Les enfants de Milosevic.

Mercredi 8 août 2012 // Le Monde

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Drapeau de FranceSerbie : La présidence de la République et le nouveau gouvernement sont aux mains d’anciens alliés et d’héritiers de Slobodan Milosevic. Dont Ivica Dacic, nouveau premier ministre.

Douze ans après la chute de Slobodan Milosevic, le 5 octobre 2000, ses héritiers sont de retour au pouvoir. Cette fois, ce n’est pas en tant que simples partenaires au sein d’une coalition gouvernementale dominée par les démocrates proeuropéen, comme c’était le cas depuis 2008 maintenant.

Le nationaliste Tomislav Nikolic, élu contre toute attente président de la République le 20 mai dernier, a désigné le socialiste Ivica Dacic pour être le premier ministre du prochain gouvernement. Ex-ministre de l’Intérieur du pouvoir sortant, le chef du Parti socialiste de Serbie (SPS) a été, de 1992 à 2000, le porte-parole de cette formation fondée par Slobodan Milosevic. Âgé aujourd’hui de 46 ans, celui que les Serbes surnommaient "le petit Milosevic" ou`le petit Sloba" dirigera le nouvel exécutif avec la formation présidentielle, le Parti progressiste serbe (SNS), issu d’une scission d’avec les extrémistes du Parti radical serbe (SRS) de Vojislav Seselj. Cet ancien vice-premier ministre de Milosevic est jugé à La Haye pour crimes contre l’humanité.

L’alliance qui régna sur la Serbie de 1998 à 2000 est ainsi reconstituée. Avec une différence toutefois, puisque le nouveau gouvernement devrait comprendre le Parti des régions unies (URS) de l’économiste Mladjan Dinkic. Soit un total de 133 députés
sur 250.

Avec les 14,5 % de voix recueillies aux élections législatives du 6 mai, les socialistes d’Ivica Dacic s’étaient retrouvés dans la position du faiseur de roi : Arrivé en tête, le Parti progressiste serbe avait rassemblé 24 % des suffrages, contre 22,1 % pour le Parti démocrate du président sortant battu par Nikolic, Boris Tadic. « Pourquoi nous contenter de participer à un gouvernement lorsque nous pouvons le diriger ? a expliqué le futur premier ministre pour justifier ce changement d’alliance. En tant que premier ministre, je ne permettrai en aucun cas que ceci signifie un retour aux années 1990. Ce gouvernement n’est ni pro européen, ni pro russe, ni prochinois ou pro américain. Seul m’intéresse un gouvernement pro serbe qui va travailler dans l’intérêt des citoyens de la Serbie.

Il n’est pas sûr que ces propos suffisent à rassurer. « C’est un pas en arrière Nikolic et Dacic étaient, dans les années 1990, au gouvernement, alors que la Serbie a commis un génocide au Kosovo », dit le premier ministre kosovar, Hashim Thaci. « Le président Nikolic et son futur premier ministre Dacic ont beau proclamer qu’ils maintiendront la politique pro européenne et de réconciliation régionale menée, avec bien des ambiguïtés, par Boris Tadic, ils auront du mal à persuader leurs voisins de leur bonne foi », affirme l’Association Sarajevo sur le site www.bhinfo.fr. Il est vrai que Dacic s’est prononcé en 2011 pour une partition du Kosovo, sa- terre natale, et, à terme, pour le rattachement de la République serbe de Bosnie pour « mettre fin aux contes de fées sur la vie multi ethnique ».

Les premières déclarations du président Nikolic n’ont fait que confirmer ces craintes. Il a déclaré que la ville martyre croate de Vukovar était « une ville serbe » et surtout que le massacre de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, n’était pas un génocide. Un nouveau conflit dans la région est toutefois exclu. Partisan de la Grande Serbie, Tomislav Nikolic en a lui-même convenu : « Il y a des rêves qu’un homme ne peut pas réaliser », a-t-il regretté.

La priorité du nouveau gouvernement sera d’améliorer la situation économique et sociale. Au pouvoir pendant plus de dix ans, les formations démocrates pro européennes et libérales, de Vojislav Kostunica à Boris Tadic, n’ont pas réussi à transformer l’un des pays les plus pauvres d’Europe en une économie dynamique. Les investisseurs étrangers sont aux abonnés absents, un actif sur quatre est au chômage, le salaire moyen mensuel net est de 370 euros. En octobre prochain, le pays pourrait être dans l’incapacité d’honorer ses dettes, selon la Banque mondiale. Ivica Dacic a jusqu’au 5 septembre pour présenter son gouvernement au vote d’investiture de l’Assemblée nationale.

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