendre parler les amis de Laurent Gbagbo, les principaux leviers du pouvoir, à Abidjan, sont tous, entre les mains des Français. Vrai ou faux ? Je n’ai pas été dans ce pays depuis un certain temps ni parlé avec Alassane Ouattara (que je trouve, pour ma part, qualifié pour sortir son pays de ses graves difficultés actuelles), mais ces accusations venant des personnes censées, proches de l’ancien président de Côte d’Ivoire, sont à prendre au sérieux.

Pour faire l’OPA sur les pays africains, les pays du Nord avancent, toujours, masqués. Jamais à visage découvert. Ce sont leurs ONG des droits de l’homme qui jouent, très souvent, les éclaireurs : elles s’emparent du problème (au nom du droit d’ingérence) pour décerner les bons et les mauvais points. Très vite relayées par la presse occidentale qui joue dans le même camp, ces ONG arrivent à une situation où à force de parler très fort et tout le temps de la même chose, sans qu’en face, la partie mise en cause n’ait la possibilité de s’expliquer ni de répondre, elles finissent par imposer l’inacceptâble à l’opinion, surtout, aux masses africaines dont leur propre presse, mal formée, insuffisamment instruite, se contente de , boire » et de reproduire, ces informations venues d’ailleurs comme des vérités bibliques toutes faites, à leur public. C’est comme cela qu’on reconquiert l’Afrique à moindre coût, presque sans effort. Pire, c’est comme cela que le boulevard de la recolonisation des Etats africains est, facilement, tracé, pour les anciens colonisateurs dont l’effort à consentir consiste seulement à donner quelques subventions aux ONG des droits de l’homme en question, qui excellent dans la déstabilisation et la désinformation, afin qu’elles continuent leur oeuvre de destruction massive en Afrique. C’est le rouleau compresseur qui est en train d’être déroulé, actuellement, au Sénégal, et dont le grand bénéficiaire, à titre personnel, est Macky Sali. S’il gagne, le grand perdant sera le Sénégal qu’il sera contraint de livrer à ses sponsors du Nord. Voilà pourquoi il faut soutenir Abdoulaye Wade que l’Occident veut faire partir par tous les moyens. Parce qu’il lui tient tête.

Avant lui, le président du Cameroun, Paul Biya a aussi connu les mêmes difficultés venant des mêmes organisations, difficultés relayées par les mêmes journaux ont vite compris où était l’intérêt de leur pays.

Ils l’ont soutenu et mis cette stratégie en échec. Alors qu’avant l’élection présidentielle d’octobre 2011, personne ne voulait recevoir Paul Biya à l’Elysée et au département d’Etat, aujourd’hui, les portes lui sont à nouveau ouvertes. Qu’en est-il du Burkina Faso ? A cause de sa prochaine réforme constitutionnelle, il semble être dans le collimateur des mêmes pays et organisations. Est-il nécessaire de rappeler qu’une telle opération relève de la souveraineté d’un Etat et qu’il n’appartient nullement à un autre pays ou organisation de la critiquer. C’est de l’ingérence. En tant que président du Faso, Blaise Compaoré n’a pas à demander la permission à Ban Ki-Moon ou à Benoît XVI ou à quiconque pour changer la constitution du pays qu’il dirige. Tout comme Barack Obama, à Washington, n’a pas à demander l’avis du président du Faso pour assouplir, par exemple, la législation concernant les homosexuels en Amérique. D’autre part, ce n’est pas parce que le président américain tolère l’homosexualité dans son pays, qu’il doit l’imposer à son homologue du Faso. Parce qu’il s’agirait des droits de l’homme. Or, c’est ce qui se passe tous les jours.

Les ambassades de ces pays ou les ONG occidentales dites des droits de l’homme, se permettent de donner des avis sur tout, même dans des domaines qui ne relèvent pas de leur compétence. Il faut que cela cesse. Que les Africains apprennent à dire , Non » et à ne plus accepter n’importe quoi. Car c’est en les distrayant, ainsi, que les dirigeants africains se détournent, parfois, sans le vouloir, de leurs programmes initiaux de développement.

Du 16 au 31 mars 2012 - www.afriqueeducation.com

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