Les éditos de la semaine.

Lundi 27 juillet 2009 // Editorial

La nature en ville : « Choix de société. »

Le ministère de l’Écologie et du Développement durable organisait le 29 juin à la Cité universitaire de Paris un colloque sur la nature en ville.

Y a-t-il une nature en ville ? Ce pourrait être en effet la première question qui vienne à l’esprit. Pour les « puristes », il ne saurait en être question, car la ville serait, par définition, à l’opposé de la nature. Pour d’autres, au contraire, la nature est partout, y compris par conséquent dans la ville, qui en serait même une forme d’émanation. En fait, cela dépend de la définition donnée au mot nature. Si la nature est ce que l’homme n’a pas transformé, alors la ville n’a pas de nature parce qu’elle n’est pas naturelle. Mais dans ce cas, dans nos sociétés fortement anthropisées, y a-t-il encore une place pour la nature, y compris à la campagne ? En fait, il faut admette que la nature est présente là où il y a une forme de vie, ce dont la ville n’est pas dépourvue. En revanche, la place de la nature en ville a fortement évolué au fil du temps. De la ville contre la nature, ou se protégeant de celle-ci, au cours des siècles passés, on est passé, dans la seconde partie du XIX° siècle, à la ville avec la nature, mais sous une forme très maîtrisée ; qu’il s’agisse d’un but d’agrément (jardins publics), voire de pacification (jardins ouvriers) ou bien encore d’hygiénisation (canalisation et busage ou couverture des rivières et canaux, disparition des berges et des talus). Avec le développement de la voiture et du tourisme de masse, la nature dans la ville est redevenue, dans les années 60 à 80, un accessoire, voire un élément superflu pour les citadins, de plus en plus nombreux et qui préfèrent aller à la recherche de la « vraie nature », forcément sauvage et lointaine. D’où le triomphe, à cette époque, de la ville minérale, dépourvue de tout élément végétal, et qui se développe également, à la faveur de la fièvre spéculative, tant en bord de mer que dans les stations de sports d’hiver.

Tout change à partir des années 90, avec la remise en cause, à la fois du « tout voiture » et du « tout économique ». Les usages sociaux vont alors à l’affirmation de la nature en ville, avec la réappropriation et la revalorisation des jardins publics, des terrasses et des berges, le fleurissement des façades et aussi le grand retour du jardin personnel. Ce dernier bénéficie également de l’engouement pour les produits biologiques, de telle sorte qu’il est à la fois un moyen d’alimentation, de divertissement et d’aménagement. Il s’agit là encore d’une forme très maîtrisée de la nature en ville qui connaît aussi des facettes plus imprévues. À côté du végétal, l’animal est aussi très présent. Pas seulement les animaux domestiques, encore que ceux-ci aient aussi beaucoup évolué avec le temps, avec la présence d’animaux exotiques, mais aussi les animaux sauvages qui hésitent de moins en moins à pénétrer dans les villes pour trouver leur subsistance, profitant en cela du désordre les cités avec leurs poubelles débordantes qu’affectionnaient déjà en leur temps les rats, des villes évidemment. Et puis, le soleil, la pluie, qui alimentent souvent la conversation des citadins, ne sont-ils pas une irruption de la nature au cœur des villes, avec leur bienfait et leur désagrément, car la nature a le don de s’inviter là et quand on ne l’attend pas toujours. Les plus savants diront alors que la ville est peut-être un écosystème caractérisé par les interactions des éléments naturels comme l’hydrographie, le climat et les sols, et les apports humains à travers les constructions, les voiries et les réseaux divers.

Oui, la nature est en ville, et c’est sans doute en fonction de la place qu’on lui accorde qu’on peut dire à quelle société et même â quelle civilisation nous appartenons.

Le couvre-feu ne suffit pas.

Avec l’été reparaît une tradition désormais bien enracinée : celle du couvre-feu de 23 heures à 6 heures du matin pour les moins de treize ans non accompagnés d’un adulte, avec sanctions pour les parents des contrevenants. La mesure n’a beau être appliquée que dans une dizaine de communes françaises (notamment en Ile-de-France et sur la Côte d’Azur), elle suscite régulièrement le même débat entre, pour caricaturer, adeptes de la permissivité et partisans de la fermeté.
À première vue, l’instauration d’un couvre-feu paraît relever du simple bon sens. Il s’agit d’assurer la sécurité urbaine tout en protégeant les jeunes contre les tentations de la délinquance et de l’économie souterraine (trafic de drogue ou autres). La mesure se veut également éducative puisqu’il s’agit de promouvoir un rythme de vie plus sain. Il n’est pas normal pour un adolescent de treize ans, de rester debout à une heure tardive.

