Les états d’âme de la Droite populaire.

Jeudi 19 avril 2012, par Geoffroy LEJEUNE // La France

Drapeau de FranceCampagne Promis à des législatives compliquées,mis à l’écart du dispositif de Sarkozy, les députés de la Droite populaire ont le blues. Pourquoi un tel traitement pour les francs-tireurs de la majorité  ? Enquête : « Sur valeurs actuelles ».

Villepinte, le 11 mars. Sarkozy s’apprête à lancer son grand meeting. Les orateurs se succèdent sur la scène du Parc des expositions. Au micro, ils haranguent les 70 000 spectateurs pressés dans les travées. Instant glorieux : les drapeaux tricolores s’agitent, la foule est prête à rugir. Les figures de la droite sont réunies : Filon, Copé, Guaino, les ralliés Morin et Boutin, Bernadette Chirac... Seuls manquent, à la tribune, les députés de la Droite populaire : aucun n’a été invité à s’exprimer. Dans les rangs réservés aux parlementaires, une étiquette collée au dos des chaises permet de trouver sa place. Les députés de la Droite populaire n’y ont pas droit. Ils s’installent au hasard des places restées vides, dans les premiers rangs.

Sur la scène, Guillaume Peltier, fraîchement promu porte-parole adjoint de Sarkozy, présente les soutiens "people" du président-candidat. Un membre de la Droite populaire maugrée en le voyant : « Il est si fier dans ses nouveaux habits ! Il y a six mois, il m’appelait pour des conseils. Maintenant, c’est fini, il se prend pour une star. »Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, parle à son tour. « Ciotti, il a raflé la mise. Il n’a participé à aucun de nos combats, mais tout le monde croit qu’il est à la Droite populaire, alors qu’il n’en a jamais fait partie ! »,poursuit l’édile, amer.

La même amertume se lit sur la plupart des visages des députés de la Droite populaire. Car les francs-tireurs de la majorité annonçaient depuis leur création, le 14 juillet 2010, notamment dans Valeurs actuelles (n° 3896), que Sarkozy devrait faire campagne à droite pour gagner en 2012. Bien avant le discours de Bordeaux sur la justice, bien avant celui de Villepinte sur l’Europe, avant aussi l’interview au Figaro Magazine sur les valeurs, la Droite populaire suppliait Sarkozy de renouer avec ses thèmes de 2007. Le devançant de quelques semaines, le collectif publiait même une version de son projet, aux airs de boîte à idées pour le candidat sortant, dans laquelle il ne s’est depuis pas privé de piocher.

« Nous avons eu raison avant tout le monde sur la stratégie à adopter, claironne Jean-Paul Garraud. La Droite populaire a eu le courage de mettre sur la table les vrais sujets du débat : droit de vote des étrangers, récidive, souveraineté. :. La France profonde, celle qui souffre, celle que Sarkozy doit reconquérir pour gagner, est avec nous. » Et pourtant... les francs-tireurs semblent promis aux seconds rôles de la campagne. L’un d’eux déplore : « Ça commence à bien faire ! On nous appelle quand on a besoin de nous, pour faire le sale boulot, celui que personne ne veut faire. Quand il faut se mouiller, c’est la Droite populaire qui s’y colle... ! » Un autre s’emporte : « C’est toujours grâce à nous qu’on gagne les élections, et ce sont les centristes qui se partagent les postes !A la tête de l’UMP, il y a Copé, Novelli et Daubresse. Pourquoi cette équité dans le partage des postes alors que les centristes passent leur temps à avoir des états d’âme ?Il faudra bien qu’un jour on nous remercie ! »N’allez pas dire aux députés de la Droite populaire que la nomination de Thierry Mariani, cofondateur du collectif, au ministère des Transports a récompensé leur influence : « Mariani a été nommé parce qu’il commençait à ouvrir sa g...,pas parce qu’il était à la Droite populaire ! »

« Si Sarkozy est réélu, peste un élu du Sud-Est, il faudra qu’il sache récompenser ses fidèles : L’ouverture, ça marche dans les deux sens. Devedjian [qui avait affirmé être favorable à l’ouverture, jusqu’aux sarkozystes] avait raison ! D’autres tempèrent leurs camarades : « On ne doit pas penser à nous, insiste Jean-Paul Garraud, mais à notre pays ! » Philippe Meunier, député du Rhône, ne dévie pas de la ligne : « Nous n’avons pas besoin d’être récompensés. Je me bats pour mes idées, pour les faire gagner. » Avec Mariani, il est membre de l’équipe resserrée de la campagne de Sarkozy, qui se réunit chaque mercredi au QG parisien pour un point stratégique sur la campagne. Pourtant, quand la jeune garde humaniste de la majorité (Christophe Béchu, Franck Riester) est reçue à l’Élysée pour des entretiens en certes restreint, les dents grincent du côté la Droite populaire : « En un an et demi, le président ne nous a reçus qu’une qu’une seules fois... »

En octobre, peu après la perte du Sénat par la droite, le journal le Monde tablait sur un scénario étonnant : le basculement à gauche de l’Assemblée nationale, après une étude approfondie du redécoupage électoral et des résultats aux élections intermédiaires depuis 2007 — et ce, même en cas de réélection de Sarkozy. Stupeur à l’Assemblée. Dans les couloirs, les politiques et leurs collaborateurs se passent le mot. « Tout est vrai, soupire une élue UMP. Les législatives vont être très compliquées pour nous... » A la Droite populaire, les députés n’ont pas, loin s’en sut, été épargnés par le redécotipage électoral. En témoigne-t-il le sort de Valérie Boyer, dont la circonscription marseillaise atout bonnement été supprimée ! Ou celui de Jean-Paul Garraud, en Gironde (en 2007, il était élu avec 51,5 % au second tour), dont la circonscription a été amputée d’un des trois cantons de droite, sur les huit qu’elle comprend. « La partie va être rude... Je suis encerclé par la gauche ! Mais je m’efforce d’être positif », coupe-t-il. Certains y voient une injustice. Car la Droite populaire devrait être la grande perdante du scrutin.

Les "députés pizzaiolos" vont au massacre

Le scénario qui s’écrit pour elle n’a rien de réjouissant. Le discours décomplexé, empreint du franc-parler de ces "soutiers" de la majorité, contribue à légitimer celui du Front national. Conséquence ? Dans leur circonscription, les élus sont tous sous la menace de triangulaires avec le FN : « Cesera un massacre », résume un membre influent du collectif. Les "députés pizzaiolos", surnom dont on affuble les élus du Sud tel Lionnel Luca, qui osent parler d’immigration, critiquer la mondialisation et évoquer la nation, ceux dont l’irrédentisme a mué en mépris des élites et de la caste des "bien-pensants", risquent d’être les premières victimes du FN aux élections locales.

L’après 2012 reste incertain. Dans la bouche de ce député, on mesure la frustration : « Nous voulons participer à la recomposition de la droite à notre pleine mesure. Notre objectif, c’est d’éviter l’explosion de l’UMP » Et d’ajouter, le ton menaçant : « Mais 1’ UMP ne pourra pas survivre telle qu’elle est avec la part égale faite aux centristes et à ceux qui portent les thèmes populaires. Il faudra choisir à qui l’on donne la primeur ». Garraud résume : « Nous sommes des vieux grognards, toujours fidèles. » Reste une question : lequel, de leur esprit grognard ou grognon, l’emportera ?

Répondre à cet article