Selon les maires qui l’appliquent, le dispositif est bien accueilli par la population, ainsi que, en zone touristique, par les professionnels. Il laisse plus dubitatifs ceux qui sont chargés de l’appliquer sur le terrain, ainsi que les magistrats qui soulignent les difficultés d’application, à commencer par le manque de moyens des forces de l’ordre, police ou gendarmerie. Les sanctions, et notamment les amendes infligées aux parents posent également de vrais problèmes, les familles sont souvent insolvables, quand on les retrouve. Tout cela pèse lourdement sur l’efficacité réelle du dispositif que ses détracteurs qualifient souvent de mesure démagogique.

Pourtant, le problème est bien réel. Il n’est pas normal qu’un jeune adolescent soit livré à lui-même à de telles heures, et cependant tout y conduit. Il y a les sollicitations de la fille, des « copains ». De plus, par période de grande chaleur, rester enfermé le soir dans un appartement souvent peu spacieux (voire exigu) n’est pas une solution. Il faut tout de même rappeler que les jeunes concernés par de tels arrêtés sont généralement issus de milieux peu favorisés, ceux où les vacances demeurent un luxe, Il faut plus que des mesures de rétorsion pour résoudre une telle équation.

Les arrêtés de couvre-feu pris dans l’Essonne (à Brunoy ou Etampes), ou ceux pris à Cagnes-sur-Mer, voire dans la paisible ville tarnaise de Mazamet, ne sont pas mauvais en eux-mêmes ils n’ont que le défaut de s’en prendre à un symptôme.

Pourquoi Emprunter ?

Annoncé devant le Congrès réuni à Versailles le 22 juin, le projet de grand emprunt national suscite des interrogations que la commission Juppé-Rocard est chargée de dissiper.

Occupant toujours la fonction de président de la République, en droit, et celle de véritable Premier ministre, en fait, Nicolas Sarkozy a prononcé devant les deux assemblées réunies à Versailles le discours programme que François,Fillon est chargé d’appliquer. Une des principales mesures annoncées concerne les finances publiques. Un grand emprunt sera lancé au début de l’année prochaine pour financer les priorités stratégiques du gouvernement. Il sera précédé d’un débat national et c’est le Parlement qui lui donnera force de loi.

Sans attendre que les modalités de cet emprunt soient connues, la gauche médiatique et politique, a traité la question par le mépris. Comme chaque année, Libération s’est demandé sur toute une première page si la France était en « faillite » comme si, pour l’Etat, la décision d’emprunter se prenait seulement en cas de catastrophe majeure. Ce qui dément l’histoire des emprunts sous la IVe et la Ve République qui ont été des succès car ils servaient à reconstruire le pays et à financer son développement. Quant aux socialistes, ils se sont posés en champions de l’orthodoxie budgétaire en oubliant qu’ils avaient demandé pendant des mois une relance à la manière d’Obama et un grand emprunt, européen. Mais en France, selon Michel Sapin (ancien ministre des Finances) « cet emprunt ne servira qu’à tenter de dépenser plus au détriment des générations`futures qui devront le rembourser ». Cette aigreur oppositionnelle n’est d’ailleurs pas exprimée par tous les socialistes puisque l’un d’entre eux à décidé de mettre la main à la pâte.

Qui ? L’un des plus éminents. Le 6 juillet, un communiqué informait les Français que Michel Rocard était nommé en compagnie d’Alain Juppé à la tête de la commission « chargée de réfléchir aux priorités justifiant un effort exceptionnel d’investissement, afin de préparer l’avenir de la France ».

La nomination de deux anciens Premiers ministres, qui se sont autrefois combattus, souligne le caractère politique de l’emprunt. Il exprime une volonté d’unité nationale pour faire face à la crise et la nomination d’une personnalité de gauche et d’une personnalité de droite pour définir ses grandes lignes est un appel au rassemblement des Français. A l’enjeu stratégique s’ajoute un atout tactique. Après Bernard Kouchner et Frédéric Mitterrand, c’est encore une des grandes figures de la gauche qui est associée à la politique de l’Elysée et de Matignon. La direction du Parti socialiste, qui commence tout juste à amorcer la réflexion sur son propre projet, est à nouveau débordée. Dans le domaine politique, Nicolas Sarkozy marque des points sur tous les plans quant aux rapports de force entre la droite et la gauche classiques.

Dans le domaine économique, le grand emprunt doit être abordé avec circonspection car nous ne saurons pas avant l’automne à quoi les capitaux rassemblés vont servir. Pour suivre le débat qui s’engage, quelques critères sont utiles. La réussite financière d’un emprunt dépend de la rémunération qui est proposée aux épargnants. L’emprunt Balladur de 1993 a échoué parce qu’il n’était pas assez rentable, et parce que les Français n’avaient pas jugé bon de se mobiliser pour soutenir le projet gouvernemental. Mais une bonne rémunération des épargnants coûte cher à l’Etat.

Les objectifs de l’emprunt sont à préciser ; au financement de la politique industrielle du pays peut s’ajouter un objectif de désendettement ou d’étalement de la dette publique sur le long terme (trente ans par exemple). Le financement de grands équipements publics est une nécessité et un grand emprunt national peut y contribuer. Encore faut-il que ces investissements (par exemple dans les chemins de fer) ne soient pas interdits par la législation européenne.

Au-delà de la technique financière, la commission Juppé-Rocard aurait avantage à prendre la politique industrielle dans sa généralité afin d’articuler au mieux la dynamique nationale et la relance de grands projets européens dans la tradition d’Airbus et d’Ariane.

Le modèle Suédois.

Depuis le 1er juillet, l’Union européenne est sous présidence suédoise : le parti des modérés face à des enjeux radicaux.

Le second semestre 2009 comporte des choix décisifs pour les institutions européennes. Le 14 juillet, le nouveau Parlement européen élu le 7 juin tient sa séance inaugurale. Il doit se prononcer sur la reconduction de José-Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Le 2 octobre, les Irlandais revoteront par référendum sur le traité de Lisbonne. S’ils l’approuvent, le processus de ratification par les vingt-sept Etats-membres peut s’achever avant la fin de l’année et le traité entrer en vigueur en 2010.

Le 31 octobre s’achève le mandat de la Commission qui doit être refondée. La présidence suédoise, qui reprend les rênes d’une présidence tchèque absente et foudroyée en plein milieu de son mandat, est à l’habitude discrète, modeste, consensuelle, mais européenne engagée, sérieuse et travailleuse. C’est une présidence moyenne d’un pays moyen. A ce titre, il faut y prêter attention.

Moyenne, en quel sens ? D’abord comme modèle. Longtemps le modèle suédois a fait fureur. Un Etat providence dans une économie libérale mais avec un secteur public fort, la gauche socialiste comme le centre-droit s’y référait volontiers, notamment en France. Cela reste d’autant plus d’actualité que le gouvernement suédois actuel, depuis 2006, est dirigé par le centre-droit, après dix ans de social-démocratie. Il n’y a pas de remise en cause des fondamentaux. On passe d’une social-démocratie de gauche à une social-démocratie de droite.

Mais moyenne, la Suède l’est aussi par sa position originale au sein de l’Europe. Hors de la zone Euro, comme onze des vingt-sept, elle est, à la différence de la Grande-Bretagne, fortement ancrée dans l’Europe. Elle n’est pas dans le camp des eurosceptiques qui ont reculé en Suède lors des dernières élections européennes. Elle se trouve donc en pole-position pour freiner le mouvement de détricotage mené par les conservateurs britanniques de David Cameron suivis par les Néerlandais, les Polonais et autres Tchèques, qui se sont séparés du groupe majoritaire de centre-droit au Parlement européen pour former un groupe à part. Stockholm a absolument besoin du Premier ministre Gordon Brown pour passer les échéances de 2009. Si Ce dernier devait se retirer avant la fin de l’année, les élections porteraient immédiatement Cameron au pouvoir et tout le processus serait à nouveau à terre.

Les électeurs irlandais sont inquiets du différentiel entre l’euro et la livre sterling et en général savent à quoi s’attendre avec un cabinet tory. Faire croire à l’opinion qu’un Tony Blair pourrait accéder à la future présidence de l’union ne conduit pas à rassurer les Britanniques mais au contraire agite le chiffon rouge. Imaginer aussi que l’ex-Premier ministre belge Guy Verhofstadt puisse accéder à la tête de la Commission à la place de José-Manuel Barroso ne ressuscitera ni le Benelux ni même la Belgique. A l’inverse, faisons confiance aux Suédois.

Moyenne, la Suède l’est aussi par sa position excentrée vue de France, mais centrale par rapport à la nouvelle Europe. Son préjugé favorable en faveur de l’élargissement plonge ses racines dans la vieille tradition monarchique de « la barrière de l’Est » qui courait Je la Suède à la Turquie en passant par les pays Baltes et la Pologne. La Suède peut être utile à l’ensemble. Et on imagine volontiers son ministre des Affaires étrangères Cari Bildt succéder en octobre à Javier Solana qui quittera ses fonctions de Haut représentant de la politique étrangère et de défense.

La Suède est également en pointe sur les questions d’environnement et de réchauffement climatique. La culture protestante ancestrale qui l’a façonnée encourage ce sens de la responsabilité individuelle et du devoir collectif envers la planète. Elle a fait de la préparation de la conférence de Copenhague sur le climat en décembre 2009 sa priorité, un objectif fédérateur des énergies européennes si on réussit à les détourner des querelles de pouvoir et de personnes.

La présidence suédoise peut être un modèle en ce qu’elle offre une alternative au directoire des deux Grands franco-allemands qui aujourd’hui ne fonctionne plus comme par le passé. Sarkozy et Merkel passent leur temps à se neutraliser plutôt qu’à diriger. C’est l’occasion d’expérimenter une autre forme de gestion de l’Union européenne fondée sur la modération des puissances moyennes.

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